Mime

Histoire du mime

- Modifié le 15/03/2018 par Hélèna du département Arts vivants à la médiathèque de Vaise

Souvent identifié à Marcel Marceau, le mime est en fait connu depuis plus de 25 siècles ! Le mot mime vient du grec "mimos" qui signifie "imitation". C'est un genre théâtral, sans parole, dont les principaux moyens d'expression sont l'attitude, le geste et la mimique.

Etienne DECROUX, L’Homme de Sport – 1948 / © Etienne-Bertrand Weill
Etienne DECROUX, L’Homme de Sport – 1948 / © Etienne-Bertrand Weill

Origines antiques

On attribue souvent l’invention du mime au poète grec Sophron de Syracuse (Vème siècle avant J.-C.), mais cette forme théâtrale existait sans doute bien avant lui. Les mimes grecs ridiculisent les travers de leurs contemporains. Ces imitations passent par la caricature, la parodie, la comédie de mœurs et de situations, ainsi que par des sujets touchant à la tragédie et à la religion. On y parle peu, mais on y parle encore.

Quelques siècles plus tard, on assiste à la naissance, dans l’Empire romain, de ce que l’on nommera plus tard le pantomime. Vers 240 avant J.-C., Livius Andronicus a une extinction de voix en pleine représentation. Il demande alors l’autorisation au public de placer devant lui un récitant tandis qu’il illustre les vers par des gestes.

Au VIème siècle, les mimes, accusés d’obscénité, sont chassés par Charlemagne et les conciles les interdisent.

Une distinction importante : mime ou pantomime

Le mime crée tandis que la pantomime est une imitation d’une histoire verbale qu’elle raconte avec des gestes pour expliquer.

Le mime tend vers la danse ou la poésie. Il est donc libéré de tout contenu figuratif, il tend vers l’abstraction. Il élargit ses moyens d’expression, propose des gestes que chaque spectateur interprète librement.

La pantomime présente une série de gestes, souvent destinés à amuser et qui remplacent une série de phrases. Elle dénote fidèlement le sens de l’histoire montrée. Aujourd’hui la pantomime est un spectacle composé des seuls gestes du comédien.

Les apports de la commedia dell’arte

Lorsque la pantomime périclite à la chute de l’Empire Romain, on la retrouve au Moyen Âge sur les parvis des cathédrales, parmi les grimaciers du Roi, parmi les poètes qui chantent les ballades, les contorsionnistes, les acrobates, les fous du Roi… Elle n’est vraiment entrée dans la théâtralité qu’avec Ruzzante et se termine avec Goldoni.

La pantomime est en vogue à la fin du XVIème siècle avec l’arrivée des comiques espagnols et italiens en France. Afin de remédier au problème de langue, ils ont recours à la pantomime et la mimique afin de remédier au pour s’exprimer. C’est la Commedia dell’arte et la naissance des « Arquelinade ». Ils animent les personnages d’Arlequin, Polichinelle, ou Colombine.

Au XVIIIème siècle, la danse et la parole sur scène sont interdits pour ne pas faire concurrence à la Comédie Française. Les répliques sont écrites sur des pancartes ou chantées par le public. Ainsi très vite le théâtre de Foire devient théâtre de mime, de pantomime et de marionnettes.

Le ministre de l’Intérieur invite acteurs et scénaristes à se cantonner dans le registre de la gaieté. Cet aspect populaire et divertissant du mime perdurera. Le mime se développe à nouveau au XIXème et XXème siècle avec l’apparition des « hommes blancs » et les apports théoriques d’Etienne Decroux, Marcel Marceau et Jacques Lecoq.

Jean-Gaspard Deburau (1796-1846), l’homme blanc

La pantomime connait ses lettres de noblesse grâce à Jean-Gaspard Deburau. Pour survivre, la famille Deburau parcourt pendant près de 20 ans les routes d’Europe jusqu’à Paris en pratiquant différents métiers du cirque. Jean-Gaspard n’est doué pour aucun de ces arts et est considéré comme un bon à rien. Il subit coups, humiliations et faim. Mais au cours d’un voyage, il apprend la pantomime italienne, auprès d’un vieil Arlequin. En 1816, la troupe est engagée au théâtre des Funambules.

