Les bruns, les rhinocéros, les moutons et d’autres choses absurdes

- Modifié le 27/08/2020 par AudreyB

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Dali and Rhinoceros, 1981 (Philippe Halsman)

Souhaiter devenir un rhinocéros, être empêché de vendre de la limonade dans le dernier bâtiment qui reste debout dans le monde après l’apocalypse au risque de se « dénaturer », ou ajouter « brun » à la fin de chaque phrase pour être en sécurité… On dirait des situations surréalistes ou absurdes n’est-pas ? Ces trois exemples sont tirés de trois œuvres littéraires qui reflètent et dénoncent des modes de vie humains injustes comme les guerres, le capitalisme ou les totalitarismes.

L’utilisation d’un langage et un temps narratif incohérent, les situations dépourvues de tout sens, l’absence de lien entre les scènes, les dialogues vides… sont des ressources introduites par le théâtre de l’absurde qui naît dans les années 50 dans le but de montrer le non-sens de l’existence. Samuel Becket, Albert Camus, ou Eugène Ionesco ont été des représentants célèbres de ce genre, mais on trouve des situations aussi loufoques et dépourvues de tout sens dans de nombreuses autres œuvres littéraires et artistiques.

« Je n’ai pas de corne, hélas ! Que c’est laid, un front plat. Il m’en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. […] »,  regrette Bérenger, un des personnages principaux de la pièce Rhinocéros de Ionesco. Bérenger résiste à la forte tentation de devenir lui aussi un rhinocéros comme tout le monde…

« Brune, il avait rajouté en regardant autour de lui, souris brune, au cas où on aurait surpris notre conversation. Par mesure de précaution, on avait pris l’habitude de rajouter brun ou brune à la fin des phrases ou après les mots. […] » raconte le narrateur de Matin Brun de Franck Pavloff, qui nous décrit une société où il faut être brun ou mourir… Insensé !?

« A l’intérieur du Bâtiment Mondial, ou Grand Artifice, habitent les Soi-disant Nécessaires, c’est-à-dire : un couple de la Garde Civil espagnole, un amiral argentin et trois marins, deux barbiers dans l’exercice et un réticent, le roi, le maire et sa secrétaire, le concierge mondial et un minimum de population afin de permettre aux dirigeants d’exercer son pouvoir sur une base. […] » écrit José Luis Cuerda un réalisateur, scénariste et écrivain espagnol qui, à travers un absurde très local, a réussi à dresser le portrait drôlement surréaliste de la société de classes dans son roman et son film adapté Tiempo después (Temps après).

Trois genres différents : une pièce de théâtre, une nouvelle et un roman qui nous mettent en garde, à travers le surréalisme et l’absurdité, contre le pire de la condition humaine. Il est curieux aussi de noter la présence des animaux dans ces trois récits : c’est par le biais des chats que la société brune de Pavloff commence, c’est-à-dire les animaux domestiques, les « compagnons » les plus proches des humains… Dans le récit de Cuerda, les moutons sont très présents, notamment quand ils prennent l’ascenseur du Bâtiment Mondial pour aller paître à la terrasse. C’est le bétail qui est au service de l’humain et qui va toujours en troupeau… En revanche, les rhinocéros de Ionesco sont très éloignés des humains, ils sont plus grands et féroces et ils peuvent être dangereux…  On pourrait peut-être se demander qui est le plus absurde, le plus surréaliste, le plus illogique, le plus bête ?


Cette brève a été réalisée par Fatima Hoces, stagiaire au département Littératures.

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