L’aventure du théâtre public en région

- temps de lecture approximatif de 38 minutes 38 min - Modifié le 25/08/2016 par Clairette

En ce début d'année 2015, le Théâtre Nouvelle Génération (TNG) installé à Vaise dans le 9e arrondissement de Lyon change de direction. Ce théâtre fait partie des 35 Centres dramatiques Nationaux (CDN) implantés en région et dans la banlieue parisienne, qui remplissent la mission de création et de production théâtrale dramatique d'intérêt public avec des missions associées telles que le soutien aux compagnies et la formation. Ces établissements culturels décentralisés sont emblématiques de la "politique de décentralisation" conduite par l'État depuis plus de cinquante ans pour lutter contre le centralisme culturel parisien. À travers les missions d'intérêt général qu'elles assument, ces structures contribuent au renouvellement artistique et à la démocratisation culturelle, dans un cadre concerté d'aménagement du territoire.

Le Palais du travail à Villeurbanne - vers 1930
Le Palais du travail à Villeurbanne - vers 1930 (Fonds Jules Sylvestre - Bibliothèque Municipale de Lyon)

Sommaire

1. La décentralisation théâtrale et la création des Centres Dramatiques Nationaux

-Histoire de la décentralisation théâtre
-Le réseau du théâtre public français

  • Panorama du réseau de la décentralisation dramatique
  • Fonctionnement des Centres Dramatiques Nationaux

2. Focus sur les deux Centres Dramatiques Nationaux de la métropole de Lyon

-Le Théâtre National Populaire de Villeurbanne

-Le Théâtre Nouvelle Génération de Lyon


1. La décentralisation théâtrale et la création des Centres Dramatiques Nationaux

Aujourd’hui, la décentralisation dramatique est devenue une évidence.

Dans les années 50 et 60, ce fut une âpre conquête.

 

1.1. Histoire de la décentralisation théâtrale

-Première décentralisation réalisée sous la IVe République (1946 et 1958) : Naissance d’une politique d’État

Jeanne Laurent (1902-1989) - Source : Fresques INA

La grande aventure du théâtre public a commencé au lendemain de la Libération, sous l’impulsion de Jeanne Laurent, haut fonctionnaire de l’Éducation nationale, à la tête de la sous-direction des spectacles et de la musique. Cette femme volontaire et passionnée a créé de 1946 à 1952 les cinq premiers centres dramatiques nationaux et réanimé le Théâtre national populaire en le confiant à Jean Vilar.

En ce premier âge de la décentralisation, c’est un véritable combat qui a été engagé par des pionniers pour sortir le théâtre de Paris et pour le rendre accessible à tous, par son répertoire, par son style et par son organisation. A une époque où la politique culturelle ne porte pas encore son nom et où le ministère des Affaires Culturelles n’a pas encore d’existence, l’État est disposé à s’engager dans une action volontaire en faveur du théâtre pour plusieurs raisons : il y a été préparé pendant l’entre-deux-guerres, période marquée par une grave crise de l’activité théâtrale, durant laquelle les professionnels du spectacle ont souvent sollicité l’aide de l’État. La décentralisation théâtrale apparaît comme un outil pour reprendre pied sur un territoire désarticulé par quatre années de conflit et pour y réaffirmer les principes républicains.
Jean Dasté (1904-1994) - Source : L’Essor. ed. de la LoireCe projet rencontre l’assentiment d’hommes de théâtre prêts à s’investir pour le développement du théâtre sur le territoire : ils ont pour nom Jean Dasté, Hubert Gignoux, Maurice Sarrazin entre autres. Eux aussi ont des perceptions précises du théâtre et du territoire, héritées à la fois de Jacques Copeau et du Cartel : volonté de créer un théâtre en dehors du théâtre commercial, attention portée au travail de création, au jeu du comédien, à la simplicité des décors, et surtout recherche du contact avec le public auquel on s’adresse. Marqués à la fois par les mouvements de culture populaire et par les mouvements de jeunesse chrétienne, ces hommes ont pour but de faire partager leur passion du théâtre à l’ensemble du territoire. C’est ainsi qu’il faut entendre la dénomination de « théâtre populaire » qu’ils donnent aux Centres dramatiques nationaux dont ils prennent la tête. Le mot populaire signifie « à l’usage du peuple » ou « qui émane du peuple », parfois les deux à la fois.

La première expérience a lieu dès 1945 avec la  tentative de l’installation à Grenoble de l’équipe de Dasté comme troupe permanente et subventionnée. Mais de nombreuses difficultés amèneront Jean Dasté à quitter Grenoble pour Saint-Étienne où il créera la Comédie.

Les premiers centres dramatiques nationaux sont créés en Alsace en 1946 puis à Saint Etienne, Rennes, Toulouse et Aix-en-Provence.
La réussite de ces pionniers est d’avoir réussi à diffuser et à enraciner progressivement une pratique théâtrale spécifique sur le territoire. Première époque teintée de pragmatisme, celle-ci n’en laisse pas moins des usages qui marquent la décentralisation théâtrale suivante.

-Deuxième phase de la décentralisation théâtrale (1959-1968) : les années Malraux

1959, création du ministère des Affaires culturelles sous l’égide d’André Malraux : une nouvelle époque s’ouvre pour la décentralisation dramatique : création de nouveaux CDN habilités comme le Théâtre de Villeurbanne de Roger Planchon, création de nouveaux labels TP « troupes permanentes » et CAC « centres d’action culturelle ». Ainsi, de 1959 à 1967, l’État apportera son soutien aux onze « troupes permanentes » qui vont toutes bénéficier quelques années plus tard du statut de CDN. Pour poursuivre son projet, l’État a été toutefois obligé de s’associer aux villes volontaires pour soutenir les compagnies créatives implantées sur le territoire et a dû ainsi abandonner sa volonté initiale d’équilibrer la répartition des CDN sur le territoire.

