Des hommes en transition

1ère partie : Action politique et transition collective

- temps de lecture approximatif de 6 minutes 6 min - Modifié le 26/02/2020 par Maud C

L’humanité vit des heures décisives : dérèglements climatiques, épuisement des terres arables, disparition en masse des espèces et pollutions généralisées, crises économiques, sociales, financières, qui traduisent pour certains penseurs un phénomène plus grave encore : l’abandon de l’être humain. Il semble temps pour l’homme de trouver la voie vers une écologie avant-gardiste, et d’inventer un nouvel « homo écologicus ». Dans cette première partie, nous évoquerons les actions politiques et la transition écologique collective, de ses origines à son essor actuel. Un second article sera consacré aux initiatives individuelles, à mettre en œuvre pour un quotidien plus respectueux de notre belle planète.

Ecologie
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Politique et citoyens: la nécessité d’une convergence pour lutter contre le réchauffement climatique

En juillet 2019, Institut Carbone 4 a fait paraitre un rapport intitulé « Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’Etat face à l’urgence climatique ». Ce rapport évalue la dépense moyenne d’un citoyen en Co2, par sa consommation, ses déplacements, sa manière de se chauffer, à 11 tonnes par an. Or, pour les scientifiques, une lutte efficace contre le dérèglement climatique nécessite de ramener cet impact à 2 tonnes seulement, soit une réduction de 80%. Alors, à qui revient la responsabilité d’agir ? Selon l’institut Carbone 4, l’Etat, les citoyens, les entreprises doivent tous faire leur part. Ainsi, 20% de l’effort dépend de l’engagement individuel de chacun et 60% incombent à l’Etat et aux entreprises qui ont en charge la gestion des infrastructures existantes et la responsabilité des investissements à venir.

Couverture de Miser (vraiment) sur la transition écologiqueHélène Le Teno et Alain Grandjean, anciens membres de l’institut Carbone 4 et experts de la Fondation Nicolas Hulot s’appuient sur ces données scientifiques pour dresser un état des lieux de la transition écologique, en montrant son avancement et ses grandes tendances dans leur ouvrage Miser (vraiment) sur la transition écologique, paru en 2014. Selon eux, Il est important de repenser le rôle du pouvoir politique et administratif de manière à ce qu’ils ne soient pas en charge de fixer des règles, mais plutôt des objectifs et des obligations de résultats.

« La seule voie qui reste ouverte est celle de la mobilisation de l’intelligence collective, du partage de nos savoir-faire, du bon usage des sciences sociales pour construire une nouvelle gouvernance des biens communs.» Hélène Le Teno et Alain Grandjean

Cette nouvelle gouvernance, l’Etat français tente de la mettre en œuvre via la Convention citoyenne pour le climat, constituée en octobre 2019. Sous l’égide du ministère de la Transition écologique et solidaire, ce projet de démocratie participative regroupe 150 citoyens tirés au sort et constitués en assemblée, appelées à formuler d’ici début avril 2020 des propositions pour lutter contre le réchauffement climatique. La convention a pour mandat de définir une série de mesures permettant d’atteindre une baisse d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990) dans un esprit de justice sociale.

 

Rob Hopkins, un humble professeur britannique aux origines de la transition écologique

Ce concept de transition écologique,  qui fait converger citoyens, élus et scientifiques français, on le doit à Rob Hopkins. Un jour de l’année 2005, ce citoyen britannique, enseignant en permaculture, sort de chez lui et part frapper à la porte de ses voisins, dans la petite ville de Totnes où il vient à peine d’emménager. Il leur propose de se réunir en toute simplicité pour organiser une nouvelle économie à l’échelle de leur territoire : ne plus attendre que les aliments arrivent du bout du monde à grand renfort de pétrole, mais mettre en place des circuits courts et cultiver toutes les terres disponibles (jardins, toits; squares municipaux…); ne plus déplorer la pollution, mais se regrouper autour d’un projet de coopérative d’énergies renouvelables de proximité; ne plus fulminer à propos des banques et de la Bourse, mais adopter une monnaie locale qui fertilise le territoire, etc.

Couverture du livre Manuel de transitionCe nouveau modèle, la ville en transition , le professeur l’avait déjà mis en pratique avec ses étudiants dans la ville de Kinsale en Irlande, un an auparavant. En 2009, Rob Hopkins diffuse au grand public son plan pour nous préparer à vivre indépendamment des énergies fossiles lors d’une conférence TEDX Transition vers un monde sans pétrole, traduite en 22 langues, qui totalise actuellement plus de 900 000 vues. En 2010, parait la traduction de son Manuel de transition de la dépendance au pétrole à la résilience locale. Pour Rob Hopkins, c’est avant tout l’action locale qui a donc le pourvoir de changer le monde et ouvre la possibilité d’une renaissance économique, culturelle et sociale sans précédent.