Toutes ses souffrances d’enfance et d’adulte servent de toile de fond à la construction de son personnage mélancolique de Pierrot blanc. Il tient la scène pendant 20 ans avec ce même personnage. Il est immortalisé dans le film de Marcel Carné Les Enfants du paradis en 1945, dans lequel il est incarné par Jean-Louis Barrault. Le mime se cristallise donc autour d’un personnage habillé d’une souquenille et le visage maquillé de blanc.

A la disparition de Jean-Gaspard Deburau, la pantomime muette tente de survivre de manière autonome avec une lignée d' »Hommes blancs », à commencer par son fils Jean-Charles, puis Louis Rouffe, Séverin, Georges Wague et Maurice Farina.

Pour en savoir plus

-Le silence des mimes blancs / Daniel Dobbels [Multi-supports]

Renaissance du mime à la fin du XIXème siècle

A la fin du XIXème siècle, la chronophotographie de Marey et Demeny, le cinéma et les films dits « muets » vont donner naissance à des virtuoses du geste et du mime. Au même moment, la danse, par une approche différente dans son rapport au corps, va proposer des formes de mouvement qui s’éloignent de la danse classique. Certaines vont vers une danse-théâtre, voire un théâtre dansé qui pourra devenir par la suite, chez certaines compagnies contemporaines, une forme de théâtre de geste.

Mais c’est surtout du théâtre que va renaître un art du mime nouveau. Au début du XXe siècle, partout en Europe, l’acteur part à la découverte de son propre instrument, son corps, et cela lui ouvre des voies créatives nouvelles.

Le mime corporel d’Etienne Decroux (1898-1991)

Etienne Decroux est le premier et le grand rénovateur du mime. Il étudie à l’école du Vieux-Colombier, dirigée par Jacques Copeau et Suzanne Bing. Des exercices corporels inédits pour la formation d’acteur sont pratiqués. Les étudiants travaillent le corps presque nu, le visage voilé ou masqué. L’acteur appuie son jeu théâtral sur le corps en mouvement : le travail du masque, du clown, de l’acrobatie, de l’escrime, de la danse, la pratique de l’improvisation.

Fasciné par cet enseignement, Etienne Decroux développe, jusqu’à la fin de sa vie, un art autonome qu’il appellera mime corporel. Il élabore avec l’acteur Jean-Louis Barrault une grammaire corporelle qui demeure une référence dans l’art du mime. Elle est basée sur l’articulation, le rythme, l’interprétation, les contrepoids, pour parvenir à une dramaturgie corporelle.

En 1940, désireux de réformer le théâtre, il fonde son école de mime. A travers ses recherches et ses créations, Étienne Decroux a influencé des générations d’artistes de diverses disciplines (théâtre, danse, cirque).

Pour en savoir plus

-Etienne Decroux, mime corporel : textes, études et témoignages / Patrick Pezin [Livre]
-Le théâtre d’Etienne Decroux / Gilbert Comte [DVD]
-Pour saluer Etienne Decroux /Jean-Claude Bonfanti [Vidéo sur youtube.fr]

Marcel Marceau, Bip et l’art du silence (1923-2007)

Marcel Marceau est né en 1923 à Strasbourg. Dans les années 40, il est formé à l’école de Charles Dullin, où il rencontre Jean-Louis Barrault. Les cours sont axés sur l’improvisation et l’expression corporelle. Les élèves font l’expérience de la redécouverte des sens et d’éveil à la nature. Il devient comme Barrault disciple d’Etienne Decroux, avec qui il apprend la technique et les principes du mime corporel.