Visite du général de Gaulle à la Maison de la Culture de Bourges, le 15 mai 1963 - Source : Journal Le Berry, 19/01/2013Malgré de réels efforts financiers réalisés en faveur de la décentralisation théâtrale, ils restent insuffisants et les établissements continuent à vivre dans des conditions difficiles car le soutien de l’État est placé prioritairement dans l’ambitieuse Action culturelle articulée autour des Maisons de la culture (la première est inaugurée au Havre en juin 1961, suivie en 1963 de celles de Caen, Bourges et Paris-Théâtre de l’Est parisien) où l’activité théâtrale n’est pas forcément l’activité principale. On assiste à un processus de concentration dans les grandes villes, choix qui se justifie par la présence de la majorité des spectateurs dans les villes et par les difficultés d’organiser des tournées dans des lieux reculés. Il s’agit désormais moins d’irriguer le territoire en théâtres que d’aménager des pôles culturels articulés autour d’équipements lourds. C’est dans ce contexte marqué à la fois par les évolutions, les continuités, mais surtout par les tensions qu’intervient l’épisode de mai 68.

-Troisième phase de la décentralisation théâtrale : Mai 68 – les années 1970

Mai 1968 : l’événement met en lumière la vitalité d’un nouveau théâtre, politisé, contestataire, radical et inventif formellement. La Déclaration de Villeurbanne, texte issu de l’assemblée des directeurs de théâtres publics tenue à Villeurbanne au Théâtre de la Cité dirigé par Roger Planchon, le 25 mai 1968, n’est pas partagée unanimement par l’ensemble des hommes de théâtre ; elle signe cependant l’émergence d’une identité collective, celle du réseau des institutions de la décentralisation, et plus généralement, celle du théâtre public.

Années 70 : c’est la période pendant laquelle l’État met en place les contrats de décentralisation en vue de clarifier, rationaliser et surtout unifier les pratiques des CDN. Cette période constitue un moment particulièrement capital, celui du « deuxième souffle » après les années héroïques, pour la mise en place du réseau national de la décentralisation théâtrale.
C’est dans ces années, sous le ministère de Jacques Duhamel, que sont inventés les Centres d’actions culturels (CAC).
En 1974, le ministère devient un secrétariat d’État à la Culture. Le titulaire du poste, Michel Guy, remplace les directeurs de plusieurs centres dramatiques par de jeunes metteurs en scène

-Quatrième phase de la décentralisation théâtrale (1980-90) : les années Lang

La politique culturelle incarnée par Jack Lang est bien dotée, et le théâtre l’est particulièrement. La décentralisation en province et en banlieue parisienne est revivifiée. Une éducation artistique concernant en particulier le théâtre et le cinéma est mise en place dans le secondaire et à l’université. Le ministre a su défendre publiquement une politique culturelle diversifiée (la BD, le rock ou le hip hop sont aussi concernés) ; à l’heure de la décentralisation régionale (loi de 1982), il a aussi incité les diverses collectivités territoriales à affirmer leur intervention en matière culturelle, notamment en faveur du spectacle vivant. Jack Lang créera les centres de développement culturels.
A partir de 1982, en complément du réseau des CDN et dans une perspective d’aménagement culturel du territoire, le ministère de la culture en étroite relation avec les collectivités territoriales contribue à la mise en place des centres dramatiques régionaux.
En 1998, face à des réalisations théâtrales considérées alors comme trop esthétiques, la ministre de la Culture dans le gouvernement Jospin, Catherine Trautmann, promeut le spectacle vivant comme mission de service public, visant à réaffirmer également son rôle social et culturel.

-Cinquième phase de la décentralisation théâtrale : début XXIe siècle

Manifestation des intermittents du spectacle - 16 juin 2014 - Source Europe1, 17/06/2014Dès 2002, le statut des intermittents est remis en question ; C’est un lourd dossier pour le ministère de la Culture. Le secteur public est sévèrement touché et le ministère envisage la suppression des CDN non rentables. Comédiens et techniciens se mettent en grève. Le ministère engage un débat sur l’emploi et le spectacle vivant. Les directeurs des CDN établissent une charte de leurs droits et de leurs obligations qui réaffirme leur mission spécifique de création théâtrale et de renouvellement d’un public qui n’est plus le même qu’il y a 30 ans.

-Aujourd’hui, le réseau théâtral de création et de diffusion est dense et diversifié. Une politique de décentralisation se poursuit, animée à cette date par la politique de la ville en faveur du développement culturel des quartiers populaires.
Restent les questions toujours brûlantes du financement de la création et de la diversification sociale du public. Cette politique de décentralisation qui retrouve parfois les accents de la démocratisation culturelle de l’après Libération est couplée avec l’intervention des troupes de danse ou de théâtre sur les scènes européennes et même mondiales : de la décentralisation à la globalisation.

1.2.Le Réseau du théâtre public français

Panorama du réseau de la décentralisation dramatique en Rhône-Alpes

La France possède un riche réseau de théâtres publics qui est constitué d’une part, de six grandes institutions nationales que sont le Conservatoire national d’art dramatique et les cinq théâtres nationaux (Comédie Française, théâtre de l’Odéon, théâtre national de Chaillot, théâtre national de la Colline et théâtre national de Strasbourg) et, d’autre part, d‘un réseau de décentralisation dramatique qui se compose principalement des centres dramatiques nationaux et régionaux ainsi que des scènes nationales (scènes pluridisciplinaires qui ne sont pas consacrées obligatoirement au théâtre).

La région Rhône-Alpes avec quatre centres dramatiques nationaux, plusieurs scènes nationales et une cinquantaine de compagnies disposant d’un lieu de diffusion, occupe en terme d’activités, la deuxième place après l’Ile-de-France :

 

Façade de la Comédie de Saint-Etienne - Source : Blog des Scop de Rhône-AlpesLa Comédie de Saint-Étienne
7 avenue Émile Loubet
42048 SAINT-ETIENNE cedex 1
Tél : 04.77.25.01.24
Email : comedie@lacomedie
Directeur, Metteur en scène : Arnaud MEUNIER

 

Comédie de Valence - Source : Rhône Alpes ArtsLa Comédie de Valence – Centre Dramatique National Drôme Ardèche
Place Charles Huguenel
26000 VALENCE
Tél : 04.75.78.41.71
Email : juliepradera@comediedevalence.com
Directeur, Metteur en scène : Richard BRUNEL

 

Façade du TNG - Copyright Emile ZeizigLe Théâtre Nouvelle Génération (TNG)
23 rue de Bourgogne
69257 LYON cedex 09
Tél : 04.72.53.15.15
Email : renseignements@tng-lyon.fr
Directeur, Metteur en scène : Joris MATTHIEU

 

LFaçade du TNP - Source : Lyonmag, 11/11/2011e Théâtre National Populaire (TNP)
8 place Lazare-Goujon
69627 VILLEURBANNE cedex
Tél : 04.78.03.30.30
Email : contact@tnp-villeurbanne.com
Directeur, Metteur en scène : Christian SCHIARETTI

 

Façade de la MC2 de Grenoble - Source : L’Essor.Edition de l’Isère, 23/06/12La MC2:
4 rue Paul Claudel BP 2448
38034 GRENOBLE cedex
Tél : 04.76.00.79.70
Email : durochat@cdna.fr
Directeur, metteur en scène : Jean-Paul ANGOT
La direction générale de la création artistique (DGSA), sous la houlette du ministère de la Culture, a décidé de fusionner le CDNA (Centre dramatique national des Alpes) et la MC2 en 2014.  La MC2: est labellisée scène nationale.

