Opéra

Toute l’opérette en 7 opérettes !

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 13/12/2018 par le fonctionnaire inconnu

Genre tombé en désuétude voire moqué, l'opérette renaît de ses cendres depuis 10 ans grâce au travail de Jérôme Deschamps (oui, le créateur des Deschiens !) à la direction de l'Opéra-Comique. Retour sur un genre fou qui a véritablement marqué les scènes parisiennes pendant 15 ans (1855-1870) et qui conserve de nombreux inconditionnels.

Le Verfügbar aux Enfers / opéra de Germaine Tillion (Photo de Ollografik - Licence Creative Commons)
Le Verfügbar aux Enfers / opéra de Germaine Tillion (Photo de Ollografik - Licence Creative Commons)

L’opérette est une sorte d’opéra où, contrairement à celui-ci, tout se termine bien ! Où l’on chante, danse et parle dans une ambiance festive. Il est plus rieur que l’opéra comique et moins moral que l’opéra bouffe qui existent à la même époque. « L’opérette, c’est plus de fantaisie, plus de négligence, plus de débraillé » comme le dit Reynaldo Hahn.

L’ours et le pacha / Hervé (1842)

S’il fut complètement éclipsé par Offenbach, c’est pourtant lui le véritable père de l’opérette : Louis-Auguste Florimond Roger, dit Hervé. Le « Compositeur toqué » invente le genre presque par hasard en 1842 alors qu’il est organiste à l’hôpital Bicêtre pour les « aliénés ». Dans L’ours et le pacha, qui n’a pas encore le nom d’opérette, il fait jouer les malades et compose pour eux des airs qui semblent les apaiser ! Passant à la scène, il écrira ensuite des dizaines d’opérettes comme Don Quichotte et Sancho Pança, ou Passiflor et Cactus. Il est l’auteur de L’œil crevé, Chilpéric ou Le petit Faust. Mais il a également ouvert son propre théâtre, les Folies concertantes, qui par son dynamisme rencontrera un énorme succès populaire à Paris. Et c’est lui qui, en y accueillant Jacques Offenbach en 1855, permettra à ce dernier de connaître son premier succès avec Oyayaye ou la reine des îles et de lancer sa carrière.

Orphée aux enfers / Jacques Offenbach (1858)

Cette même année 1855, suivant en cela l’exemple de Hervé, Jacques Offenbach ouvre son théâtre, les Bouffes-parisiens. Et commence sa collaboration avec le librettiste Ludovic Halévy. Ensemble, ils créent Orphée aux enfers, parodiant les anciennes versions lyriques du mythe d’Orphée, notamment celle de Gluck au 18ème siècle. Ce spectacle est marqué par l’apparition du « Cancan » (préfigurant le French Cancan) et fait véritablement danser le public. Mais c’est aussi une critique sociale des grands de ce monde qui fait un triomphe à travers toute l’Europe.
Offenbach investit en 1864 le théâtre des Variétés et sa collaboration avec le duo de librettistes Haléry et Henri Meilhac (à l’origine plus tard du livret de Carmen) restera comme le tiercé gagnant, impertinent et caustique, de l’opérette. Leurs œuvres suivantes synthétiseront ce mariage parfait du théâtre et de la musique, du sérieux et de la trivialité, comme dans La Belle Hélène, La Vie parisienne ou encore La Périchole.

La veuve joyeuse / Franz Lehar (1905)

Mais cette période d’euphorie créative s’interrompt brutalement avec le conflit franco-prussien en 1870. Hervé et Offenbach, d’origine allemande, sont contraints de s’exiler pour continuer à travailler. Finie l’insouciance, finie la folie.
Ils resteront comme les deux figures incontournables de l’opérette. Après eux, et après 1870, l’opérette connaîtra toutefois de multiples variantes. Mais le genre décline totalement à l’aube du XXe siècle. On le déclare même à l’époque « moribond », bien que des musiciens reconnus, comme André Messager, le maintiennent à flots. Et il est repris, sous des formes un peu différentes, dans de nombreux pays. Les adaptations françaises d’opérettes viennoises, telles La Chauve-souris de Johann Strauss II, La Veuve joyeuse de Franz Lehár, remportent ainsi de beaux succès. On retrouve aussi des formes d’opérette en Allemagne, Autriche, Italie, Espagne, Angleterre et aux Etats-Unis où elle sera en partie à l’origine de la comédie musicale.

Ciboulette / Reynaldo Hahn (1923)

Destinée à opposer aux comédies musicales américaines la saveur de l’opérette parisienne, Ciboulette est la première partition légère qu’écrivit Reynaldo Hahn, musicien savant mais appréciant l’art populaire.

Inspiré par l’opérette d’Offenbach intitulée Mesdames de la Halle, Ciboulette a été créée en 1923 au théâtre des Variétés, comme un hommage au genre. C’est une œuvre unique, hommage aux œuvres lyriques des temps passés.

On y suit les tribulations de la jolie maraîchère Ciboulette, décidée à se forger un destin brillant sans sacrifier ses sentiments. Sa quête du bonheur l’amène à croiser toute une galerie de personnages typiques du Paris de la Belle Époque, des plus modestes aux plus distingués. Un spectacle que l’on a pu de nouveau admirer grâce à la mise en scène de Michel Fau à l’Opéra-Comique en 2014. Un spectacle hilarant qui parle à tous les publics.

Pour compléter cette sélection, voici trois opérettes inattendues du 20ème siècle :

Der Kuhhandel / Kurt Weill (1933)

C’est une œuvre inachevée qui n’a fait son retour sur scène qu’en 1994, plus de 60 ans après une première tentative qui fut un échec. En français, Der Kuhhandel signifie à la fois maquignonnage et marchandage. Il est donc ici question de vaches mais aussi de marchands d’armes ! Ceux qui ne connaissent que le style des œuvres chantées de Kurt Weill, plutôt dramatiques, seront surpris à la découverte de ce spectacle tout droit sorti du Volksoper viennois, l’opéra populaire de Vienne. C’est une œuvre satirique mais où tout se termine bien, dans la meilleure tradition de l’opérette !

Le Verfügbar aux Enfers / Germaine Tillion (1944)

On est bien loin de la gaieté parisienne de la Belle Epoque avec Le Verfügbar aux Enfers. Il s’agit pourtant bien d’une opérette, à la différence que celle-ci a été écrite clandestinement pendant la détention de Germaine Tillion au camp de concentration de Ravensbrück durant la Seconde Guerre mondiale ! Elle y raconte avec un humour féroce les terribles conditions de détention, accompagnant sa pièce des airs populaires du répertoire lyrique qu’elle avait gardés en mémoire… Un témoignage d’une telle force qu’il est aujourd’hui étudié dans les écoles.

Renate quitte le pays / Pina Bausch (1977)

Décalé ! Une vraie curiosité que ce Renate quitte le pays ! Cette création joue allègrement avec les codes du roman sentimental et ceux des romans-photos américains, mariant Hollywood au Tanztheater ! Présentée pour la première fois à Wuppertal en 1977, enregistrée en 1985, cette pièce de théâtre dansée révèle une autre facette de la fascinante chorégraphe allemande Pina Bausch.

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2 thoughts on “Toute l’opérette en 7 opérettes !”

  1. Merci pour ce petit retour dans le passé. Il est vrai que les opérettes ont été un peu oubliées ces dernières années. C’est bien que des personnes aient cette initiative.

    1. le fonctionnaire inconnu dit :

      Et sait-on jamais, il s’agit peut-être d’un retour vers le futur !?…

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