«Ce livre se veut une immersion dans les possibilités de l’optimisme, une invitation à se joindre à des communautés autour du globe qui sont en train de prendre des mesures nécessaires pour que devienne réalité un avenir plus nourrissant, riche d’une authentique abondance. »  Rob Hopkins

Adressé à chaque citoyen souhaitant entrer en transition, le manuel est construit selon trois axes :

  1. La tête : Pourquoi le pic pétrolier et le changement climatique signifient qu’il est inévitable de faire petit ? Orienter ses actions en fonction des meilleures informations disponibles et utiliser l’intelligence collective pour trouver de meilleures façons de vivre.
  2. Le cœur : Pourquoi il est déterminant d’avoir une vision positive ? Apprendre à travailler avec compassion, en accordant une place aux aspects émotionnels, psychologiques, relationnels et sociaux de ses projets.
  3. Les mains : Comment passer des idées à l’action ?  Explorer le modèle de la transition pour inspirer une résilience locale de reconstruction en se lançant des projets pratiques

Depuis, les villes en transition ont essaimé à travers le monde via le Réseau international de la transition, qui recense plus de 2 000 initiatives dans 50 pays. En France, 150 sont réunies par le mouvement Transition France.  D’Aix-en-Provence à Vincennes en passant par Grenoble, vous trouverez sur le site du mouvement un annuaire des villes françaises en transition, mais aussi des ressources en ligne gratuites sur l’agriculture, la permaculture, le climat, les énergies renouvelables, le jardinage urbain, les monnaies locales et un film documentaire En transition 2.0: une histoire de résilience et d’espoir en des temps extraordinaires, à visionner sur Youtube. Transition France propose également en accès libre Le guide essentiel de la transition, qui n’est autre qu’une synthèse du Manuel de transition de Rob Hopkins. Basé sur les nombreuses expériences du réseau international, ce guide donne aux groupes initiateurs des ingrédients pour débuter, consolider et évaluer un projet de transition avec succès.

 

La transition collective: s’engager pour le monde de demain

« Faites ce que vous voulez, sachez simplement qu’à l’extérieur de vos bureaux, de vos centres de conférences, dans le monde entier, des gens se mettent au travail et vivent comme il le faudrait pour stabiliser la température à moins de 2 degrés. Vous pourriez y apporter votre énergie, soutenir ce processus, mais faites comme vous voudrez, car cela se produit de toute façon, avec ou sans vous. C’est une révolution tranquille, rejoignez-nous !»  Rob Hopkins, propos recueillis par Cyril Dion

Aux côtés de l’actrice Mélanie Laurent, le réalisateur Cyril Dion est parti en quête d’une révolution tranquille en donnant la parole à cinquante scientifiques, activistes, entrepreneurs, élus, qui posent les bases d’un monde nouveau par le biais d’initiatives concrètes qui fonctionnent déjà. Ce voyage accompli en 2013 par-delà 10 pays, est retracé dans le film Demain. Les portraits de ces pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation sont à retrouver dans le livre éponyme Demain: un nouveau monde en marche, paru en 2015.

Couverture du livre DemainSuite aux succès phénoménal du film (César 2016 du meilleur film documentaire), les réalisateurs ont reçu des centaines de messages, de publications ou de commentaires sur les réseaux sociaux à propos des actions qui ont été mises en œuvre d’un point de vue collectif mais aussi individuel. Ces témoignages partagés sous le #aprèsdemain  sont regroupés sur le site du projet afin de mesurer l’impact du projet et de créer une émulation autour de la transition écologique. Deux ans après la sortie de Demain, Cyril Dion est revenu sur les initiatives que le documentaire a inspirées dans un second film intitulé- sans surprise- Après-demain. Pour la suite de ce projet, il a invité son amie Laure Noualhat, une enquêtrice de renom sur les fronts de l’écologie et très sceptique sur la capacité des micro-initiatives à avoir un réel impact face au dérèglement climatique. Leur confrontation les a poussés à s’interroger sur les réussites et les échecs de cette aventure humaine et environnementale.

Le réalisateur Cyril Dion est également co-fondateur de la revue Kaizen. Parue pour la première fois en 2012, ce bimestriel explore de nouvelles solutions écologiques et sociales dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la santé, la nature, l’éducation, la culture, la solidarité, l’énergie, l’économie, la gouvernance ou la spiritualité. Cette revue s’inscrit dans la dynamique impulsée par le mouvement Colibri, créé en 2007 à l’initiative de Pierre Rhabi et Cyril Dion. Cette communauté de 170.000 personnes, 4000 cotisants et 55 collectifs locaux se donne pour objectif d’inspirer, relier et soutenir les citoyens qui font le choix d’un autre de vie pour changer le monde pas à pas.

 

 

 

 

 

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