 

 

Fonctionnement des Centres Dramatiques Nationaux

A l’exception des CDN de Strasbourg et de Colmar qui ont un statut d’association de droit local, les centres dramatiques nationaux sont des établissements privés rattachés à un lieu, juridiquement indépendants, de forme commerciale (SARL, SA, SCOP, EURL, SEML), qui sont en grande partie financés par l’État et qui sont liés aux collectivités publiques par une convention et un cahier des charges. Après une phase initiale de subventionnement quasi exclusif de l’État, on assiste à une progression régulière de la part de financement des collectivités territoriales, sans que la participation du Ministère perde son caractère prépondérant étant donné le caractère national de la mission. Globalement, la subvention du ministère représente plus de 50% des dépenses de fonctionnement, le reste se partageant avec les communes, les conseils Régionaux et Généraux. Quant aux recettes d’activités, le contrat de décentralisation stipule un pourcentage minimum de 20% de recettes propres.

Les centres dramatiques nationaux sont régis par le décret 72-904 du 2 octobre 1972, modifié en 1982, 1985 1992 et 1995. L’arrêté du 23 février 1995 a défini un contrat type signé entre le directeur du CDN et le ministre en charge de la culture qui précise la politique de création, de coproduction, d’accueil, d’ouverture à des collaborations extérieures et de soutien à la vie théâtrale de la région d’implantation.
À la suite des Entretiens de Valois (2008-2009) un cahier des missions et des charges (annexé à la circulaire du 31 août 2011) a été élaboré pour les établissements labellisés afin de mieux structurer sur le long terme la qualité de l’offre artistique et l’activité professionnelle sur tout le territoire.

Les directeurs des théâtres nationaux comme ceux des CDN sont nommés par le ministre de la Culture, en accord avec les collectivités locales qui financent leur fonctionnement, pour une durée limitée de quatre ans renouvelable deux fois. Ainsi le directeur n’est pas identifié à la structure, et son départ ne remet pas en cause la subvention versée au théâtre. Dans la zone définie par le contrat de décentralisation pluriannuel, le directeur d’un CDN doit faire de son centre un lieu de référence nationale et régionale pour la création et l’exploitation des spectacles créés par son équipe : il se doit de diffuser des œuvres théâtrales de haut niveau, et de mener une politique de sensibilisation et de formation à l’art dramatique. Son centre doit être un lieu de référence pour les pratiques concernant l’art théâtral sur son territoire d’implantation et doit rechercher l’audience d’un vaste public et la conquête de nouveaux spectateurs.
Le Ministre de la Culture et le directeur du CDN s’accordent sur un projet artistique qui constitue la mission du CDN. Outre la mission fondamentale de création, celui-ci définit notamment les orientations en matière de diffusion des créations, de la programmation de spectacles invités, d’articulations avec les autres CDN, scènes nationales, et de formation.
Le directeur d’un Centre Dramatique National qui est un homme de spectacles, acteur, auteur, metteur en scène, est entouré d’une équipe administrative et technique et permanente adaptée aux moyens du CDN et d’une équipe artistique au gré de ses créations. Il doit également porter une attention particulière à la sauvegarde des métiers spécifiques du théâtre.

Dans un esprit de redynamisation de ces maillons essentiels de la décentralisation culturelle, le ministère a engagé depuis les années 1990 un important mouvement de renouvellement des directions en faveur d’une nouvelle génération de metteurs en scène et en donnant progressivement la place à des femmes.

Pour en savoir plus :

-Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde / sous la direction de Michel Corvin Paris : Bordas, 2008

-La décentralisation théâtrale T. 01, Le premier âge : 1945-1958 : (colloque, Bourges, 13-14 avril 1991) / Arles : Actes sud, 1992
Ce tome 1 est accessible également en texte intégral sur Persée

-La décentralisation théâtrale. T.02, Les Années Malraux : 1959-1968 / Robert Abirached, Michel Bataillon, Guy Brajot et al. ; chronologie de Danièle Robin

-La décentralisation théâtrale. T.03, 1968, le tournant / Robert Abirached, Emile Copfermann, Denis Guénoun et al. ; chronologie Marie-Ange Rauch

-La décentralisation théâtrale. T.04, Le Temps des incertitudes, 1969-1981 / sous la dir. deRobert Abirached, Lucien Attoun, Georges Banu et al. ; chronologie Danièle Robin

-Mission d’artistes : les centres dramatiques de 1946 à nos jours / sous la direction de Jean-Claude Penchenat ; Dominique Darzacq, Evelyne Ertel, Christine Friedel… et al., 2006

-Renouveau et décentralisation du théâtre : 1945-1981 / Pascale Goetschel, Paris : PUF, 2004
Cet ouvrage est également accessible en texte intégral sur le site du Ministère de la Culture et de la Communication

-Le théâtre citoyen de Jean Vilar : une utopie d’après-guerre / Emmanuelle Loyer, PUF , 1997

-Les défricheurs de la décentralisation théâtrale : depuis l’aube du XXe siècle jusqu’au tournant de 1968 / sous la dir. Marion Richez, Paris : Ministère de la culture et de la communication, 2007

-Parcours thématique : De la décentralisation culturelle théâtrale à la globalisation / Michèle Zancarini Fournel

-Le théâtre en Rhône-Alpes : une politique ambitieuse, Lettre électronique DRAC Rhône-Alpes 2011

 

2. Focus sur les deux Centres Dramatiques Nationaux de la métropole de Lyon

Il s’agit de raconter l’itinéraire particulier de ces deux institutions au moment où se met en place la nouvelle collectivité territoriale Grand-Lyon La Métropole et de présenter les parcours marquants des directeurs qui les animent depuis leur création.

