Accompagner le vieillissement. Il n’y a pas que l’EHPAD

- temps de lecture approximatif de 9 minutes 9 min - Modifié le 18/03/2022 par Karine

La parution du livre-enquête Les Fossoyeurs de Victor Castanet révélant la gestion scandaleuse des EHPAD privés a replacé la question de l’accompagnement de la vieillesse au cœur du débat public. La réputation des institutions médicalisées et des maisons de retraite est à nouveau mise à mal. Dès lors comment accompagner dignement les personnes âgées qu’elles soient dépendantes ou non et comment maintenir un lien social fragilisé par le vieillissement ? Il existe des alternatives au placement en EHPAD. Nous vous proposons un focus sur des témoignages d’aidants et sur des expériences singulières.

© Pixabay

Avec l’allongement de l’espérance de vie, le nombre des plus de 85 ans passera de 1,4 million aujourd’hui à 5 millions en 2060.  Selon une enquête de l’Ifop de 2019, « les seniors expriment un souhait clair et massif, celui de vieillir chez eux, quitte à y réaliser quelques aménagements pour y parvenir et à recourir aux services à la personne ». Cet idéal du bien vieillir en dehors d’une institution peut prendre différentes formes : le maintien à domicile, l’accueil familial, l’habitat participatif, l’habitat inclusif ou encore la colocation intergénérationnelle.

 

1. Le maintien à domicile

Une personne en perte d’autonomie n’est pas dans l’obligation d’entrer dans une institution, elle peut rester chez elle et bénéficier de services de soins et d’aide à domicile. C’est ce qui est communément appelé le MAD, le maintien à domicile. Les aidants professionnels et les visiteurs bénévoles accompagnent les personnes âgées vivant à leur domicile.

  • Aidants professionnels

« Les aidants professionnels sont 830 000 en France. À 98%, ce sont des femmes, 75% n’ont aucun diplôme et leur moyenne d’âge est de 45 ans. Ils sont en CDI à temps partiel avec un salaire horaire de 11,87 euros brut de l’heure. Par mois, ils gagnent entre 700 et 900 euros net. Très souvent, ces femmes sont issues de l’immigration. » (Source : France Info)

Dominique Picard, assistante sociale à la retraite, a dirigé pendant 20 ans une association d’aide à domicile à Paris. Dans un livre sobre et délicat intitulé L’air du soir, elle déroule son expérience et donne la parole aux  femmes qui se chargent chaque jour du bien-être des personnes âgées vivant à leur domicile. Ces aidantes ne se limitent pas seulement à faire le ménage ou les courses, elles comblent la solitude par leur présence bienveillante, attentive et chaleureuse. Dominique Picard rend hommage à ces professionnelles dévouées qui exercent un métier mal reconnu.

« Les familles ne reconnaissent pas toujours le travail que l’on fait. J’aime tellement cette dame que quand il y avait des grèves, je faisais de l’auto-stop, Nanterre, rue des Saints-Pères. Elle veut mourir, elle ne veut plus manger à la petite cuillère, je la nourris à la seringue. Tout le temps elle me dit : Irma, j’ai peur » Irma

C’est une autre expérience de l’accompagnement à domicile que partage Ixchel Delaporte dans son récit autobiographique Dame de compagnie, en immersion au pays de la vieillesse. Pendant plusieurs mois, elle a occupé l’emploi d’auxiliaire de vie et bénévole pour une association de lutte contre l’isolement des personnes âgées. Elle raconte les rapports avec ses employeurs, les exigences à la fois morales et physiques du métier, le peu de reconnaissance salariale dans un secteur en plein développement et la détresse des personnes confrontées à la dépendance et à la solitude. Retrouvez un entretien de l’autrice.

Le site de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) donne des informations générales et des contacts locaux pour les patients ou leurs familles.

Et pour ceux qui veulent garder leurs ainés près d’eux, le studio ou chalet médicalisé installé dans le jardin est une solution. La personne âgée reste ainsi proche de sa famille tout en jouissant d’un lieu de vie indépendant.

