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Debout-payé

Gauz

Vis ma vie de vigile sur les Champs-Elysées…

On recrute des vigiles (…). Le bruit s’est très vite répandu dans la « communauté » africaine. Congolais, Ivoiriens Maliens Guinéens, Béninois, Sénégalais, etc., l’œil exercé identifie facilement les nationalités par leur seul style vestimentaire. La combinaison polo-jean Levi’s 501 des Ivoiriens ; le blouson cuir noir trop grand des Maliens ; la chemise rayée fourrée près du ventre des Béninois et des Togolais ; les superbes mocassins toujours bien cirés des Camerounais ; les couleurs improbables des Congolais de Brazza et le style outrancier des Congolais de Stanley… Dans le doute, c’est l’oreille qui prend le relais car dans la bouche d’un Africain, les accents que prend la langue française sont des marqueurs d’origine aussi fiables qu’un chromosome 21 en trop pour identifier le mongolisme ou une tumeur maligne pour diagnostiquer un cancer. Les Congolais modulent, les Camerounais chantonnent, les Sénégalais psalmodient, les Ivoiriens saccadent, les Béninois et les Togolais oscillent, les Maliens petit-nègrisent…

Le Debout-payé, c’est le vigile. En l’occurrence, tonton Fernand, Ossiri et Kassoum dont les destins croisés permettront à l’auteur de dresser l’histoire de l’immigration ivoirienne des années 70 au 11 septembre 2011. Et de rendre au passage un bel hommage à la communauté africaine de Paris.
La Françafrique, le problème des sans-papiers, l’évolution des systèmes de sécurité, la religion de la consommation seront évoqués sans que jamais le récit ne s’égare dans le misérabilisme ou dans la lourdeur.
Car loin des discours vertueux et des professions de foi humanitaires, c’est le vigile qui a ici la parole. Aussi le récit est-il entrecoupé de courts chapitres en forme d’abécédaires livrant pêle-mêle ses réflexions ; et c’est peu dire que les réflexions se bousculent dans la tête du « man in black » durant ses huit heures de station debout. Alors, à la manière d’un anthropologue malicieux, il observe, classe, compare et dresse des statistiques sur les rites des clients de Camaïeu ou Sephora.
Multipliant les styles, Gauz nous livre ainsi une merveille d’écriture, qui, si elle ne nous épargne rien de la brutalité de la société contemporaine, offre à un métier dévalorisé une revanche où l’humour et la dignité ont le dernier mot.
Délicieux.

C’est aussi l’occasion de découvrir les Editions Le nouvel Attila, Littératures étranges et étrangères… Le nouvel Attila cultive les genres inclassables et les mauvaises herbes littéraires, en proposant traductions, rééditions de trésors oubliés, et quelques auteurs français choisis.
http://www.lenouvelattila.fr/
Prix des libraires Gibert Joseph 2014.
Meilleur premier roman français de l’année 2014 au classement annuel des Meilleurs livres de l’année du magazine Lire.

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