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Abélard, Héloïse et Bernard

Passion, raison et religion au Moyen Age

Georges Minois

Une interprétation de l’histoire d’amour parmi les plus célèbres du Moyen Age, voire de tous les temps, jouée par trois personnages issus de familles nobles : le professeur Abélard, intellectuel à la mode, son élève l’abbesse Héloïse à la fois son amante et inspiratrice de sa pensée, et le moine Bernard, futur saint. Voulant écarter toute intrusion de la raison dans l’univers de la foi, il défend la rigueur et la pureté spirituelles.

Les publications sur le sujet sont nombreuses, mais cet ouvrage apporte un point de vue singulier : tout d’abord, il renoue avec le contexte politique, social et culturel de l’époque des Capétiens. C’est le temps des croisades et de la réforme disciplinaire et morale du clergé, mais aussi de l’essor de l’enseignement des écoles de Chartres et de Paris qui bâtissent petit à petit le prestige des intellectuels à la fin du XIe et au début du XIIe siècle. La monographie de Georges Minois renverse les perspectives traditionnelles : jusqu’à présent, les historiens avaient plutôt tendance à penser qu’Héloïse resterait inconnue sans Abélard, c’est la thèse inverse qui est suggérée. Pleinement femme et pleinement intellectuelle, elle devient à la lumière de ce récit un modèle d’humanisme libéré.

L’histoire d’Abélard et d’Héloïse est donc beaucoup plus qu’une simple histoire d’amour. C’est un épisode significatif d’évolution intellectuelle du Moyen Age, auquel le moine Bernard apporte toute sa dimension socioculturelle : les trois personnages incarnent les courants qui s’affrontent à l’aube du XIIe siècle : les exigences d’une pensée rationnelle, celles de la sensualité qui se libère des conventions morales et les exigences de la foi traditionnelle.  C’est aussi l’individualisme naissant qui parle à travers ce trio mythique.

Voir dans le catalogue de la BML

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2 thoughts on “Abélard, Héloïse et Bernard”

  1. Anwen dit :

    Malgré tous les obstacles que l’Église ne cessait d’accumuler pour étouffer la pensée, la foule avide de connaître, de savoir, est à chaque instant prête à rompre les liens qui l’attachent à Rome quand elle croit entendre quelque part la parole de vérité.
    Au XIIème siècle déjà, nous en avons la preuve dans l’ardeur avec laquelle elle se précipite sur les pas d’Abélard pour entendre sa parole inspirée.
    Avant Héloïse, bien des femmes vaillantes avaient suscité des hérésies ; avant Abélard, bien des hommes les avaient suivies et défendues hardiment en face de l’Église ; mais aucune femme n’avait laissé un nom aussi célèbre que celui d’Héloïse, peu d’hommes ont eu une aussi grande renommée qu’Abélard ; cela vient de ce que la révolte de leur conscience et l’affranchissement de leur esprit furent idéalisés par un roman d’amour, et le public, qui est romanesque, prête plus d’attention et d’intérêt à ceux qui se sont aimés sans mystère, surtout lorsque leurs amours et leurs actes ont été une révolte contre la contrainte imposée par la morale catholique.
    Mais, si le roman d’Abélard est célèbre, si l’histoire de ses amours est populaire, on ne connaît pas assez l’histoire du redoutable enseignement que ce roman d’amour entrecoupait, de ses pouvoirs, des paroles ardentes où la libre pensée moderne brillait de ses premières lueurs et qu’un peuple d’écoliers, pressé sur l’étroite berge du fleuve, écoutait avidement.
    Héloïse, Abélard et le Mystère de l’Immaculée Conception.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/06/origine-du-mystere-de-limmaculee.html

    1. Département civilisation dit :

      Interprété comme un mélodrame par les uns, comme une histoire des plus romantiques par les autres, le roman d’Abélard et d’Héloïse a été tantôt le sommet de l’amour courtois, tantôt l’épisode emblématique de la lutte contre l’obscurantisme. Les approches et les analyses de leur aventure ont été multiples. L’historien Guy Lobrichon constate même que « les motifs de l’histoire ont fini par écraser et recouvrir les individus eux-mêmes ». A son avis, « une approche purement documentaire ne soulève que la poussière », tant l’historiographie est riche en propositions d’interprétation.
      Parmi elles, la sienne, exposée dans l’article ci-dessous. Pour ne mentionner que quelques éléments, relevant de la culture théologique qui avait forgé les personnalités des deux amants, on pourrait dire que les réminiscences bibliques sont inévitables au début du XIIe siècle. Ainsi, la correspondance des amants renvoie clairement au Cantique des Cantiques qui s’invite parmi les écrits de référence dans la culture des intellectuels de l’époque. Les amants utilisent donc un texte du corpus biblique pour exprimer leurs sentiments, sans pour autant mettre de côté les influences d’Ovide ou de Cicéron, dont Abélard reprend certaines métaphores aussi bien pour dire son amour que pour parler de l’effusion trinitaire. Les champs lexicaux et métaphoriques s’entremêlent pour créer un univers où le profane et le sacré servent étroitement l’un l’autre.

      Bonne lecture !

      https://books.openedition.org/pur/18385?lang=fr

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