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Froberger ou l’intranquillité (2000)

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - par GLITCH

Ce disque est indispensable, à tous les titres. Pour ce compositeur, si original et méconnu. Pour l'interprète, Blandine Verlet, récemment disparue. Et surtout pour le clavecin, cet instrument qu'on avait jusque là jamais vraiment écouté, qu'on avait si mal entendu..

Oui, le temps a sans doute gratifié le clavecin d’une image ingrate. Sonorités rêches et métalliques, cliquetant dans d’austères tricotages mondains.. Un instrument précieux, aristocratique et désuet, sorte d’échassier emperruqué pour musique d’ameublement…

Mais.. écoutez !

Oui, écoutez ces pièces de Johann Jacob Froberger (1616-1667). Ce musicien allemand et voyageur, nourri d’influences italiennes et françaises maîtrise aussi bien la rigueur du contrepoint que les épanchements et contrastes du stylus phantasticus. Son clavier est un journal intime, qui s’épanche par vagues, une confidence dépouillée, pleine de bris et d’accidents délicats.
Froberger fait de la suite de danses -dont il a fixé la forme canonique- une tresse sensuelle trouée de vertiges et de suspens. Allemande, gigue, courante et sarabande égrènent des accords « brisés », à la façon du luth français. Accords arpégés, diminués, interrompus et dilatés, plutôt que plaqués d’un seul coup…

 

Le style délié de Froberger ose des sauts harmoniques, des ruptures rythmiques, des dissonances et couleurs étranges. Mais son art ne crépite ni ne pérore pour la galerie. C’est une virtuosité lente, d’une délicatesse rêveuse, d’une irrésistible mélancolie. De frêles montées, des pauses où miroitent les harmoniques, une descente en cascade, ralentie, puis reprise, interrompue sur un fil.. Froberger ou l’art de la méditation intranquille, de la coloration changeante, de la confession des sentiments. Un art qui pourrait être celui du madrigal pour clavier.

 

Ce répertoire si secret nous est livré ici avec un sens du toucher à couper le souffle. L’interprète, la prise de son et l’instrument se donnent le mot pour un moment de grâce sonore. Caressant, rond et chaleureux, le clavecin se prête à toutes les inflexions de Blandine Verlet. Entre les notes, les harmoniques font résonner d’étranges non-dits..

Le jeu perlé de la claveciniste enveloppe l’oreille par son art ondoyant de la suspension, du ralenti, de la fêlure. Au XVII è siècle, on ne parlait pas encore de rubato, mais Froberger avait un mot pour cette licence de l’interpétation : la discrétion. Sous les doigts de Verlet, Froberger chante la beauté et le déchirement, con discrezione, avec une retenue libre et émouvante.

 

Froberger ou l’intranquillité, au catalogue de la BML

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