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Memory Box

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

Une histoire de transmission hors du commun

Alex est une ado canadienne. Le jour de Noël, sa mère, d’origine libanaise, reçoit un mystérieux colis venu de Beyrouth.
La boîte contient tous les souvenirs d’une correspondance échangée avec une amie (cahiers, cassettes, lettres et photographies), de 13 à 18 ans, dans les années 80, au plein cœur de la guerre civile.
Alors que l’une refuse d’affronter son passé, l’autre plonge en cachette dans l’adolescence follement vivante de sa mère.

L’image comme empreinte du temps passé

Qu’est-ce qu’on fait de ces traces ? Et si on ne garde aucune trace du passé, est-ce possible de vivre notre présent ? Memory box pose directement cette question.

(Joana Hadjithomas, France Culture : La Grande Table Culture, 19 janvier 2022)

Le film est issu du propre vécu des deux cinéastes.
Joana Hadjithomas détenait tout le matériau, issu de sa correspondance avec une amie : journal intime, lettres qui sont les chroniques de ce qu’elle vivait alors, listes de ce qu’elle mangeait, courbes pour signifier l’état de son moral au quotidien, chansons, histoires enregistrées sur bande avec les interruptions dues aux bombardements ou aux alertes, déceptions tragiques, récits d’espoirs, d’agacements, de transports…
De son côté Khalil Joreige avait emmagasiné tout un stock de photos (10 000 clichés, polaroids, photos à bords ronds, photomatons…).

Une inventivité photographique et visuelle pleine de souffle

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige forment un couple de cinéastes et plasticiens libanais (lauréats du prix Marcel Duchamp 2017).

Ces deux autodidactes, nés en 1969, avaient un peu moins de 20 ans lorsqu’ils ont commencé à faire de la photo dans Beyrouth dévasté.
Ici, leur travail a consisté à refabriquer les images, les cahiers, etc., en y « incrustant» le visage des jeunes acteurs recrutés pour le film.

On a parfois saisi les acteurs sur fond vert dans des poses similaires aux photos originelles, puis incrusté leurs silhouettes.

(Khalil Joreige, toujours au micro de France Culture)

C’est (entre autres) ce qui donne toute la force visuelle du film : images issues du « brûlage » de photogrammes, manipulations et détournements visuels, surexpositions, superpositions, etc.

Une réflexion sur l’empreinte

Le film est donc avant tout travail sur la trace (l’image) et la manière dont le temps la métamorphose en fiction (le film). L’image devient elle-même matière vivante et mouvante.
D’une passionnante complexité, il est une quête : historique, mémorielle, politique et intime. Ce récit d’exil est aussi un travail cinématographique qui interroge ses conditions de fabrication et le sens qu’il porte.

Voir dans le catalogue de la BML

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