2.1. Le Théâtre National Populaire (Gratte-ciel – Villeurbanne)

Sans être le plus ancien, le TNP est incontestablement le CDN le plus emblématique, labellisé en 1963, il porte depuis 1972 ce sigle TNP qui a marqué l’aventure de Jean Vilar et le théâtre national en région.

Histoire du Théâtre National Populaire – de Paris à Villeurbanne

-L’aventure parisienne

Fondé le 11 novembre 1920 par Firmin Gémier – inventeur en 1911 d’un théâtre national ambulant – le Théâtre National Populaire est logé dans le Palais du Trocadéro à Paris. À ses débuts, il est moins voué à une mission de création qu’au montage de spectacles avec le concours des théâtres nationaux et lyriques en direction d’un très large public. Après la mort de Gémier, viennent la guerre et l’occupation, l’institution connaît alors une longue éclipse.

Façade du Théâtre national de Chaillot à Paris - Source : Wikipedia CC BY-SA 3.0En 1951, Jeanne Laurent nomme Jean Vilar à la tête du TNP. Le nouveau TNP donne la primeur de sa première programmation au petit festival de Suresnes, puis réintègre Chaillot après le déménagement de l’ONU. Jean Vilar conçoit son théâtre comme « un service public », tout comme le gaz et l’électricité. Il établit de solides relations avec les spectateurs (horaires, prix des places, gratuité des services), et multiplie dans l’immense salle, de saison en saison, les créations de grands textes classiques français ou étrangers peu connus (Corneille, Kleist, Brecht…), qu’il met en scène dans une esthétique dépouillée.

Pour faire face à un cahier des charges impressionnant, il met en œuvre, aidé de son administrateur Jean Rouvet, une politique culturelle originale et transforme le TNP en véritable « entreprise » théâtrale qui prend le pari de faire venir à Chaillot un public populaire, au moins 2 500 personnes chaque soir, à des prix peu élevés. Pour attirer le public, il faut d’abord aller à sa rencontre, d’où le réseau de communications établi avec les associations, les comités d’entreprise, les étudiants, les clubs. Une association est créée, les Amis du Théâtre Populaire. La revue « Bref » initiée par Gémier est relancée.
De novembre 1951 à juillet 1963, le TNP parcourt la France ainsi que vingt-neuf autres pays. En même temps Vilar a réussi à associer au théâtre les notions de fête, de cérémonie et de service public.
En 1963, Jean Vilar décide de se retirer. Georges Wilson lui succède. Il obtient la construction d’une seconde salle mieux adaptée à la création d’auteurs contemporains.

En province de nombreuses compagnies théâtrales sont venues se joindre aux Centres dramatiques de la première heure et cherchent à promouvoir ce théâtre populaire de secteur public illustré par Vilar et Wilson.
C’est ainsi que le Théâtre de la Cité à Villeurbanne, fondé en 1957 par Roger Planchon et son équipe (Isabelle Sadoyan, Jean Bouise, Claude Lochy…), est parvenu à implanter en région lyonnaise un théâtre de création, permanent.

-L’aventure villeurbannaise

A voir : la vidéo présentant l’exposition « Le Palais du Travail » présentée au Rize de Villeurbanne du 25 octobre 2011 au 25 février 2012

1934 :
La construction du théâtre municipal s’insère dans la réalisation du quartier des Gratte-ciel de Villeurbanne. Elle a été l’initiative du maire de l’époque, Lazare Goujon dont la volonté est de concevoir un « centre-ville cohérent ». La création d’un théâtre, à l’intérieur duquel on trouve également, en 1934, un cinéma parlant, suit donc cette logique : sortir Villeurbanne de sa situation de village ouvrier prêt à être annexé par la « grande ville » de Lyon, et donner aux travailleurs un lieu d’échanges et d’activités intellectuelles, morales et artistiques. Il confie ce projet à l’architecte Morice Leroux. Dans l’ouvrage Gratte-ciel, Philippe Videlier parle de la nécessité et du caractère indispensable de la création d’un centre d’activité culturelle pour le développement de Villeurbanne.
Les journalistes du Progrès de Lyon du 6 avril 1934 rédigent un article sur l’inauguration de ce qui deviendra plus tard le TNP. Le directeur de cet établissement se nomme alors Claude Charmat.

1950 :
Roger Planchon créé le Théâtre de la Comédie qui quelques années plus tard s’installe rue des Marronniers à Lyon. Il devient le seul théâtre de création en province au répertoire contemporain.

1956 :
Roger Planchon qui dirige depuis 6 ans sa compagnie remet au maire de Villeurbanne, Etienne Gagnaire qui cherche à confier la gestion de son théâtre municipal installé dans la salle du Palais du travail, le projet « théâtre dans la cité ». Inspiré de l’expérience de Jean Vilar au Théâtre National de Chaillot, il souhaite intégrer dans la cité un grand théâtre populaire et ouvrier.

27 mars 1957 :
La concession est accordée à Roger Planchon. Ce dernier bénéficie du soutien de l’Etat et fait l’unanimité sur ses qualités artistiques. Il est nommé à la direction du Théâtre de la Cité pour une durée de 5 ans.

1959-1960 :
Malgré le succès artistique, le Théâtre croule sous les dettes. Il sera sauvé par André Malraux qui décide de le subventionné.

1961-1962 :
L’abonnement collectivité voit le jour et sera la base du fonctionnement du Théâtre et de son approche du public.

1er janvier 1963 :
Du Théâtre de la Cité au TNP

Le Théâtre de la Cité est promu CDN. Il tient le 2e rang dans la hiérarchie des subventions d’État.

 

1968-1972 :
Le Théâtre ferme ses portes pour travaux. Roger Planchon réclame un changement de statut mais ne l’obtenant pas, il annonce sa mort en 1970.

29 mars 1972 :
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Jacques Duhamel, ministre de la Culture annonce la réorganisation du TNP. Le TNP-Chaillot devient Théâtre National de Chaillot, le label TNP est transféré à Villeurbanne. Roger Planchon en prend la direction artistique avec Patrice Chéreau.

 

1982 :
Patrice Chéreau resté 10 ans au TNP part à Nanterre au Théâtre des amandiers.