 

  • Visiteurs bénévoles

Pour rompre la solitude des personnes âgées en situation de précarité et restées à leur domicile des associations proposent des visites bénévoles. Ainsi, en 2020, l’association Les Petits Frères des Pauvres a rassemblé 13 802 bénévoles qui ont permis à plus de 34 000 personnes âgées « de continuer à vivre chez elles malgré leur perte d’autonomie, de sortir de leur isolement et de tisser des liens d’amitié. De retrouver la joie de vivre, tout simplement. »

Le site gouvernemental Je veux aider met en relation des organismes publics ou associatifs et des bénévoles qui souhaitent aider dans de nombreux domaines y compris celui de la lutte contre l’isolement des personnes âgées ou handicapées.

 

2. L’accueil familial

Contrairement à l’aidant familial qui désigne un proche aidant, l’accueillant familial n’a aucun lien de parenté avec la personne dont elle s’occupe. Le principe de l’accueil familial est de loger à son domicile une personne âgée ou handicapée en lui assurant les soins et l’entretien dont elle a besoin. Ce type d’accueil est encadré par les Conseils départementaux et ne convient pas à des personnes lourdement dépendantes.

« Mon rôle, c’est de donner du bonheur jusqu’au dernier souffle. J’exerce le plus beau métier du monde ». Séverine Bellier

Ouvrière en usine pendant vingt ans, Séverine Bellier décide de changer de voie professionnelle pour se lancer dans l’accueil familial. Elle accompagne quotidiennement deux ou trois personnes âgées qui vivent en permanence dans sa maison et qui participent pleinement à la vie de famille. Elle parle de son métier dans Bienvenue chez Séverine et livre un témoignage éclairant sur les réseaux sociaux. Un partage d’expérience positif et une belle leçon d’humanité.

Pour favoriser le développement des accueils familiaux d’adultes handicapés et de personnes âgées, l’association Famidac met en relation les accueillants et les personnes accueillies.

 

3. Habitat participatif et habitat coopératif

  • De la Maison de Babayagas…

Vieillir ensemble, telle était l’idée de Thérèse Clerc qui a fondé la Maison des Babayagas à Montreuil en 2012. Ce type d’habitat partagé avant-gardiste réunit des femmes autonomes de plus 60 ans dans une résidence HLM autogérée par une association. Chacune des résidentes est locataire de son logement. « Sur les vingt-cinq logements, vingt et un sont réservés à des femmes de plus de 60 ans, répondant aux critères d’accès aux logements sociaux. Les quatre autres, à des jeunes de moins de 30 ans, comme convenu lors de l’ouverture des lieux en 2012. Ici, les maîtres mots sont citoyenneté, solidarité, féminisme, laïcité, écologie et… autogestion. » explique la journaliste Alexandra Bourcier. Cette forme de cohabitation est la version moderne des béguinages, termes qui désignait au Moyen Age des lieux de vie de femmes veuves ou célibataires appartenant à une communauté religieuse.

A écouter, les témoignages des Babayagas.

 

  • … à l’immeuble Chamarel

Dans la même idée de ne pas vieillir seul et de façon indépendante, un groupe de retraités a créé une coopérative d’habitants dans l’est lyonnais, la coopérative Chamarel. Chantal Nay, une occupante ayant travaillé sur le projet,  en explique le principe : l’appartement qu’elle occupe ne lui appartient pas, c’est la coopérative qui est propriétaire de l’immeuble et du jardin attenant. Elle est donc locataire et propriétaire collective car elle possède des parts sociales de la coopérative. Les occupants de l’immeuble partagent les mêmes valeurs de partage et d’entraide : chacun réalise des tâches pour la collectivité comme le ménage des espaces communs par exemple.  La réalisatrice Cécile Boutain revient sur cette aventure dans son film Les Barges.

« J’étais dans une maison, il fallait que j’en parte […] Ici, je me sens rassurée, entourée » Marcelle, 76 ans

Habitat Participatif France organise tous les ans des Journées Portes Ouvertes et tous les deux ans des Rencontres nationales afin de faire connaître et de promouvoir l’habitat participatif.

 

4. Habitat inclusif ou habitat API (accompagné, partagé et inséré dans la vie sociale)

Entre le maintien à domicile et le placement en institution, il existe la solution de l’habitat inclusif destiné aux personnes âgées de plus de 65 ans et aux personnes handicapées. « Les habitants y vivent dans des logements privatifs, tout en partageant des espaces communs et un projet de vie sociale […] L’habitat inclusif est donc ouvert à toute personne qui souhaite faire le choix de vivre dans un logement autonome tout en partageant des moments collectifs avec les autres habitants.»

Pour soutenir le développement des API, l’Etat a mis en place depuis le 1er janvier 2021 une Aide à la Vie Partagée  à destination des personnes qui souhaitent bénéficier de ce type d’habitat et versée par le Conseil départemental directement au porteur de projet de l’habitat inclusif.

La résidence service et la résidence autonomie sont aussi des habitats mixant logements privatifs et espaces partagés. Mais ces deux résidences n’entrent pas dans le dispositif habitat API car elles ne proposent pas toujours de projets de vie sociale. Toutes deux s’adressent à des personnes autonomes, offrent divers services collectifs (ménage, blanchisserie, restauration…) et sont construites à proximité des commerces. Les résidences service sont gérées par des structures commerciales privées ou associatives alors que les résidences autonomie sont majoritairement gérées par des organismes publics ou à but non lucratif, ce qui impacte le coût modéré du loyer. Autre différence : les résidences autonomie sont soumises à la règlementation médico-sociale contrairement aux résidences services.

 

5. La résidence intergénérationnelle

MARPA-ECOLE, un projet utopique et une expérience pilote

« Les personnes âgées, je leur donne de la joie, elles m’apportent des souvenirs » Youri

La commune de Souvigny-de-Touraine a mis en place un établissement novateur qui fait cohabiter personnes âgées non dépendantes et élèves d’une école élémentaire. Juliette Benzoni est allée à la rencontre des acteurs de ce projet. Dans son film documentaire  Vivre ensemble elle montre le quotidien des personnes âgées qui restent libres de partager les activités avec les enfants : faire un gâteau pour le goûter, jouer à un jeu de société, prendre le déjeuner… Le fonctionnement de cette structure d’accueil nécessite beaucoup de travail mais le bénéfice est double : une vision positive de la vieillesse pour les enfants et le maintien d’un lien social pour les personnes âgées.

Les MARPA (Maison d’accueil et de résidence pour l’autonomie) sont des établissements ruraux non médicalisés et à but non lucratif. Ils accueillent un nombre limités de résidents. C’est la Mutualité Sociale Agricole (MSA) qui a lancé cette alternative à la maison de retraite. Il existe environ 200 MARPA en France.

 

6. Colocation intergénérationnelle.

Une autre façon de favoriser l’entre-aide intergénérationnelle est la solution de la colocation intergénérationnelle. Il s’agit de permettre à des étudiants et à de jeunes travailleurs de se loger à moindre coût chez une personne âgée non dépendante en échange de services (courses, prises de rendez-vous, repas). Les avantages ne sont pas seulement économiques pour les deux parties, ils sont également sociaux puisque chacun bénéficie de la présence de l’autre. Mais dans tous les cas, une certaine affinité et un engagement humain sont nécessaires pour que la cohabitation fonctionne.

Certains jeunes font aussi le choix de vivre dans une résidence pour personnes âgées dans la même perspective d’accompagnement.

Pour trouver un logement en colocation intergénérationnelle, le réseau national Cohabilis  « regroupe près de 40 structures qui mettent en œuvre des solutions d’habitat partagé sur tout le territoire français. ». Vous trouverez via Internet de nombreuses associations qui mettent en relation propriétaires et locataires dans votre région.

 

Pour aller plus loin :

Sur les EHPAD

Sur le logement des personnes âgées

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