Les funiculaires de Lyon

- par SBR Documentation régionale

Depuis le début de l’année 2018 le funiculaire de Fourvière très prisé des touristes ne fonctionne plus. Intégrée dans la vie quotidienne depuis près de 120 ans, la Ficelle, comme l’appellent les Lyonnais, avait besoin d’une nouvelle modernisation. Ses voitures, qui font partie intégrante du patrimoine des transports en commun lyonnais, vont être rénovées dans leur livrée historique rouge et crème.

Funiculaire de Fourvière, station Vieux-Lyon / N. Daum, 2011. BmL

La Ville de Lyon détient un record en matière de funiculaire : elle a possédé au cours de son histoire, cinq funiculaires en activité simultanément. Cette particularité trouve son explication dans le fait que Lyon s’est développée autour de deux collines, celle de Fourvière et celle de la Croix-Rousse. Avec l’annexion de la Croix-Rousse en 1852, le besoin d’avoir un moyen de transport reliant le centre de Lyon au plateau croix-roussien est rapidement apparu. Il est nécessaire de désenclaver ce faubourg devenu un important lieu du tissage industriel de la soie. Jusqu’à cette époque pour y accéder les voyageurs comme les marchands utilisent la montée de la Grand’Côte, ancienne voie romaine peu praticable. La circulation des voitures à chevaux est difficile et même interdite dans certaines rues en pente de la Croix-Rousse.

 

La Gare basse de la « Ficelle » (ligne A), rue Terme, au début du XXe siècle / J. Sylvestre. BmL

Pourquoi l’appellation Ficelle ?  Le terme « ficelle » provient de la racine latine funiculus qui signifie ficelle, petite corde, cordon. En effet, les voitures sont tirées par un câble qui entraîne les wagons sur la rampe (câble formé de fils de fer enroulés autour d’autres fils en acier, tordus ensemble, le tout recouvert de chanvre enduit de suif et de goudron). Dès 1878, Nizier du Puitspelu mentionne le mot Ficelle dans son Littré de la Grand’Côte, nom donné aux chemins de fer funiculaires par les Lyonnais.

 

La Ficelle de la Croix-Rousse / G. Vermard, 1967. BmL

La Ficelle de la rue Terme

Après de nombreux projets qui n’aboutirent pas par manque de garanties du système de freinage, deux ingénieurs, inventeurs des freins auto-moteurs, M. Molinos et M.Pronier fondent la Compagnie du Chemin de fer de Lyon à la Croix-Rousse en juillet 1860 et optent pour un procédé déjà connu mais encore jamais employé pour équiper une ligne de transport de voyageurs. Il s’agit de deux voitures reliées par un câble montant et descendant sur des voies parallèles, chacune servant alternativement de contrepoids à l‘autre, le tout entraîné par une machinerie à vapeur. La difficulté de ce projet réside dans l’importante déclivité de 69 m de cette ligne reliant la rue du Jardin des plantes au boulevard de la Croix-Rousse. Les travaux durent trois ans et sont suivis par la presse de l’époque car ce funiculaire est considéré comme une prouesse technique, l’empereur Napoléon III vient visiter le chantier.

 

Chemin de fer de Lyon à la Croix-Rousse. Description des travaux et du matériel fixe et roulant / par MM. Molinos et Pronnier, ingénieurs, 1862

 

Enfin le 3 juin 1862, l’un des tout premiers funiculaires urbains dédié au transport de passagers au monde possédant des freins à friction agissant directement sur le rail, est mis en service.

Les Lyonnais vont emprunter régulièrement ce nouveau « Chemin de fer à la corde » très vite renommé « La ficelle ». Il facilite les relations des fabricants-soyeux basés en centre-ville avec les tisseurs localisés à la Croix Rousse. Cette ligne est utilisée par trois véhicules à impériale offrant une capacité de 324 places mais aussi par des trucks à plateau pour le transport de marchandises et même d’attelages de chevaux. En période d’affluence, les voyageurs les utilisent aussi. Rapidement les voitures à impériale trop lourdes sont remplacées par de plus légères. En 1915, l’installation motrice à vapeur cède la place à un treuil électrique. La ficelle est fréquemment appelée  » ficelle à deux sous  » en raison du prix du billet de seconde classe.