1986 :
Georges Lavaudant rejoint Roger Planchon pour poursuivre l’aventure jusqu’en 1996. Avec eux, le TNP confirme son rayonnement national et international.

2001 :
Inscrit dans un ensemble architectural remarquable, le bâtiment du TNP, construit en 1930, nécessitait des travaux de restructuration importants. Dès 2001, l’État et les collectivités ont décidé de s’engager dans une grande rénovation du théâtre pour lui permettre de répondre aux enjeux et aux défis du théâtre de demain.

2002 :
Roger Planchon quitte le TNP qu’il aura dirigé pendant 45 ans. Une page se tourne. Christian Schiaretti de la Comédie de Reims lui succède et dirige aujourd’hui encore le TNP.

2007-2011 :
C’est la période de refondation du TNP. Quatre ans de chantier ont été nécessaires pour restructurer le TNP et doter ainsi le théâtre de Villeurbanne de 3 salles de spectacles et 4 salles de répétition. Le théâtre n’avait pas connu de rénovation significative depuis les années 70. Ce projet reflète l’ambition urbaine et artistique de la ville dans un quartier réhabilité. Il s’agissait également de donner au TNP les moyens de son rayonnement culturel. Pour ne pas interrompre les spectacles, une seconde salle de 250 places est construite en sous-sol à l’arrière du TNP, rue Louis-Becker. Le site principal est fermé à l’été 2008. Les architectes français et italiens des cabinets Fabre-Speller et Arassociati ont été choisis. La cage de scène est totalement reconstruite et les différents niveaux sont desservis par un ascenseur. La grande salle baptisée Roger Planchon bénéficie d’un plateau de jeu modulable de plus de 300 m2. Le grand théâtre se dote également de deux salles de répétition, d’une brasserie assortie d’une scène cabaret. Le nouveau mobilier est imaginé par le designer Christophe Pillet. Ce chantier pharaonique qui a coûté 33 millions d’euros a permis de respecter le bâtiment historique tout en offrant un outil de travail adapté ainsi qu’un maximum de confort pour les spectateurs. L’inauguration du TNP rénové aura lieu le 11 novembre 2011 et suscite l’engouement des médias. Trois jours de fête ont été organisés pour que les Villeurbannais découvrent leur nouveau théâtre.

Depuis sa nomination à la tête du TNP, Christian Schiaretti œuvre pour renouveler la vision d’un théâtre national et populaire en privilégiant la lecture des grands textes classiques, l’ouverture au répertoire contemporain, le travail de troupe, le travail sur la langue, les missions d’enseignement et d’actions culturelles, le rapport au public. En le dotant d’un outil à la hauteur de son ambition républicaine, il veut mettre l’excellence à la portée de tous en en faisant la part belle à un grand théâtre littéraire pour tous.
En 2009, avec six nominations aux Molières, Christian Schiaretti confirme la place prépondérante du TNP de Villeurbanne dans le paysage culturel français.

Le TNP est encore aujourd’hui l’une des institutions-phares dans le paysage théâtral français et s’inscrit plus que jamais, comme une des plus importantes scènes du théâtre en Europe. Il reste marqué par la personnalité puissante et controversée de Roger Planchon, figure de proue de la deuxième génération de la décentralisation théâtrale.

Les directeurs du TNP de Villeurbanne

  • 1963-1972 :
    Roger Planchon, Robert Gilbert (au Théâtre de la Cité)
  • 1972-1980 :
    Roger Planchon, Robert Gilbert, Patrice Chéreau (TNP)
  • 1980-1985 :
    Roger Planchon, Robert Gilbert
  • 1986-1993 :
    Roger Planchon, Robert Gilbert, Georges Lavaudant
  • 1993-1996 :
    Roger Planchon, Georges Lavaudant
  • 1997-2001 :
    Roger Planchon
  • Depuis 2002 :
    Christian Schiaretti

 

Roger Planchon

Roger Planchon (Fonds Lyon Figaro)

Le parcours professionnel et artistique de ce personnage emblématique, figure du théâtre français s’étend de l’après-guerre jusqu’en 2009, année de son décès. Il s’installe dès 17 ans à Lyon. Créateur du nouveau Théâtre de la Cité à Lyon en 1957, il sera l’architecte de l’installation du TNP à Villeurbanne et obtiendra ainsi la consécration artistique. Il restera fidèle à la région lyonnaise, refusant de monter à Paris. Face aux réticences des milieux artistiques locaux, des acteurs institutionnels municipaux et des services de l’État, il arrivera à imposer sa vision hors-norme. En mai 68, il anime les assises de Villeurbanne et lance un slogan resté fameux et toujours d’actualité pour les directeurs des CDN : « le pouvoir aux créateurs ». Avec lui le TNP est devenu incontournable dans le paysage culturel national. Planchon y a inventé des méthodes de travail, de répétition et d’organisation. Le TNP est désormais une « grosse machine » institutionnalisée. Les pièces jouées à Villeurbanne bénéficieront d’une critique national et locale systématique. En 1980, Planchon aborde une nouvelle étape qui durera 20 ans : mener de front des projets théâtraux et cinématographiques. Il souhaite faire renaitre la production de films en région. Planchon pense que la décentralisation théâtrale dans laquelle il s’est investi toute sa vie doit pouvoir s’appliquer au cinéma. La fin des années 80 et le début des années 90 sont consacrés à convaincre les élus locaux et les professionnels du cinéma de la création de cette filière. En 2002, Planchon s’installe dans un vaste hangar de Villeurbanne, le studio 24, proche du TNP, qui sert à la fois de salle de spectacle et de studio de cinéma. Jusqu’au début des années 2000, Planchon arrive à se consacrer à la fois au TNP et à Rhône-Alpes Cinéma. Avec le besoin grandissant de produire des images, nait le projet PIXEL qui deviendra le pôle PIXEL associant cinéma et audiovisuel. Après plus de 20 ans d’existence, plus de 200 films ont été tourné par cette structure. La région Rhône-Alpes est aujourd’hui la 2ème derrière l’Ile-de-France en termes de production cinématographique. Planchon est emporté d’une crise cardiaque à 77 ans. L’homme de spectacle et de culture a marqué d’une empreinte indélébile le théâtre français du XXe même s’il fut l’objet de critique sur la fin de sa carrière théâtrale.

