Le jeu : une caisse de résonance pour nos émotions.

De l'importance de jouer avec ses émotions...

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 09/09/2017 par cb

Chers lecteurs, et non-lecteurs, joueurs et non joueurs, vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez quitté un jeu avec la colère au ventre, débordé par vos émotions ? Je ne parle pas d’un petit agacement, ou d’une légère contrariété. Non, je vous parle de la vraie colère, celle qui, mêlée à un fort sentiment d’injustice, vous pousse à taper du pied, à hurler sur votre adversaire, voire plus si c’était possible.

Pixabay CC Alexas_fotos
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Soyons honnêtes entre nous : oui, bien sûr, le jeu, c’est pour le plaisir, le jeu, c’est pour de rire, c’est pour de faux, le jeu, ça permet de s’évader du quotidien, cela nous détend, nous délasse. Bref, une bonne petite partie de cartes, ou de Mario kart, ça fait du bien. Mais, les sensations que cela procure, est-ce toujours si positif que cela ? Qu’est-ce qui se passe à l’intérieur de soi tout au long d’une partie de jeu ? Et les émotions dans tout ça ? Est-ce si important que cela ?

Jeu et colère

Flikr, CC Anant Nath Sharma

 

Après tout, ce n’est qu’un jeu…Et pourtant, quel que soit votre âge, votre niveau d’étude, votre métier, vos centres d’intérêt, votre couleur préférée, ou la couleur de votre T-Shirt, ces émotions sont bien présentes, et rentrent en jeu quand la partie commence. Que peut-on faire de ces émotions ? Que doit-on faire de ces émotions ? Cela vaut-il vraiment la peine que l’on s’y intéresse ?

Et bien oui, car dans le jeu et par le jeu, c’est toute la personne du joueur qui se mobilise. Il pénètre entièrement pour un temps donné au coeur d’une fiction guidée par des règles de jeu précises, une histoire dont personne ne connaît le dénouement. C’est à la fois ce qui motive le joueur, ce qui le porte, mais aussi ce qui peut sonner comme une angoisse. Plus le joueur engage de lui-même, et plus la partie sera prenante, mais plus la défaite, hélas, sera décevante. On s’accorde à dire qu’il est très désagréable de jouer avec un mauvais perdant. Mais n’est-ce pas lui qui justement aura misé le plus de sa personne au cours de ce temps de jeu ? N’est-ce pas justement lui dont l’engagement aura été le plus fort ? Il en payera de sa personne, et sera mis au banc des bons joueurs, ce mauvais perdant qui bougonne s’il perd, tape du pied, ou rechigne sur le score.  Mais il aura été présent comme on peut rarement être présent. Il aura calculé, anticipé, et monté sa stratégie comme un chef de guerre bâtirait son plan de bataille.  Et si vous, lecteurs, pensez que ce n’est qu’une question d’âge, que les mauvais perdants sont des enfants immatures, et qu’en grandissant, on apprend tôt ou tard à perdre, vous vous trompez. Il n’y a pas d’âge pour vivre pleinement le jeu.     

Et que peut-on dire de la joie ressentie face à la victoire ? Si celle-ci est trop bruyante, les adversaires y verront une marque d’arrogance mal placée. Et pourtant, la joie ressentie suite à une victoire, elle aussi, est authentique et légitime. A quoi cela sert-il de jouer si on ne peut pas faire retentir sa joie ? Les meilleurs joueurs sont ceux qui ont compris qu’il n’est pas incompatible d’être triste d’avoir perdu, et en même temps heureux pour celui qui a gagné. C’est ce mélange d’émotions ambivalentes qui fait le sel d’un bon adversaire. Alors, avis à tous les joueurs férus d’adversaires silencieux et calmes, la prochaine fois que vous lancerez une partie avec vos amis ou vos enfants, laissez-vous aller un peu, profitez de ce temps pour laisser exprimer vos émotions, elles ont toutes leur place dans le jeu. Je dirai même plus, elles en sont l’ingrédient de base, au même titre que la stratégie.

Il se pourrait même qu’en jouant, on se prépare sans le savoir au jeu suivant. Si, si ! c’est vrai ! Je vous assure ! Le dénouement de la partie aura indirectement une répercussion sur la manière dont nous appréhenderons les parties suivantes. Il est donc important de prendre le temps de vivre les émotions provoquées par le jeu, ne pas les refouler, mais bien au contraire, les verbaliser autant que faire ce peut.

Ballon jaune bob l'éponge

KR Hiemer- pixabay CC

Une dernière piste de réflexion pour alimenter votre moulin assoiffé de réflexion sur le sujet des émotions en jeu : certains spécialistes avanceraient même l’idée selon laquelle, la ludification de notre société (j’entends par là que les occasions qui nous sont données  de jouer se sont récemment diversifiées et multipliées dans les différentes sphères de la société) participerait à un mieux-être collectif. Le jeu vaudrait donc la peine d’être vécu…

Je n’en dis pas plus, je vous laisse méditer sur cette dernière analyse anthropologique.

Pour aller plus loin :

Petit glossaire des jeux vidéos

Le jeu vidéo de la Maison de la danse

Consoles et jeux vidéo : comment ça marche ?

Les serious games : quand les jeux deviennent sérieux

Lu, vu, entendu : jeux et applis

Dans les collections de la bibliothèque municipale de Lyon :

Jouer : étude anthropologique à partir d’exemples sibériens de Roberte Hamayon

Jour de chance : le jeu, toute une histoire  de Julie Brafman, Cherche midi, 2014

Place au jeu !  jouer pour apprendre à vivre de  Patrice Huerre, Nathan, 2007

L’empire ludique : comment le monde devient (enfin) un jeu  de Aurélien Fouillet, F Bourin, 2014

Dites-moi à quoi il joue, je vous dirai comment il va de  Sophie Marinopoulos, les liens qui libèrent, 2009

Qui veut jouer avec moi ?  : jouer pour communiquer avec nos enfants  de Lawrence Cohen, Marabout, 2016

 

 

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