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Talking about trees

Suhaib Gasmelbari

2015, au Soudan. Quatre amis : Ibrahim, Manar, Suleiman et Altayeb. Ils sont âgés, leurs corps sont frêles et vulnérables, leurs cheveux sont blancs. Mais ce sont aussi des cinéastes, qui furent un jour dans les années 70, de jeunes artistes productifs, remplis d’espoirs, reconnus à l’étranger comme dans leur pays.

Puis, ensemble, ils ont vu leur pays se faire détrousser de sa liberté culturelle, sa liberté de création et d’expression, au gré des guerres civiles et surtout par la dictature islamiste d’El Bechir depuis 1989.

Tous les quatre furent muselés, à l’orée de la trentaine et à l’apogée de leur art.

Car dans la lumière dorée de leur Soudan aimé, l’art se heurte à la censure : plus d’images donc plus de films, plus de cinémas donc plus de productions…

Seulement quelques vieilles bobines dans leurs écrins de métal poussiéreux entreposées sur des étagères. Derniers vestiges d’une vie intellectuelle et culturelle.

On pourrait croire à un vilain conte.

Mais c’est un documentaire résolument drôle et optimiste, une fable picaresque que nous livre la caméra du prometteur Suhaib Gasmelbari (premier long métrage) en suivant les pérégrinations de ses facétieux aînés.

Si “parler des arbres” est un crime (A ceux qui viendront après nous, Berthold Brecht), Suhaib Gasmelbari s’applique à le faire, même dans la légèreté.

Car comme dit Ibrahim : “on est ces vieux arbres là”, derniers gardiens d’une société qui fut un jour plus libre.

 

Car trente-cinq ans d’attente n’auront pas réussi à décourager nos joyeux septuagénaires, coriaces et obstinés : l’art reprendra sa place coûte que coûte, à Khartoum et au Soudan !

Même si il lui faut une bande de grands-pères et quelques bouts de ficelles pour l’aider.

Alors, ils contournent le pouvoir censeur et organisent des projections un peu partout, font découvrir Charlie Chaplin aux enfants sur de simples toiles de vidéoprojecteur.

Ibrahim va-t-il réussir à descendre de l’estrade en ruine de l’ancien cinéma de Karthoum ?, se demandent les trois autres, sourire aux lèvres, dans l’attente de la dégringolade Chaplinesque.

Car nos vaillants anti-héros nourrissent maintenant un ambitieux projet : déjouer les lourdeurs du système répressif et réinvestir, de bric et de broc, le cinéma « La Révolution » pour une grande projection le 26 mars 2019.

Et ça tombe bien, parce que souffre un certain vent de révolution ces temps-ci… Peut-être que tout n’est pas encore tout à fait perdu ?

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