Arabian Prince « Innovative life : anthology 1984-1989 »

- Modifié le 04/10/2017 par Luke Warm

Il y eut un temps où le rap était une musique inventive grâce à des producteurs aux oreilles larges ouvertes, mais sélectives. Arabian Prince en était l'un des plus éminents représentants.

Pochette de "Innovative life"
Pochette de "Innovative life"

Dans la lignée d’un Afrika Bambaataa s’inspirant de Kraftwerk sur Planet rock, tout un pan de producteurs hip hop utilisèrent des beats électroniques pour créer une sorte d’electro-funk ayant pour la plupart très mal vieilli (Mantronix). C’est pour cela que cette rétrospective des travaux de Arabian Prince est une véritable découverte, aidée en cela par les toujours pertinents responsables du label Stone Throw (Peanut Butter Wolf).

Arabian Prince, de son vrai nom Mik Lezan, c’est l’oublié et éphémère membre du groupe west coast N.W.A., véritable star du gangsta rap. Enfant de banlieue californienne, il s’entraîne dès l’adolescence à enregistrer des K7 de mixes dans la radio locale où travaille son père avant de se produire dans des fêtes et clubs avec les Uncle Jamm’s Army, un collectif de DJ’s, producteurs et rappeurs de Los Angeles qui regroupe toute la crème de la scène electro west coast du début des années 80 : Ice-T, The Egyptian Lover… Le pseudo Arabian Prince est d’ailleurs un hommage direct à Egyptian Lover, le roi de l’electro-funk, Mik en étant le prince.

Mik rencontre également un dénommé André Young, originaire de la très difficle banlieue de Los Angeles, Compton. Cette rencontre marque le début d’une longue et fructueuse collaboration musicale entre les deux hommes : Young, alors membre du groupe electro The World Class Wreckin’ Cru, invite Arabian à rapper sur le premier maxi du groupe et en retour, Mike lui propose de poser sa voix sur Innovative Life (titre présent sur cette rétrospective). Aussi quand André Young se rebaptise Dr Dre et s’associe à Ice Cube (O’Shea Jackson) et Eazy-E (Eric Wright) pour former N.W.A. (acronyme de « Niggaz with Attitude »), c’est tout naturellement que Dre propose à Arabian de se joindre à eux. Le premier maxi de N.W.A, Dope Man, sort en 1987 et y figure Panic Zone, ici présent, un titre entièrement produit et composé par Arabian Prince. Néanmoins, Arabian Prince quitte le groupe juste après la sortie de leur premier album, Straight outta Compton, leur passeport pour la gloire, préférant se consacrer à ses travaux solos.

Photo de Arabian Prince à l'époque de NWA

C’est sur ces derniers que cette rétrospective, couvrant la période 84-89, se penche commençant par Strange life & It ain’t tough, deux morceaux de rap minimaliste aussi bien dans les beats electro-funk que dans le flow lascif d’une sorte de Barry White hip hop, avant de dériver vers des productions de plus en plus synthétiques.

Est-ce le retour ou la réutilisation des premiers sons acid dans les productions electro actuelles qui fait que certains de ces titres ne font à aucun moment datés ? Il semble en effet plus que probable que des titres comme Take your home girl (si ce n’était les chœurs féminins), Innovative life (et ses synthés très eighties et donc… très actuels !) et surtout Simple planet ou Beatdabeat (délestés d’un rap qui n’est pas la première qualité de Arabian Prince) feraient danser sans problèmes les clubbers de 2017 avides de nouveautés alors que Innovator annonce les légendaires et salaces 2 Live Crew et que Professor X est l’héritier direct de Kraftwerk.

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