 

Lyon : Le Chemin de fer à la Ficelle : carte postale, 190? BmL

Grâce à la proximité des quais de sa gare supérieure et de ceux des lignes de chemins de fer nouvellement créées comme La Galoche, les Lyonnais vont pouvoir se rendre à la campagne pour le repos dominical. Ainsi 4 millions de passagers utilisent le funiculaire en 1880.

La façade de la station inférieure rue Terme, va subir plusieurs métamorphoses. La verrière d’origine est supprimée durant l’entre-deux guerres et remplacée par d’imposantes colonnes. En 1962, la Ficelle de la rue Terme fête son centenaire mais doit s’arrêter pour cause d’usure le 31 décembre 1967. Son tunnel devient alors une voie rapide pour les automobiles encore utilisée aujourd’hui par les Lyonnais malgré une proposition d’aménagement d’un funiculaire vélos-piétons dans le tunnel en 2008, projet rapidement abandonné.

 

La Ficelle de Croix-Paquet

Lyon : La Croix-Rousse ; la Gare du Funiculaire : carte postale, avant 1913. BmL

En 1891, la Compagnie du Chemin de fer de Croix-Paquet à Lyon Croix-Rousse inaugure une ficelle entre la place Croix-Paquet et le boulevard de la Croix-Rousse, donnant un second accès au plateau de la Croix-Rousse. Le percement de la ligne va se trouver gêné par un énorme bloc rocheux, impossible à découper, qui va êre remonté jusqu’au boulevard de la Croix-Rousse. Il s’agit du « Gros caillou » toujours visible sur le boulevard. Cette ficelle va concurrencer celle de la rue Terme en ayant un tarif inférieur de moitié, en donnant la possibilité d’arrêt « à la volonté des voyageurs » sur une partie de son trajet. Elle crée aussi un train dit « du théâtre » partant à minuit vingt les dimanches et fêtes, facilitant ainsi la vie aux amateurs d’opéra. Ce funiculaire fonctionne à la vapeur jusqu’en 1908, puis c’est un treuil électrique qui entraîne les deux voitures à voyageurs attelées parfois à un truck plateforme transportant marchandises, charrettes ou vélos.

 

Croix-Paquet : la ficelle / R. Dejean, 196? BmL

Il cesse de fonctionner en 1972 au moment de la réorganisation des transports lyonnais autour du métro. L’ancien système par treuil électrique est remplacé par un chemin de fer à crémaillère « système Strub » à traction électrique avec prise de courant par ligne aérienne. Le funiculaire ainsi transformé rouvre en 1974, avec deux automotrices et devient la Ligne C du métro en 1978, lorsqu’il est prolongé par le tronçon Croix-Paquet – Hôtel de Ville. En 1984, la ligne totalise 2450 m suite au prolongement vers Cuire au nord de la Croix-Rousse. Cette ligne a la particularité d’être le seul métro à crémaillère débrayable au monde, la crémaillère n’étant présente que sur la partie pentue de la ligne.

 

La Ficelle de Saint-Just

La Compagnie du Chemin de fer de Lyon à Fourvière et à Saint-Just est créée en 1872 suite au succès du funiculaire desservant la Croix-Rousse. Elle est chargée de relier la ville de Lyon à la zone rurale de l’Ouest lyonnais. La nouvelle ligne part de la place Saint-Jean et monte jusqu’à la rue de Trion. Une station intermédiaire est installée place des Minimes, point de jonction de deux plans inclinés successifs de déclivité différente (18% de Saint-Jean aux Minimes puis 6,10 % jusqu’à Saint-Just).

Nouveau funiculaire Saint-Just – Saint-Jean / P. Bourdis, 1986. BmL

La ligne reliant Saint-Jean à Saint-Just, longue de 842,24 m entre en service le 8 août 1878 et est complétée dès 1886 par une ligne de chemin de fer vers Vaugneray et Mornant, appartenant à la même compagnie. Le succès est considérable. La compagnie change de nom en 1886 et devient la FOL (Fourvière-Ouest-Lyonnais) jusqu’au 1er janvier 1911, date à laquelle elle devient la Compagnie OTL (Omnibus et Tramways de Lyon). L’électrification de ce réseau incite à transformer cette ligne en chemin de fer afin de relier directement Lyon à Vaugneray mais la forte déclivité empêche la réussite totale du projet.

Cependant cette ligne connaît plusieurs améliorations. Dès 1930 l’aménagement des gares est sécurisé en raison de l’augmentation de la circulation automobile, des salles d’attentes et des quais d’embarquement sont créés et en 1935 les aiguillages sont actionnés électriquement. En juillet 1957, le service à crémaillère est arrêté pour être reconverti en funiculaire. A partir d’avril 1958, les deux voitures métalliques de la ficelle modernisée sont tractées par treuil électrique sur un parcours de 834 m. Elle cesse de fonctionner en juin 1985, sa capacité étant insuffisante dans le cadre de la future connexion au métro. Un nouveau funiculaire conçu par l’entreprise Skyrail d’Annecy est constitué par deux rames ayant une capacité totale de 432 places dont 88 assises. L’arrivée de la ligne D du métro lyonnais nécessite la reconstruction de la gare basse et la correspondance est fonctionnelle à partir de septembre 1991.

 

La Ligne F1 rue Tramassac : S. B-R, 2018. BmL

Le 29 août 2011, la ligne est numérotée pour la première fois et devient officiellement la ligne F1.

En plus des contrôles techniques décennaux dus à la réglementation des remontées mécaniques, ce funiculaire bénéficiera, en 2019, de travaux de rénovation identiques à ceux de la ficelle de Fourvière, à l’exception des voitures qui seront identiques à celles déployées sur le prolongement de la ligne B du métro.

 

La Ficelle de Fourvière

Après un refus de l’administration pour relier Fourvière à partir des Minimes – heureuse décision ayant préservé le théâtre romain de Fourvière non découvert à cette époque – la FOL obtient la concession d’un plan incliné devant la basilique de Fourvière et ouvre une ficelle reliant  Saint-Jean à Fourvière, longue de 431 m avec une pente de 32%.

 

Lyon : Chemin de Fer à Crémaillère de St-Just et Chemin de Fer à la Ficelle de Fourvière : carte postale, avant 1904. BmL

Elle devient la 4ème ligne construite. Sa gare basse est la même que celle de la Ficelle de Saint-Just. Sa gare haute est située en face de la basilique et dès octobre 1900, de nombreux touristes et fidèles atteignent la basilique en partant de la même gare basse que celle de Saint-Just.  Cette ligne n’est ouverte qu’au transport de voyageurs et ne possède pas de truck. Ses deux rames mono-caisses sont montées sur un châssis Horme et Buire et possèdent une carrosserie en bois réalisée par M. Poizat, charpentier à Sainte-Foy-lès-Lyon. Leur capacité est de 8 personnes en première classe et de 48 en seconde classe. Jusqu’en 1911 des lampes à pétrole éclairent les rames, puis l’éclairage devient électrique suite à la pose d’une caténaire et d’un pantographe. Lorsque le STCRL (Syndicat des Transports en Commun de la Région Lyonnaise) envisage sa suppression, à la fin des années 1960, l’Archevêché convainc la Ville de l’intérêt touristique de cette ficelle. Une première modernisation est donc nécessaire, son équipement étant d’origine.

LYON : Funiculaire de Fourvière : carte postale. BmL

Ainsi en 1970, Von Roll, groupe suisse spécialisé dans la construction de matériel ferroviaire et de remontées mécaniques, modernise complètement la ligne en changeant la machinerie, l’écartement des rails et livre deux nouvelles voitures d’une capacité de 70 places. Actuellement avec une fréquentation moyenne de 5000 voyageurs par jour, la ficelle de Fourvière fait partie du patrimoine des transports en commun lyonnais. La correspondance avec la ligne D du métro est active depuis septembre 1991. Le 29 août 2011, la ligne devient officiellement la ligne F2

La rénovation de 2018

La Ficelle fait actuellement l’objet d’un renouvellement complet avec maintien des voitures actuelles rénovées dans leur livrée historique rouge et crème. L’entreprise Poma, leader mondial du transport par câble a remporté les trois marchés publics lancés par le Sytral (Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l’agglomération lyonnaise)concernant la rénovation des ficelles de Fourvière en 2018 et de Saint-Just en 2019. Ainsi les opérations de rénovation électrique de la machinerie et des véhicules, de la grande inspection de la partie fixe du funiculaire et de la complète rénovation des véhicules vont être assurées par des filiales de Poma.

