Le 27 mai 1926 : la reddition d’Abdelkrim el Khattabi, un précurseur des luttes anticoloniales

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Portrait d'Abdelkrim el-Khattabi. @Wikipédia

C’est la date de reddition d’un chef de guerre oublié de l’Histoire. Pourtant, sa guerre dans le Rif contre l’Espagne, puis la France, était connue de tous, en France et à l’international :

« Ce Vercingétorix berbère est parvenu à susciter une vague de solidarité animée en France par des communistes, des socialistes et des anarchistes […]. Dans cette protestation anticoloniale, des écrivains, en tête desquelsl es surréalistes, se sont distingués par haine de la boucherie de la 1ère guerre mondiale […]. L’épopée de Abdelkrim a eu un retentissement mondial : jusqu’à Moscou, Ankara, le Brésil, les fins fonds de l’Insulinde et de l’Asie centrale. », In “Abdelkrim Khattabi, une épopée d’or et de sang”, par Zakya Daoud

Autour de 1905, la France appellera toutes les partis politiques à l’Union sacrée contre l’Allemagne. Après la défaite de 1871, l’annexion de l’Alsace-Lorraine, et avant la revanche supposée de 14-18, la France s’oppose à l’Empire Allemand sur la question marocaine.

Dans la continuité de la conférence de Madrid de 1880 où il est déjà question du statut du Maroc, du traité de Berlin de 1885 où les nations européennes se partagent l’Afrique, la province marocaine du Rif, rebelle à toutes autorités, attise toutes les convoitises dans un contexte d’expansion coloniale généralisée et débridée.

Carte du Nord du Maroc indiquant les territoires sous protectorat espagnol / @Wikipédia

Ce point de crispation en 1905 entre les nations belligérantes provoque une crise internationale, la crise de Tanger est déclenchée par : « un discours de l’empereur Guillaume II à Tanger le 31 mars 1905, au cours duquel, s’opposant à l’instauration d’un équivalent de protectorat de la France sur le Maroc, celui-ci exige un État « libre et indépendant » afin de maintenir présents les intérêts allemands. », In Crise de Tanger 

Au-delà de la logique et des intérêts des grandes nations, une voix se lève et s’oppose au démantèlement du Maroc. Celle-ci se rapproche de celles de Toussaint Louverture en Haïti, ou encore d’Abdelkader en Algérie. Un combat anticolonial moderne qui refuse le diktat des nations impérialistes. Hô-Chi-Minh, alors établi à Paris, verra en lui un précurseur de la cause anticoloniale

Abdelkrim el Khattabi aura combattu durant de nombreuses années contre les puissances coloniales, d’abord celle de l’Espagne et enfin celle de la France. Il n’a bénéficié d’aucun soutien militaire ou partisan comme l’Espagne des Brigades internationales. Après sa reddition, Abdelkrim El Khattabi et toute sa famille seront envoyés en exil à l’île de la Réunion.

Résistant jusqu’au bout : « il refuse[ra] de retourner au Maroc malgré la signature d’accords d’indépendance, la critiquant de par sa nature : un « compromis de la monarchie marocaine avec les ex-puissances coloniales ». », In Amine Abdellaoui, « La répression au Rif marocain : aux origines de la fracture », Le Vent Se Lève, 28 novembre 2019

Pour aller plus loin :

L’exil d’Abdelkrim El Khattabi à La Réunion, 1926-1947 / Thierry Malbert ; illustrations Amaliléo

Abdelkrim Khattabi : une épopée d’or et de sang / Zakya Daoud

Abd-el-Krim et la république du Rif : actes / Du colloque international d’études historiques et sociologiques, 18-20 janvier 1973

La guerre du Rif : Maroc, 1921-1926 / Vincent Courcelle-Labrousse, Nicolas Marmié

Les Origines de la guerre du Rif / Germain Ayache

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