 

Robert Gilbert
Ami fidèle de Planchon, il le suivra dans ses aventures théâtrale avant de devenir exclusivement administrateur du Théâtre de la Cité qui deviendra le TNP. Il co-dirigera le théâtre de 1963 à sa mort en 1993.

 

Patrice Chereau - Copyright Pierre Laurent, 08/10/2013Patrice Chéreau

Il fait ses premières armes sur scène dès l’âge de 15 ans. Il co-dirige le théâtre municipal de Sartouville avant d’être obligé de démissionner en 1969. Après deux ans passé au Teatro de Milan, Planchon le fait venir à Villeurbanne où il co-dirigera de 1972 à 1980 le TNP. En 1982, il est nommé codirecteur du Théâtre Nanterre-Amandiers avec Catherine Tasca.

 

Georges Lavaudant - Source : Stanford UniversityGeorges Lavaudant

Après 10 ans passé à la Comédie des Alpes de Grenoble, Lavaudant rejoint Planchon au TNP qu’il co-dirigera jusqu’en 1996, date à laquelle il sera nommé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

 

Christian Schiaretti (Fonds Lyon Figaro)Christian Schiaretti

Il dirige la Comédie de Reims de 1991 à 2002.
En provenance de la Comédie de Reims où il a marqué son passage, Christian Schiaretti est nommé au TNP en 2001 et prend ses fonctions en janvier 2002. Jusqu’en 2003, il continuera de monter les spectacles de Planchon, avant de pouvoir s’affranchir de son prédécesseur. Il assure un enseignement à l’Ensatt, met en scène plusieurs opéras.
Depuis son arrivée au TNP, il a présenté, notamment, Mère Courage et ses enfants et L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht, Père, Mademoiselle Julie et Créanciers de August Strindberg, L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, 7 Farces et Comédies de Molière, Philoctète de Jean-Pierre Siméon, Siècle d’or : Don Quichotte, Don Juan, La Célestine ; les cinq premières pièces du Graal Théâtre de Florence Delay et Jacques Roubaud, (avec Julie Brochen) ; Mai, juin, juillet de Denis Guénoun, Le Roi Lear de William Shakespeare.
Pour l’inauguration du nouveau Grand théâtre, il crée Ruy Blas de Victor Hugo, le 11 novembre 2011.
Ses spectacles, Coriolan de William Shakespeare, 2006, Par-dessus bord de Michel Vinaver, 2008 et Une Saison au Congo de Aimé Césaire, 2013, ont reçu de nombreux prix.
Très attaché à un théâtre du répertoire, Christian Schiaretti reprend régulièrement ses créations avec les comédiens de la troupe : Le Grand Théâtre du monde suivi de Procès en séparation de l’Âme et du Corps, deux actes sacramentels de Pedro Calderón de la Barca, La Jeanne de Delteil, Le Laboureur de Bohême de Johannes von Saaz…

Fin 2014, dans un article du Progrès (jeudi 11 décembre 2014), Christian Schiaretti faisait le point sur la situation du théâtre. Pour des raisons budgétaires, l’intégrale du cycle des Chevaliers a été remis à une saison ultérieure. En effet, le TNP est confronté à un déficit de 500 000 euros pour un budget de 9 M d’euros, ce qu’il l’oblige à mettre la troupe en suspension. Compte tenu de cette situation particulière, il souhaite voir son mandat prolongé au-delà de 2016 jusqu’en 2019 et pense avoir le soutien des collectivités territoriales.

 

Pour en savoir plus :

-Du Palais du travail au TNP (Revue) : une épopée sociale et culturelle, Villeurbanne (Rhône) : Ville de Villeurbanne, 2011, Bulletin municipal – Villeurbanne ; supplément, n°4, novembre 2011

-Mission d’artistes : les centres dramatiques de 1946 à nos jours : TNP depuis 1963, p. 139-143 / sous la direction de Jean-Claude Penchenat ; Dominique Darzacq, Evelyne Ertel, Christine Friedel… et al., 2006

-Roger Planchon, acteur de l’émergence en région d’une scène théâtrale et cinématographique nationale, Grand Lyon Millénaire3 / Stéphane Autran, octobre 2011

-Articles du Progrès Edition X69 : disponibles en texte intégral sur la Base Europresse

  • Théâtre populaire et cinéma / M.J D. Fabien Lamborot, Lundi 20 novembre 2000
  • Changement de décor pour le TNP / J.Ph. Morera, Mardi 10 janvier 2006
  • Le TNP à nouveau sous les feux de la rampe / J.Ph. Morera Vendredi 11 novembre 2011

-Secrets des villes : du Palais du travail au TNP

-Présentation du TNP sur le site Culture de la ville de Lyon

-Biographies de Christian Schiaretti en ligne sur :

 

2.2. Le Théâtre Nouvelle Génération de Lyon (Vaise -9e arrondissement – Lyon)

Histoire du Théâtre Nouvelle Génération : du TJA au TNG

1932 : L’architecte Roux-Spitz, qui réalisa entre autres à Lyon la coupole d’une chapelle d’hôpital à la Croix Rousse, entame les travaux de construction de la salle des fêtes de Vaise qui durera trois ans :
« Edouard Herriot, heureux de trouver un autre prix de Rome d’origine lyonnaise, lui demanda d’édifier, dans le même quartier, une salle municipale de fêtes et de réunions (actuellement Théâtre de la Croix Rousse) [….] Cette architecture fonctionnelle et vigoureuse, sans frais excessifs, dut satisfaire le maire qui demanda un peu plus tard, en 1932, à Roux-Spitz de bâtir une autre salle du même genre dans le quartier de Vaise (23, rue de Bourgogne, 9e devenu le Théâtre des Jeunes Années). Le projet était toutefois plus complexe, puisque ce Groupe d’étude sociale, multimodal avant la lettre, devait comporter en outre une école et une crèche, un gymnase, des bains-douches, un dispensaire avec cabinet de dentiste, et jusqu’à un local pour la Justice de Paix ». p.116 :
Source : L’architecture à Lyon, tome II, Lyon et le grand Lyon des XIXè et XXè siècles / Jacques Beaufort, 2001

De nos jours, ce théâtre se trouve dans le quartier de Vaise dans le neuvième arrondissement ; cependant à sa construction en 1932, le bâtiment se trouvait dans le cinquième arrondissement de l’époque, puisque Vaise était rattaché au cinquième arrondissement avant d’être à partir de 1932 incorporée dans le neuvième arrondissement dans sa partie nord.

18 mars 1934 : Le maire de Lyon, Edouard Herriot, inaugure l’établissement baptisé Groupe municipal d’Éducation sociale.

1968 : Marcel Maréchal invite Maurice Yendt à installer sa troupe au Théâtre du Huitième à Lyon.

Décembre 1980 : Dans ce nouvel équipement municipal s’installe le Théâtre des Jeunes Années créé en 1968 par Maurice Yendt. En 1981, le TJA devient CDNEJ (centres dramatiques nationaux pour l’enfance et la jeunesse) label donné par le ministère de la Culture dès 1976, avant de devenir en 2004 CDN à mission jeune public. Par cette institutionnalisation avec un engagement pluriannuel des pouvoirs publics, les compagnies de théâtre labellisées peuvent organiser plus sereinement l’amélioration qualitative des créations pour les jeunes spectateurs et la communication avec les différents jeunes publics.

Mai 1991 : Les Rencontres Internationales pour l’Enfance et la Jeunesse (RIEJ) créées par Maurice Yendt en 1977 accueille le marché international du théâtre jeunes publics.

Mai 1993 : Les RIEJ deviennent la Biennale Internationale Théâtre Jeunes Publics (BITEJ), une plate-forme internationale de la création théâtrale contemporaine dédiée prioritairement à la jeunesse.

Avril 2004 : La succession de Maurice Yendt et Michel Dieuaide est ouverte

1er juillet 2004 : Nino d’Introna est nommé directeur artistique du centre dramatique qu’il codirige avec Hall d'entrée du TNG - Copyright Emile Zeizig, 2011Annick Bajard qui a passé vingt ans à l’Esplanade de Saint-Étienne. A son arrivée, le décor du théâtre est changé pour être plus accueillant, le hall et les façades sont également rénovés. Le nouveau directeur souhaite un « espace plus jubilatoire et festif ».

 

6 juillet 2004 : Le théâtre de Vaise prend le nom de Théâtre Nouvelle Génération (TNG) : Le Logo TNGchoix du nom est pour Nino d’Introna « manifeste d’une envie d’un théâtre intergénérationnel qui réunisse dans une même communion théâtrale, jeune et vieux publics ». D’autre part, parler de nouvelle génération est une manière élégante d’éviter l’appellation « jeune public ». Il entend ainsi provoquer le mélange des genres, rassembler autour de lui une troupe de jeunes acteurs et faire de la scène un lieu de questionnement et d’expérimentation d’un théâtre « où prime la fraicheur de l’enfance. »

1er octobre 2004 : Annick Bajard est nommée co-directrice artistique

2005 : Création du Festival Ré-Génération. 7 jours de découvertes artistiques tout public pendant le mois de janvier, réunissant de jeunes compagnies de la région Rhône-Alpes et de plusieurs régions d’Europe.

Logo-TNG

 

Décembre 2014 : Départ de Nino d’Introna après 10 ans à la direction du TNG

Janvier 2015 : Joris Mathieu prend la direction du TNG

 

Au total depuis les années 60, le parcours de ce CDN s’inscrit de façon exceptionnellement durable dans le mouvement de la décentralisation dramatique du service public. Scène de conquête pour le droit des enfants et des jeunes à un théâtre d’art et d’essai, authentiquement émancipateur, le TNG n’a jamais cessé d’innover. Sur le plan de la recherche dramaturgique pour développer sa propre esthétique en relation privilégiée avec la puissance poétique des textes et des paroles d’auteurs. Dans le domaine de la formation et des modes d’accompagnement pour une effective démocratisation des pratiques théâtrale. Par la diffusion en France de ses créations et avec de nombreuses tournées internationales illustrant l’influence artistique du TNG au rang des principaux théâtres européens pour jeunes spectateurs.

Les directeurs du TJA au TNG

  • 1981-2004 : Maurice Yendt, Michel Dieuaide
  • 2004-2014 : Nino D’Introna
  • A partir de 2015 : Joris Mathieu

 

Maurice Yendt (Fonds Lyon Figaro)Maurice Yendt    

Auteur et metteur en scène.
Fondateur à Lyon en 1960 du TJA avec lequel il entreprend un travail de recherche et de création en direction de l’enfance. Créateur des Ritej en 1977 puis de la Biennale en 1993, il poursuit au TJA son projet de mettre les jeunes spectateurs en relation avec les formes et les contenus complexes de l’art théâtral contemporain. Le TJA constitue aussi un centre de recherche, d’édition et de documentation pour le théâtre contemporain et les jeunes publics. En 2004, le ministère de la culture et la municipalité décident de mettre fin à son contrat. Depuis, il poursuit ses activités au sein de la Biennale.

 

Michel Dieuaide - Source : Lectura, octobre 2009Michel Dieuaide

Comédien, il rencontre Maurice Yendt en 1972 et rejoint l’aventure du TJA au Théâtre du Huitième. Dans le nouveau théâtre installée dans la salle des fêtes réhabilitée, il assure la codirection du TJA devenu CDNEJ en 1981. De 1981 à 2004, il développe son parcours de comédien et de metteur en scène.

 

Nino d'Introna - Copyright Cyrille Sabatier, 2011

Nino D’Introna

Originaire de Sardaigne. Acteur, metteur en scène, auteur et directeur de troupe.
Dès seize ans, il abandonne ses études d’instituteur et se lance dans des aventures théâtrales. Suivent des dizaines de spectacles, avec la compagnie Teatro dell’Angolo de Turin, devenu aujourd’hui Teatro Rugazzi, qu’il fonde en 1975 et dont il sera directeur artistique jusqu’en 2004. Il réalise de nombreux spectacles et créations qui seront suivies de longues tournées internationales. Certains seront programmés aux RIJE et contribueront à asseoir sa réputation en France et à Lyon.
Il dirigera le TNG de 2004 à 2014 par Nino D’Introna, qui a reçu l’an dernier l’Insigne de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par la ministre de la Culture et de la Communication. Le mandat de Nino D’Introna a pris fin le 31 décembre 2014. Il poursuivra son parcours artistique avec sa propre Compagnie.
Durant son mandat, il ouvre le TNG à tous les publics jeunes, y compris la petite enfance, et vieux ainsi qu’à une population exclue du réseau traditionnel. Le TNG sera signataire de la charte de coopération culturelle qui vise à favoriser l’accès à la culture pour tous et collabore à un projet de développement culturel du quartier de Vaise et la Duchère (Lyon 9e).