Il revisite alors les mimodrames, qui ont fait le succès de Jean-Gaspard Deburau. Ainsi il redonne vie à l’ancienne pantomime et la fait évoluer à travers ses « pantomimes de style ». Avec Étienne Decroux, c’est la rupture. Ce dernier voit le retour à l’ancienne pantomime comme une véritable trahison et il ne lui pardonnera jamais. Comédien du silence et travailleur de l’invisible, Marcel Marceau est un des fondateurs du mime moderne. Dans ses spectacles, il pouvait, sans parler, émouvoir profondément son public… Lire la suite

Pour en savoir plus

-Le mime Marcel Marceau / Dominique Delouche [DVD]

Jacques Lecoq et le corps poétique (1921-1999)

Jacques Lecoq commence par enseigner l’éducation physique et sportive, puis il entre dans la troupe de Jean Dasté, héritier de Jacques Copeau. Dès 1956, Jacques Lecoq ouvre une Ecole internationale de théâtre. Il choisi de développer un travail du mime qui n’est ni celui de Decroux, ni celui de Marceau. Il s’appuie sur ses expériences antérieures de la connaissance du corps et de l’analyse du mouvement. Son enseignement se développe autour du travail sur le masque neutre, la commedia dell’arte, et sur le travail du chœur de la tragédie grecque. Cet enseignement se développe plus tard autour du thème du clown et du bouffon et aussi sur l’improvisation et le mélodrame.

Sa pédagogie se concentre sur le corps pour apprendre « le geste qui bouge et parle juste ». Pour cela il est nécessaire d’observer le monde extérieur. « Les exercices se multiplient, tous tendus vers un même but : descendre au plus profond de soi, à la recherche des sensations intérieures pour rendre ensuite visibles, par les contorsions, les déplacements, les mimiques, les postures, voire l’immobilité, ces perceptions du « dedans ». En bref, partir à la recherche de ce que Lecoq appellera « le corps poétique ». » (Source)

Cette école a formé des générations d’artistes (metteurs en scène, acteurs, danseurs, clowns) qui, même s’ils ne se sont pas retrouvés intégralement dans le mot mime, ont développé une créativité autour de l’idée de geste.

Pour en savoir plus

Le mime au XXème siècle

Pendant très longtemps le mime s’est cantonné dans l’imitation des comportements et des objets de la vie quotidienne. Mais depuis les années 70, le mime s’est diversifié et des spectacles surréalistes, symboliques ou abstraits apparaissent.

La tendance à l’expressivité du corps est dû en partie au choc de culture produit par des spectacles de troupes étrangères en France. (Ex : Opéra de Pékin en 1955, le Khatakali en 1967 ou théâtre balinais). Ces spectacles confrontent le public français à des mimiques très élaborées de théâtres rituels et des gestuelles non réalistes.

Des spectacles ou artistes surréalistes, tels que le buto, Kantor, ou Regard du sourd de Bob Wilson, relancent le mime. Le théâtre de l’absurde se régénère sous l’influence de mimes comme Hauser Orkater, Jérôme Deschamps, Farid Chopel, Yves Lebreton, Remondi et Caporossi… D’autres mimes ont exploré l’abstraction au théâtre ou bien un réalisme épuré, minimaliste, et esthétisant. Des auteurs comme Peter Handke et F. X. Krpetz ont amené le théâtre sur la voie de l’hyperréalisme. Le théâtre engagé retrouve un nouveau souffle grâce au mime et fait redécouvrir au théâtre occidental le rituel et le masque.

Le développement des performances a fait du corps le moyen d’expression principal. Le rapprochement de la danse et du mime a permis de développer des démarches passionnantes telles que le font Pina Bausch ou Maguy Marin…
Enfin, le clown et le cinéma muet burlesque permettent le renouvellement d’une autre lignée de mimes contemporains comme Dimitri, Slava Polunin, Theatre Beyond Words ou de nombreux élèves de l’Ecole Jacques Lecoq.

Pour en savoir plus

 

Tags

:

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *