logo-article

Les enfants sont rois

Delphine de Vigan

"La vie sur les réseaux sociaux, c'est mieux que la vie" : une formule que pourrait reprendre Mélanie, l'une des protagonistes du dernier roman de Delphine de Vigan. Hypnotisée jadis par la Loana du premier Loft Story, elle a décidé de se servir d’Internet pour mettre en scène sa famille dans des vidéos, jusqu'au jour où sa fille Kimmy disparaît. 

À partir d’une trame policière sans grande surprise, l’auteure parvient à nous faire rentrer dans la psychologie intime de la génération Youtube, un lieu où les frontières entre le privé et le public ont disparu. L’intelligence du roman réside dans le fait de présenter l’aspect horrible du désir de célébrité de Mélanie tout en exposant la détresse du personnage, son mal-être contemporain. L’opposé, la policière Clara Roussel, pourrait servir de contre-modèle mais elle aussi a ses propres doutes, ses propres faiblesses. Ayant perdu ses parents assez jeune, célibataire et sans enfants, elle se demande parfois si une autre vie n’aurait pas été préférable, ce qui rend d’autant plus urgent son intérêt pour le cas de la famille de Mélanie car peut-être est-elle la personne adéquate pour comprendre ce qui est en jeu.

À travers ce duo, le livre questionne notre rapport aux réseaux sociaux, ce qu’ils ont à la fois de libérateur et d’aliénant, de terrifiant aussi, mais c’est davantage une critique de notre humanité, de notre incapacité à dépasser nos frustrations qu’une critique facile des nouvelles technologies. C’est là que le livre de Delphine de Vigan est le plus fort, car chacun peut se situer dans les questions des personnages et les éprouver. Au final, les enfants sont rois peut-être, mais ce sont des enfants sacrifiés aux douleurs difficiles à refermer.

Voir dans le catalogue de la BML

Partager

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.