Ankara, le 23 avril 1920 : la Grande Assemblée nationale à l’aube d’un nouveau pouvoir

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - par agermeyan

Il y a 100 ans, la Grande Assemblée nationale turque s’est réunie à Ankara pour désigner Mustafa Kemal président du Comité exécutif provisoire, désobéissant ainsi au sultan et s’opposant aux armées alliées occupant le territoire anatolien. A l’origine de ce combat figurait l’idée de la souveraineté nationale.

Photo de presse - Grande Assemblée nationale turque, avril 1920
Photo de presse - Grande Assemblée nationale turque, avril 1920

A la suite de la défaite de ses armées en 1918, le sultan Mehmet VI Vahideddin se résout à accepter l’armistice de Moudros. Signée le 30 Octobre, elle entraîne l’occupation et le démembrement de l’Empire ottoman qui ne domine plus que l’Anatolie. Les troupes britanniques, françaises et italiennes s’emparent de la capitale, Constantinople. Après une série d’exploits militaires où il prouve son grand talent de stratège, Mustafa Kemal prend la tête d’un mouvement de résistance. Il le prépare en amont, à travers les Congrès d’Erzurum et de Sivas tenus en 1919. Exprimées dans le « Pacte national », les décisions prises lors de ces congrès ont posé les fondements de la Guerre d’Indépendance, comme l’opposition au démembrement de l’Empire ainsi que l’indépendance et la souveraineté nationale du peuple turc.

 

Le sultan Mehmet VI et son fils

 

Lorsque les forces kémalistes demandent le retrait des armées occupantes, la riposte britannique est explicite : 100 000 soldats marchent sur Constantinople et dispersent le parlement ottoman. C’est alors que la Grande Assemblée nationale turque, réunie à Ankara le 23 avril 1920, porte Mustafa Kemal à la tête d’un Comité exécutif provisoire – un gouvernement « parallèle », refusant l’autorité du sultan et défiant toutes les forces occupantes.

 

Mustafa Kemal et son Etat-major, 1920. Photo Agence Roll

 

Le sultan-calife Mehmet VI lance une fatwa contre les rebelles, ce qui conduit à une guerre civile au sein du pays, où deux forces opposées s’affrontent violemment. D’une part, les fidèles du sultan-calife, qui repose sur sa légitimité dynastique et religieuse tout en demeurant sous l’autorité des alliés et, d’autre part, les nationalistes regroupés autour de la Grande Assemblée qui déclare incarner une nouvelle forme de pouvoir, la souveraineté nationale. C’est ainsi que commence la Guerre d’Indépendance. Outre la lutte interne entre les deux camps qui marque cette guerre, les combats sont menés sur trois fronts : contre les Arméniens, les Français et les Grecs. Ils se poursuivent jusqu’en 1922.

 

Les nationalistes réussissent à s’imposer et à contraindre les alliés à renégocier les conditions de la paix à travers le Traité de Lausanne, signé en 1923. La guerre d’Indépendance, dont les décisions de la Grande Assemblée marquent un moment charnière, a causé la chute du système impérial ottoman pour donner naissance à la République de Turquie.

 

Mustafa Kemal, photo Agence Roll

 

 

Pour aller plus loin :

Atatürk : naissance de la Turquie moderne de Fabrice Monnier, Paris, CNRS éd., 2015

Mustafa Kemal invente la Turquie moderne de Paul Dumont, Bruxelles, éd. Complexe, 1997

Mustapha Kemal Atatürk [D.V.D.] : naissance d’une République, un film de Séverine Labat, Arte France, 2005

 

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