Si culture m’était comptée

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 04/02/2020 par Michel W.

Vous ne vous remettez pas de votre dernière déconvenue au Trivial Pursuit? Vous avez dû subir l'étalage de culture de votre insupportable beau-frère au repas de Noël ? Vous avez certainement négligé votre culture générale en 2019. C'est le moment de s'y remettre. Voici pourquoi et comment, en trois minutes.

On ne badine pas avec la culture générale. La suppression annoncée de l’épreuve de culture générale au concours d’entrée à l’ENA fait couler de l’encre. Celle du concours de Sciences-Po en 2013 a toujours du mal à passer, même en 2019. Un sacrilège dans un pays qui aime tant les idées et qui ne tolère pas des fonctionnaires incultes au sommet de l’État. Est-elle si mal en point notre culture gé ? Pas si sûr… Un récent sondage de l’ifop souligne l’attachement des français à la culture générale, perçue comme un atout aussi bien pour réussir sa vie professionnelle que pour trouver un conjoint. Le succès des jeux de culture générale – jeux de plateaux ou émissions télé et radios – ne se dément pas. Quant à l’épreuve de culture générale des Miss France, symbole paradoxal de cet attachement, elle n’est pas prête de disparaître.

Culture générale et inégalités

Alors, que lui reproche-t-on à la culture générale ? Tout dépend des points de vue. Comme norme sociale, la culture générale est un vernis indispensable pour naviguer dans le monde et montrer patte blanche pour intégrer les cercles ou gravir les échelons. Comme épreuve à un concours, c’est un outil de sélection républicaine. Mais où et comment s’acquière-t-elle ? C’est là où le bât blesse… Dans l’idéal, ces connaissances et la faculté à les mobiliser et les faire interagir s’acquièrent progressivement dès le plus jeune âge. Or, si personne ne vous transmet de capital culturel, vous partez avec un handicap. Quant à l’école, elle peut gommer les disparités jusqu’à un certain point, mais jamais totalement. Bref, la culture générale serait intrinsèquement discriminante.

Puis, il y a la question de ce qu’on y met dans cette culture générale. Héritage des Lumières, la culture générale revendique un esprit encyclopédique tout en célébrant les humanités classiques (histoire, philosophie et lettres) au service du débat d’idées. Or, pour ses détracteurs, cette culture générale à l’ambition universelle méconnaitrait des pans entiers de savoirs, notamment scientifiques, en plus d’être désuète. Pire, elle serait un outil de domination car étroitement bourgeoise, ethnocentrique, voire mysogine. D’un côté donc, la culture classique et légitime, de l’autre la culture de masse, illégitime et dominée. Et si certains arguent qu’il est nécessaire de créer un cadre de référence commun à l’élite dirigeante d’un pays pour qu’il fonctionne, d’autres y voient un conformisme d’esprit et un manque de diversité nuisibles à son évolution.

Un monument à entretenir

Cette particularité qui surprend à l’étranger, on peut aussi l’envisager comme un idéal profondément ancré dans la société française. Un idéal qui a longtemps été incarné par la figure de « l’honnête homme » du XVIIe siècle et qui trouve son expression dans l’importance des notions d’exception et de démocratisation culturelle. Un idéal qui s’exprime aussi dans l’amour des français pour les jeux de culture générale – Questions pour un champion (télé),  Le jeu des 1000€ (radio) ou encore Quidol (smartphone). En définitive, la France est peut-être le seul pays au monde où l’idée d’un bon moment entre amis consiste à se balancer des questions d’histoire ou de littérature à l’apéro.

Bref, si vous voulez être prêt pour le prochain repas de Noël, il va falloir vous y prendre dès maintenant. Tous les spécialistes le disent : la culture générale se construit sur le temps long. Alors jetez-vous sur les best-sellers de Braunstein et Pépin, les rois de la culture générale grand public, ou les ouvrages plus scolaires du grand manitou Eric Cobast. Si vous recherchez quelque chose de plus léger à feuilleter, L’éléphant est une excellente revue agréable et ludique qui se donne pour unique mission de cultiver son lecteur. Pour les accros aux portables, Le Monde a lancé en 2019 l’appli Mémorable qui partage la même ambition. Et si vous êtes du genre à traîner sur Youtube, vous avez l’embarras du choix entre les boloss des belles lettres (classiques littéraires), Nota Bene (histoire),  e-penser (sciences) ou encore Data Gueule (l’actualité en infographie). D’ailleurs, le choix y est tellement vaste que le Ministère de la culture en a dressé un inventaire de 350 chaînes. De quoi vous occuper jusqu’au prochain repas de famille.

 

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