Escape Game, vous n’y échapperez pas

- par Anne Laure COLLOMB

Arrivé en France en 2013, l’Escape Game, jeu relevant tout à la fois de la chasse au trésor et du jeu de rôle, est un phénomène mondial qui séduit un vaste public. Pas un jour quasiment sans qu’une nouvelle salle soit ouverte ou qu’une publication ne propose une sélection des meilleurs Espace Game sur le territoire. Comment expliquer cet engouement ? N’est-ce qu’un phénomène de mode ou cela s’inscrit-il dans un processus plus large de « gamification » de notre société ?

Escape Game
Escape Game Pixabay

Aux origines

L’Escape Game, soit le principe d’être enfermé en groupe dans une pièce et de résoudre en temps limité – 60 minutes – les énigmes afin de réussir à en sortir, connaît une importante diffusion. En effet, ce jeu d’évasion, né au Japon de l’intérêt pour les déguisements et le jeu vidéo, apparaît, par l’entremise de la compagnie SCRAP, à Kyoto en 2007 pour débarquer en Europe et plus précisément à Budapest en 2011. Depuis les salles fleurissent un peu partout et ne désemplissent pas : 2000 salles aux Etats-Unis dont celle « Mission Escape Games » qui aurait, en 2017, attirée 140 000 visiteurs, 1110 salles en Pologne, 1139 en Angleterre …

En France, HintHunt crée en 2013 le premier Escape Game dont le succès est fulgurant. Depuis, ce type de lieu s’est multiplié et l’on recense en France pas moins de 1240 salles touchant un large public.

Sources :

Les jeux d’évasion s’invitent dans les lieux culturels

Face à ce succès, les institutions culturelles, en recherche de nouveaux publics se sont, elles aussi, lancées dans l’aventure et proposent des énigmes susceptibles de servir de courroies de transmission des connaissances scientifiques. Cap sciences à Bordeaux présente une exposition Luminopolis conçue sur le mode de l’Escape Game.

Luminopolis. Exposition 2019

Exposition 2019

Les autres établissements ne sont pas en reste puisque le Musée du Louvre organise des séances où le visiteur projeté au début de la Seconde Guerre mondiale devient l’acteur du « projet exodus » tandis que l’Opéra Garnier invite les spectateurs à découvrir la fabuleuse architecture de Charles Garnier, inaugurée en 1875, à travers la légende du fantôme de l’Opéra, tout droit tirée du roman fantastique de Gaston Leroux. Nous pourrions ainsi poursuivre l’énumération de lieux utilisant le jeu comme un nouveau mode de médiation culturelle.

D’ailleurs, les bibliothèques introduisent, elles aussi, du jeu dans leur usage. Dans l’article  Le Jeu, catalyseur de connaissances, Un Escape Game à la bibliothèque de Sciences Po, Anita Beldiman-Moore, Anna Callejon Mateu, Charlotte Tempier citent diverses bibliothèques comme la Bu Paris 6 ou la Bu de l’université catholique de Lille proposant soit des Murder party soit des  Serious Games et rappellent l’intérêt de tels projets en terme d’objectifs pédagogiques : le jeu stimule, motive et crée des conditions propices aux apprentissages.

De même, Diane Dufot, Federico Tajariol et Ioan Roxin dans l’article Jeux pervasifs culturels : conception d’un outil descriptif et taxonomique expliquent comment ces jeux pervasifs offrent aux participants la possibilité d’acquérir un savoir grâce à un nouveau mode où les frontières entre réalité et scénario fictionnel sont souvent floues. Cette nouvelle façon d’appréhender les apprentissages explique non seulement que des structures culturelles – dont la Bibliothèque municipale de Lyon qui propose actuellement une exposition et des animations sur cette thématique Si tu joues, tant mieux !  – s’intéressent au jeu mais aussi que des entreprises l’introduisent dans leurs pratiques.

bibliothèque municipale de lyon. Tu jours ou tu joues pas ?

Le jeu, une évolution sociétale majeure ?

Le jeu n’est peut-être plus un simple divertissement et de nombreux articles de presse mentionnent des expérimentations dans le monde du travail. Tel article relate ainsi des entreprises ayant recours à des Escape Game afin de modifier leur image pour attirer de nouveaux cadres. Tel autre cite des entreprises créant, via le jeu d’évasion, une cohésion entre les collaborateurs-trices qui débouche sur une coopération porteuse de nouvelles idées.

Mentionnons aussi les recruteurs/eusses qui, par l’entremise de l’Escape Game, testent les candidat-es en situation réelle et déterminent leurs capacités à communiquer et à résoudre des problèmes en équipe. Même Pôle emploi semble avoir plongé dans les arcanes du jeu d’évasion puisque l’agence de Mourepiane l’a utilisé pour, selon les termes de Stéphanie Harounyan, pour « initier les demandeurs d’emploi aux métiers du secteur maritime ».

Sources :

  • « « Escape gamme » : à Marseille, des chômeurs prennent la mer », Stéphanie Harounyan, Libération, 20 novembre 2018.
  • « Vous ausi, vous pourriez être recruté lors d’un escape game », Lyou Bouzon Simonet, Le Figaro, 27 septembre 2018.
  • « Recrutement : Groupama sélectionne ses attachés commerciaux grâce à l’escape game», Aude David, Chef d’Entreprise, 30 juin 2017.

 

Ainsi, Emmanuelle Savignac constate, dans le dernier quart du XXe siècle, une montée du jeu dans les entreprises.  La frontière entre le jeu et le travail ne serait plus aussi évidente et le jeu serait désormais pensé comme une activité donnant du sens au travail.

 

Dans ce sens, Aurélien Fouillet rappelle que le « désenchantement » du monde ayant engendré l’essor du sentiment d’ennui,  son « réenchantement » a lieu par la mise en place de nouvelles socialisations dont le jeu. picture

Pour autant, faire de sa vie une aventure n’est pas sans poser de problème et la « gamification » du travail s’avère un procédé aux conséquences parfois désastreuses.

Mais, nous reviendrons dans un prochain article sur le processus de « ludification » et ses conséquences.

 

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