Enlèvement du funiculaire Saint-Jean – Saint-Just / P. Clavel, 1985. BmL

Les deux cabines, de plus de 7 tonnes chacune et longues de plus de 10 m, sont décrochées avec précaution par Comag, les façades de la rue Tramassac étant très proches. Elles sont ensuite chargées sur des camions pour rejoindre les ateliers de Sigma Composite aux Avenières-Veyrins-Thuellins en Isère.

La société haut-savoyarde Semer a la charge de toute la rénovation électrique des gares, de la voie mais aussi des véhicules. Elle change la totalité des composants et câblages électriques et en augmente le niveau de sécurité selon les règles spécifiques liées au risque incendie et installe un nouveau système de freinage. Elle intègre aussi de nouvelles technologies comme par exemple des pupitres munis d’écrans de conduite avec gestion des départs selon les plages horaires définies par l’exploitant Kéolis Lyon  ainsi que de nouveaux pupitres de commande tactiles dont vont bénéficier les chauffeurs.

Comag procède à la Grande Inspection de la machinerie et au démontage d’éléments électriques et Sigma Composite rénove les véhicules avec un design plus moderne, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des deux wagons. Les couleurs cependant restent les mêmes : rouge pour la partie basse des voitures et crème pour le haut. L’espace intérieur sera réaménagé par l’Agence Première. Des éclairages en forme de hublot à LED alternant lumière blanche et ambrée seront installés et le confort des sièges sera optimisé.

 

La Ficelle de Saint-Paul à Fourvière et le tramway de Loyasse

 

Lyon. – Pont de Loyasse et Tour de Fourvière / carte postale, 1908. BmL

En 1897, la SFPL (Société du Chemin de fer de Lyon-Saint-Paul à Fourvière et Loyasse) établit une ligne souterraine entre la gare PLM de Saint-Paul et Fourvière. Ce funiculaire à traction électrique ouvre le 6 décembre 1900 et propose en plus des voitures à voyageurs un truck à plateforme servant principalement au transport de convois funéraires. Arrivés en gare supérieure, à côté de la Tour métallique, les usagers peuvent utiliser un tramway empruntant le grand viaduc métallique de La Sarra pour aller au cimetière de Loyasse.

Mais cette ligne n’est pas rentable à l’exception des périodes de Toussaint et nécessite d’importants travaux afin de consolider certains bâtiments situés au-dessus de son parcours. Après 37 ans, l’OTL décide de fermer la première partie de cette ligne en décembre 1937 et le tramway deux ans plus tard. Le viaduc, devenu la passerelle des Quatre-vents, offre aujourd’hui aux Lyonnais un magnifique point de vue. En 1963, la municipalité lyonnaise met à l’étude le rétablissement de cette ligne pour desservir le quartier désormais urbanisé de Loyasse, mais ce projet ne s’est finalement pas concrétisé.

Les seuls incidents notables qui ont eu lieu le furent lors d’essais en 1860 pour le funiculaire de la rue Terme ou lors de révisions des installations en 1932 pour celui de Fourvière. Au début du XXe siècle, les funiculaires  sont exploités par différentes compagnies entrainant une hétérogénéité particulièrement importante. Un vaste mouvement de regroupement des exploitants s’initie dès 1899 au profit exclusif de la Compagnie OTL qui rachète une grande partie des actions et se trouve dès 1914 en situation de monopole supprimant ainsi toute concurrence entre les funiculaires.

 

 Références bibliographiques :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 thoughts on “Les funiculaires de Lyon”

  1. jaricot elizabeth dit :

    j ai trouver l article tres bien . on apprend aux moins des choses qu on s est pas .s est notre patrimoine culturelle . il y a qu a lyon qu on voit sa .

  2. jaricot elizabeth dit :

    l article est tres bien .s est notre patrimoine culturelle .il y a qu a lyon qu on voit sa .on append plein de chose .

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