La fabrique de l'Info

Coronavirus et « infodémie »

Quelques conseils d'autodéfense intellectuelle

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - par Michel W.

Depuis le début de la crise du Covid-19, les fausses rumeurs, fake news et autres théories du complot se propagent autant que le virus. Comment se prémunir contre cette épidémie d'informations virales ? Voici quelques conseils pour exercer son esprit critique face à la masse d'information qui circule.

OpenClipart-Vectors @ Pixabay

L’armée est-elle en train de prendre le contrôle de Paris ? La vitamine C est-elle un remède efficace contre le virus ? La patinoire de ma ville sert-elle réellement de morgue pour les corps infectés ? Depuis le début de la pandémie, les fausses informations se multiplient à coup d’images et de vidéos détournées sur les réseaux sociaux, poussant certains à parler d’« infodémie ». Souvent relayées par des proches ou collègues sur Facebook ou Whatsapp et se voulant de sources « sûres » – un ami d’ami médecin, quelqu’un du Ministère de la santé – ces rumeurs parasitent la bonne information du citoyen qui est capitale en ces circonstances exceptionnelles. Pour autant, des interrogations et débats légitimes peuvent circuler au milieu de ce flot de fake news plus ou moins grossiers, comme la polémique sur la chloroquine du Professeur Raoult. Sortir du binaire vrai/faux et pratiquer l’esprit critique demande un peu de méthode. Voici celle proposée par l’IFLA (la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques) face à une information virale.

1. Identifier la source

Le premier réflexe à adopter est d’identifier la source de l’information. Il est utile d’explorer un minimum un site qu’on découvre afin de se faire une idée globale des sujets abordés et de l’angle pris par les auteurs. Les sections « Contacts », « A propos » ou les mentions légales fournissent des indices sur leur identité, leur qualité et l’objectif qu’ils poursuivent. Sur les réseaux sociaux, les messages qui circulent sont souvent longs et partagés en vrac dans le corps des messages sans qu’il soit possible d’identifier précisément une source. La fameuse mention de « médecins qui travaillent au CHU », d’une « amie infirmière » ou d’un « groupe de recherche sur des vaccins » met immédiatement la puce à l’oreille : la source est vague et sert d’argument d’autorité pour légitimer le contenu du message.

2. Aller au-delà du titre

Les auteurs d’informations trompeuses souhaitent leur plus grande diffusion et utilisent donc des titres racoleurs. Un faux article titrant « ALERTE – STADE 4 mises en quarantaine de toutes les villes de France dès lundi 16 mars » a ainsi fait des millions de partages avant d’être démasqué par Le Monde. En allant au delà du titre et en lisant l’article en question, il était facile de se rendre compte de la supercherie. Pour bien juger de la qualité d’une information, le meilleur moyen reste donc de s’y attarder. La vigilance est particulièrement de mise sur les réseaux sociaux qui incitent à partager rapidement du contenu, au détriment d’une lecture attentive salutaire. En cas de doute, il vaut donc mieux éviter de propager davantage une fausse information.

3. Identifier l’auteur

Vous avez procédé aux étapes 1 et 2 et vous avez bien identifié une personne ou une société indiquée comme source sur le site ou dans le message. Si le « Professeur Maurice Dupont » ou la Société « Virola » ne vous évoquent rien, il est alors prudent d’effectuer une recherche rapide sur eux. Existent-ils vraiment ? Si oui, sont-ils fiables et à quel titre ? Si par exemple il s’agit d’un éminent professeur ou chercheur, il y a de fortes chances que vous trouviez une page institutionnelle de son université ou laboratoire le présentant ainsi qu’une liste de ses travaux et réalisations. S’il est spécialiste d’immunologie, alors il semble légitime pour parler du Covid-19. S’il se dit chercheur indépendant en biologie sous-marine, cela pose déjà plus question et mérite un examen approfondi.

4. Consulter d’autres sources

Vous avez l’impression de tenir là une information inédite et d’être dans la confidence ? Vous vous dites : c’est incroyable, personne n’est au courant ??? C’est justement le moment de croiser les sources et de vérifier que d’autres sites en parlent. Si vous interrogez votre moteur de recherche et que les résultats proviennent de sources variées et de sites de confiance (institutions publiques, médias réputés), c’est bon signe. Sur les réseaux sociaux, les messages peuvent sembler indiquer une source fiable (« selon CNN… ») : là encore, une petite vérification pour voir si d’autres médias en parlent est la bienvenue.

5. Vérifier la date

Gare aux images sorties de leurs contextes ou aux vieux articles tirés des oubliettes d’Internet qui ne sont plus à jour. Un rapide coup d’œil à la date de publication permet de vérifier la fraîcheur de l’information. Si aucune date n’est indiquée, c’est mauvais signe… Quant aux photos spectaculaires ou choquantes comme celles montrant des violences ou des cadavres, elles peuvent être sorties de leurs contextes initiaux pour illustrer un propos mensonger. Avec la quantité de clichés qui alimente le Web, qui pourrait s’en apercevoir ? Heureusement que de nombreux outils permettent de retrouver l’origine d’une image et ses réutilisations éventuelles en ligne. France24 propose par exemple un tutoriel rapide sur ce sujet.

6. Est-ce de l’humour ?

Il existe de nombreux sites parodiques qui pondent régulièrement des articles satyriques sur l’actualité. Les plus connus sont par exemple Le Gorafi et Nordpresse en France et The Onion aux Etats-Unis. Ces articles sont régulièrement repris et partagés sur les réseaux sociaux et peuvent parfois tromper des personnes qui ne s’en aperçoivent pas ou que cet humour laisse de marbre. Le dernier article du Gorafi titre ainsi « Coronavirus – Emmanuel Macron promet un test de dépistage pour tout nouvel adhérent LREM ». C’est évidemment pour rire.

7. Évaluer nos préjugés

Nos propres opinions peuvent affecter nos jugements. Prenons l’exemple des nombreux biais cognitifs qui – comme leurs noms l’indiquent – biaisent notre raisonnement. Le biais de confirmation nous incite par exemple à ne retenir que les informations qui confortent nos croyances et à omettre ou minimiser celles qui les contredisent. Si j’ai la conviction que le but de l’État est de restreindre nos libertés individuelles, alors je serai particulièrement sensible à une information allant dans ce sens, même si elle est douteuse comme dans le cas des photos des convois de l’armée au début de la crise du Coronavirus. L’esprit critique appelle donc à cultiver l’art délicat et exigeant du doute et celui de la pensée complexe.

8. Que disent les experts ?

Ce phénomène d’infodémie lié au Coronavirus est planétaire et se décline à tous les échelons : de la Bourgogne au continent africain en passant par le Moyen-Orient et l’Inde. Les médias tentent de lutter contre cette forme de désinformation en consacrant des rubriques entières à la vérification des faits. En France, on trouve l’analyse des dernières théories et rumeurs qui circulent sur le Covid-19 sur les sites spécialisés des Décodeurs du Monde, de Factuel de l’AFP ou encore de Checknews de Libération. Les dernières polémiques y sont décortiquées avec rigueur par des professionnels de l’information.

 

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One thought on “Coronavirus et « infodémie »”

  1. Pauline Tugend dit :

    Bonjour, je suis journaliste pour BFM Lyon et je cherche à vous joindre dès que possible. Comment puis-je vous contacter ?

    Merci beaucoup

    Très cordialement,

    Pauline Tugend

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