 

Joris Matthieu - Source : Lyonmag, 18/06/2014Joris Mathieu

Âgé de 37 ans, ce metteur en scène lyonnais très discret, cofondateur de la Compagnie Haut et Court, défend un théâtre narratif et plastique, ouvert sur les cultures numériques, qu’il mettra en œuvre dans les deux établissements résolument dédiés aux formes contemporaines. Joris Mathieu entend diriger les deux théâtres de front.

Son projet pour la direction du TNG a séduit les tutelles ; il replace la création jeune public au cœur des formes artistiques contemporaines. Donné favori dés le départ, il avait déjà pris en mars 2014 la direction du théâtre Les Ateliers dans le 2e arrondissement de Lyon.
Le ministère de la Culture dans un communiqué de presse du 19 septembre 2014 précisait que le projet de Joris Mathieu, intitulé « Imaginer demain », qui mutualise les moyens du TNG et du Théâtre des Ateliers « habité par des présences artistiques fortes : il se dessine comme un trait d’union intergénérationnel et culturel. Il nous encourage au décloisonnement, à l’innovation et à une grande ambition poétique à destination des plus jeunes. »

« Son projet : fusionner le théâtre Les Ateliers et le TNG pour créer un CDN augmenté avec deux salles en centre-ville. Le budget sera la fusion des deux budgets actuels ce qui débloquera davantage d’argent pour l’artistique. Également ouvrir le théâtre aux nouvelles technologies, aux arts plastiques, aux arts visuels, aux collaborations avec d’autres structures culturelles »
Source : Grains de sel n°97 – nov 2014, p. 20-21 « Joris Mathieu : l’union fait la force »

Une programmation pour un public spécifique : la Jeunesse

Lieu de partage, d’expérimentation et de transmission artistique, ce Centre Dramatique National est l’un des seuls en France à voir se côtoyer, à chaque représentation, un public d’enfants et d’adultes.

Pour aiguiser plus encore la curiosité du public et ouvrir les frontières de la création, le Théâtre Nouvelle Génération organise en janvier le Festival Ré-Génération qui s’est déroulé du 10 au 16 janvier 2015 pour sa 9e édition. Sept jours de découvertes artistiques tout public, réunissant de jeunes compagnies de la région Rhône-Alpes et de plusieurs régions d’Italie.
Le TNG participe également au programme national de La Belle saison des arts vivants avec l’enfance et la jeunesse porté par le ministère de la Culture et de la Communication, une série de rendez-vous et de manifestations qui permettent de découvrir toutes les richesses de la création pour la jeunesse.

 

Pour en savoir plus :

-Théâtre des Jeunes Années : une scène de conquête et d’innovation / Biennale du Théâtre Jeunes Publics, 2008

-Le TJA (conférence en ligne) : rencontre du 17 octobre 2009 ; org. par la Bibliothèque municipale de Lyon

-Mission d’artistes : les centres dramatiques de 1946 à nos jours : TNG depuis 1981, p.261-265 / sous la direction de Jean-Claude Penchenat ; Dominique Darzacq, Evelyne Ertel, Christine Friedel… et al., 2006

-Quel est le projet du TNG ? (article) / Thierry Voisin, in La Scène n 39, dec 2005

- Articles du Progrès Edition de Lyon disponibles en texte intégral sur la Base Europresse
> Nino d’Introna souhaite un espace jubilatoire et festif / Antonio Mafra, Mardi 29 juin 2004
> Théâtre : la forte concurrence ne nuit pas au secteur / Fahiya Hassani, Mardi 17 mars 2009

-Présentation du TNG sur le site Culture de la ville de Lyon

-Biennale du théâtre Jeunes Publics

- Biographie de Nino d’Introna en ligne sur théâtre-contemporain.net

- Biographies de Joris Mathieu en ligne sur théâtre-contemporain.net

Ainsi, la région Rhône-Alpes, berceau de la décentralisation théâtrale qui a accompagné les expériences de Vilar et de Planchon, est une région riche dans le domaine du théâtre et des grandes scènes.

Les villes de Lyon et Villeurbanne ont une longue tradition théâtrale. Ces théâtres ont su attirer et fidéliser leurs publics respectifs avec des choix artistiques forts. Mais leur avenir financier dépendra toujours de la reconduction des subventions. Gérés par des passionnés qui ont une haute idée du théâtre populaire, ce sont des lieux de création qui ont une grande latitude d’action dans la façon de concevoir et de mener les missions artistiques et culturelles d’intérêt public.
Démocratisation et régionalisation de la création théâtrale. C’est la double voie dans laquelle continue de s’inscrire la décentralisation dramatique.

Pour connaître les différentes salles de spectacle et lieux de la création théâtrale en région, plusieurs ressources en ligne sont consultables :

- La base de données du Centre national du théâtre (CNT) : donne accès à plus de 15 000 contacts : lieux de création et de diffusion, programmation, stages et formations en arts du spectacle pour la saison en cours. Recherche documentaire.

- L’annuaire du spectacle vivant en Rhône-Alpes de la NACRe – Nouvelle Agence culturelle régionale Rhône-Alpes : cet annuaire régional permet de rechercher une structure intervenant dans le spectacle vivant en Rhône-Alpes. Vous pouvez faire une recherche en saisie libre, par nom de structure, ou en choisissant parmi les termes proposés, par activité, département, domaine artistique ou par discipline enseignée ou pratiquée. Cette page offre aussi de télécharger plusieurs listes thématiques de contacts en Rhône-Alpes, correspondant aux demandes les plus courantes (format pdf) : scènes conventionnées, théâtres, producteurs de spectacles, producteurs phonographiques, tourneurs, lieux de résidence, lieux de diffusion, ensembles, collectifs artistiques, etc.

- Le site vitrine des professionnels du spectacle vivant, de la production phonographique et des arts numériques en Rhône-Alpes :
Pour tout savoir sur les : artistes et compagnies professionnelles, lieux et structures de diffusion, festivals, studios et locaux de répétition, labels, tourneurs, producteurs.

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