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Carne

Julia Richard

"Tiens, j'mangerais bien le chat" - Alf

1er roman de Julia Richard, Carne est une plongée dans la psyché de Simon, un père de famille lambda qui, après avoir cédé à l’irrépressible tentation de manger Wurst le chien de la famille (en allemand, wurst veut dire saucisse ou saucisson), se transforme en zombie. Dans ce roman, nous sommes bien loin du stéréotype du zombie comme on le trouve chez Romero ou dans Walking Dead. Si l’on devait choisir un point de comparaison, on se trouverait plus du côté de la série télé Santa Clarita Diet. Ici, les zombies sont avant tout des « monsieur et madame tout le monde », victimes de terribles pulsions cannibales, qui tentent tant bien que mal de maintenir un semblant de normalité dans leur existence en continuant à aller au boulot, au supermarché ou en résistant à l’envie de dévorer leurs proches.

Comme tous films ou livres de zombies qui se respecte on a évidemment affaire via ces mangeurs de chair à une satire de la société. Si Romero s’en est servi pour faire une critique de la société de consommation et de sa capacité à créer des foules de décérébrés, Julia Richard s’est pour sa part concentrée sur la sphère de l’intime et du train-train quotidien. Elle y propose un portrait au vitriol des relations familiales ou professionnelles (quel est le problème à dévorer un stagiaire si la RH ne le remarquera même pas sa disparition et qu’un nouveau arrivera la semaine d’après ?) et interroge sur ce qui se passe derrière les portes closes de foyers en apparence tranquilles.

Sur le plan de la construction la narration mime la perte de repères de Simon. Le chapitrage est destructuré, la chronologie parfois embrouillée sans jamais perdre le lecteur et des jeux typographiques viennent souligner les incursions des pensées cannibales parasites qui assaillent Simon ou les bruits qui l’entourent.

 

En bref, Carne est un roman punchy et décalé, avec une écriture très rock’n’roll truffée d’humour et une intrigue bien sanguinolente. À mettre entre toutes les mains, exception faite des végétariens, végans et hématophobes car l’auteure ne fait pas dans le soft en matière de description.

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