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404

Sabri Louatah

Un thriller impitoyable et retors où se mêlent dérives technologiques et diagnostic d’une société où la violence des rapport de classes porte les germes d’un conflit ethnique. Amateur.trice.s d'angélisme et de bons sentiments, s'abstenir.

La Brèche, un petit village de l’Allier, au centre exact de la France, peu après les élections de 2022. Une informaticienne de génie, un cuisinier stéphanois incapable d’oublier un amour de jeunesse et un oligarque des télécommunications né dans les quartiers modestes de Vénissieux se retrouvent autour d’un projet d’application de streaming d’un genre particulier. Issus de l’immigration maghrébine, ils se sont connus une vingtaine d’années auparavant, dans une classe prépa d’un établissement prestigieux de Lyon.

À une époque où l’information passe essentiellement par internet et les réseaux sociaux, est apparue une forme évoluée de deepfakes permettant de falsifier des contenus vidéo de façon quasi indétectable. Ces « mirages » font des ravages : harcèlement en ligne, revenge porn, chantage, ils vont jusqu’à provoquer des incidents diplomatiques. Aucune image n’étant désormais fiable, c’est la notion même de vérité qui devient caduque.

La solution ? Une technologie nouvelle, permettant d’émettre des flux vidéo impossibles à enregistrer, et par-là même, à falsifier. Le projet se nomme « 404 », comme une page internet introuvable, comme aussi un modèle de Peugeot ancien qui lie secrètement les trois principaux personnages autour d’un souvenir d’adolescence.

Pour Allia, sa conceptrice, c’est le seul antidote à une ère du soupçon généralisé qui exacerbe les haines et met la société au bord du chaos.

Mais c’est compter sans la pression des financeurs, les obsessions de revanche des uns, l’intolérance des autres, les politiques qui instrumentalisent la frustration de tous, les failles d’une société qui continue d’exclure une large part de la population, pourtant parfois installée sur son territoire depuis plusieurs générations.

Sabri Louatah, remarqué pour sa saga Les Sauvages  parue entre 2012 et 2014 chez Flammarion-Versilio et adaptée en série télévisée par Canal +, n’est certes pas l’écrivain le plus optimiste de sa génération. Mais c’est un narrateur hors pair, qui signe un thriller cruel qui se lit d’une traite. N’hésitant pas à appuyer là où ça fait mal, il fait le procès d’une société qui a abandonné ses principes généreux et part en morceaux, exacerbant les communautarismes de tous bords.

Un pessimisme que l’actualité, hélas, ne semble pas toujours démentir.

 

 

Voir dans le catalogue de la BML

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