Jan Fabre, le cannibale

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 06/12/2016 par Ralf du département Arts Vivants à la médiathèque de Vaise

Ce n'est pas un hasard si Jan Fabre tentera de se mesurer à Eddy Merckx ce 29 septembre 2016 au vélodrome du parc de la Tête d'or à Lyon ! Car tout comme son compatriote belge dont c'était le surnom sur les courses cyclistes dans les années 70, l'artiste multidisciplinaire est un "cannibale"...

Je suis sang (Conte de fées médiéval) / Jan Fabre - Festival d
Je suis sang (Conte de fées médiéval) / Jan Fabre - Festival d'Avignon 2005 (Copyright Emilie Zeizig - Mascarille.com)

Bourreau du corps

« Depuis vingt ans, l’artiste flamand est un habitué des oeuvres chocs et des étiquettes sulfureuses. Il a ses fans, quasi idolâtres d’un théâtre enflammé. Et ceux qui le détestent, conspuant ses mises en scène autant que ses grands airs. Lui réfute tout activisme stérile : «Je ne pense jamais en termes de provocation. Je cherche, c’est tout. Je suis quelqu’un de très sérieux. Dans mon travail, tout repose sur le corps. C’est quoi le corps biologique, le corps social, le corps politique, le corps philosophique ?»

Jan Fabre, chorégraphe, plasticien, auteur et metteur en scène, interroge les humeurs physiologiques et utilise tout ce qui coule, sperme, salive, sang, urine, larmes, sueur. Sa matière première, c’est sa peau, ses bras, ses jambes, son torse, ceux de ses danseurs, de ses femmes, «ses muses». » [Extrait de Bourreau du corps par Masi Bruno sur Libération.fr].

  • L’histoire des larmes / spectacle de Jan Fabre [D.V.D. disponible à la bibliothèque]
    Avec cette création mêlant théâtre, danse et musique, Jan Fabre poursuit son exploration des fluides corporels après Je suis sang. Ce spectacle s’articule entièrement autour de ce que Jan Fabre appelle «les larmes du corps» : larmes de tristesse ou de joie, transpiration ou larmes de Dieu qui tombent des cieux comme de la pluie…

Un ogre au pays des géants

De transpiration, il en sera certainement question le 29 septembre lors de sa performance cycliste en hommage au géant Eddy Merckx. L’artiste pose à son tour les mains sur le guidon et les pieds dans les cales pour « tenter de ne pas battre le record du monde de l’heure établi par le coureur belge à Mexico en 1972 ». Saluant le talent de celui que l’on a surnommé « le Cannibale » en raison de son insatiable faim de victoires, Jan Fabre « se laisse rattraper et avaler par la beauté de l’échec ! »

Un hommage comme il aime tant en faire. Cela a commencé par l’entomologiste Jean-Henri Fabre (1823-1915), son quasi homonyme (et dont il affirme être un descendant). Fasciné par les insectes et autres créatures, nombre de ses oeuvres plastiques, parmi lesquelles Heaven of Delight, ont ainsi été réalisées avec des carapaces de scarabées comme matière première.

Pour bien comprendre Jan Fabre, il faut donc se tourner vers les artistes qui ont pu l’influencer et qu’il n’a de cesse de citer en référence. Il les a ainsi copiés et imités, « cannibalisés » en quelque sorte (!), autant pour leur rendre hommage que pour trouver sa propre identité. Ainsi en est-il des grands peintres flamands tels Jan Van Eyck ou Jérôme Bosch. Mais aussi de moins connus comme Félicien Rops (1833-1898), artiste belge comme lui, et avec qui il a de nombreux thèmes communs : écriture, critique de la société, liens avec la littérature, pulsion de vie et de mort, sexualité, corporalité. « Par ses caricatures, ses corps extatiques et vulnérables, par son rendu réaliste de la peau, de la chair et du squelette, et l’intérêt tout particulier qu’il porte à la femme sous toutes ses facettes. Par la volupté et le raffinement que respirent ouvertement ses déshabillés. Et enfin par l’ode que Rops fait à la vie, dans tout ce qu’elle a à la fois de beau et de terrorisant. »

Affamé de travail

Né le 14 décembre 1958 à Anvers, où il vit et travaille, Jan Fabre est à la fois un dessinateur, un sculpteur, un performer, un chorégraphe et un metteur en scène de théâtre et d’opéra ! Depuis plus de 35 ans, il occupe une place prépondérante en tant que l’un des acteurs majeurs les plus innovants de la scène artistique contemporaine à l’échelle internationale.

«J’ai passé un accord avec Dieu. Je suis Dieu dans ma propre maison», glisse-t-il dans un sourire. «Dès ses débuts et même sans argent, il voulait tout contrôler, tout faire, se rappelle Denis van Laeken, directeur du théâtre Monty à Anvers qui l’a accueilli à ses débuts. Maintenant, Jan Fabre, c’est une entreprise.»

Trois heures de sommeil par nuit, des jours dans son atelier à dessiner puis sculpter, d’autres à écrire, imaginer les mises en scène, décors, scénographies, musiques, lumières. [Extrait de Bourreau du corps par Masi Bruno sur Libération.fr].

Après son œuvre historique de huit heures C’est du théâtre comme c’était à espérer et à prévoir, Jan Fabre vient de produire une performance de 24 heures « Mont Olympe – pour glorifier le culte de la tragédie »(2015) !

Et si Jan Fabre est parfois considéré comme provocateur, il y a des raisons à cela : « Comme tous les grands artistes, Jan Fabre bouscule. Et comme pour tous ceux qui prennent des risques, il y a dans son œuvre des hauts et des bas. Plasticien-metteur en scène, il a défriché et expérimenté tous les métissages possibles entre danse, art de l’acteur, performance, musique et arts visuels. » [Entretien avec Emmanuelle Bouchez sur Télérama.fr]

D’un côté, il fait polémique avec un lancer de chats ; de l’autre, il émerveille avec ce solo dans un bain d’huile de la danseuse et chorégraphe Lisbeth Gruwez

Pour aller plus loin

Si cet article n’a fait que vous mettre en appétit, rendez-vous au Musée d’art contemporain de Lyon du 30 septembre 2016 au 15 janvier 2017. L’exposition Stigmata – Actions & Performances 1976-2016  qui y sera présentée est un voyage dans la mémoire de Jan Fabre, à la rencontre de quarante années de création (dessins, photographies, costumes, maquettes, films…), depuis ses premières performances et actions jusqu’à aujourd’hui.

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