Hercule en Chine : douze travaux pour devenir fonctionnaire impérial

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - par Guillaume

L’idée du concours comme moyen de recrutement des fonctionnaires de l’Etat a une longue histoire qui nous vient… de la Chine impériale ! Les candidats aux concours qui révisent intensément avant les examens oraux se sentiront peut-être un peu plus « légers » lorsqu’ils découvriront le degré de difficulté des différentes étapes d’épreuves imposées à leurs camarades chinois… à l’époque des Qing (1644 -1912).

La Cour Impériale chinoise a Pékin, estampe gravée par F. X. Habermann (1721-1796)
La Cour Impériale chinoise a Pékin, estampe gravée par F. X. Habermann (1721-1796)

 

C’est dès l’âge de 7 ans que commençait la préparation aux concours !

Au bout de six ans d’études, le candidat apprenait par cœur le corpus obligatoire des « Quatre livres » et les « Cinq classiques », ce qui représentait plus de 430 000 caractères. La maîtrise du vocabulaire de travail de 12 000 caractères environ exigeait une mémorisation de 200 caractères par jour. Le jeune apprenti passait ensuite l’examen préfectoral de « préadmission » qui durait trois jours et qui, en cas de succès, lui permettait de prendre part à un examen de qualification qui durait quatre jours. Le candidat était alors soigneusement fouillé comme le plus dangereux des suspects, on ne lui attribuait qu’un numéro pour toute identification et on épiait le moindre de ses gestes. Il était autorisé à se rendre aux toilettes une fois par jour seulement et avait un pot de chambre à sa disposition. Attendue avec impatience, la proclamation des résultats s’ouvrait par de véritables coups de canon et se terminait par d’authentiques banquets pour honorer ceux qui devenaient des diplômés qualifiés. Ce n’était qu’alors qu’ils pouvaient concourir au véritable système d’examens…

 

Celui-ci avait lieu tous les trois ans et se tenait à trois niveaux : dans les chefs-lieux des provinces, à Pékin, puis au Palais impérial. Chaque candidat disposait d’un compartiment cloisonné, dont l’ensemble formait un long baraquement. Les cellules dans les compartiments étaient équipées de trois planches, l’une servant d’étagère, l’autre de siège et la troisième de bureau, dans un esprit d’austérité quasi monacale. Les concurrents y apportaient leur couchage et des victuailles ainsi que de quoi écrire pendant trois jours et deux nuits. La première journée était destinée à traquer toute antisèche pouvant pénétrer dans le compartiment, puis on distribuait les sujets à l’aube du deuxième jour. Les candidats sortaient enfin le troisième jour, munis de réponses distribuées à l’issue des épreuves. Ce rituel se répétait encore par deux fois. Inutile de préciser que tous, aussi bien les compétiteurs que les examinateurs, étaient soumis à une discipline de fer, quasiment séquestrés pour la durée des concours.

"Recherches sur les superstitions en Chine" de Henri Doré, Chan-Hai 1911-1938

« Recherches sur les superstitions en Chine » de Henri Doré, Chan-Hai 1911-1938, coll. BmL

Quels étaient les sujets des épreuves ? Ils oscillaient entre l’interprétation des classiques, les questions de colonies militaires, la géographie historique de la Chine, les méthodes de recrutement des serviteurs de l’Etat, rendus plus ardus encore par l’ambiguïté inhérente aux caractères chinois qu’il fallait manier savamment. En 1870, à l’examen provincial de Wu Chang, au Nord-est de la Chine, quelques 60 candidats à peine sur 8 500 avaient passé avec succès ces cinq épreuves !

 

 

Pour aller plus loin :

La grande Révolution chinoise : 1800 – 1989 de J. K. Fairbank, Paris, Flammarion, 2011

La souplesse du dragon : les fondamentaux de la culture chinoise de C. Javary, Paris, Albin Michel, 2014

 

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