Théâtre

La Turquie en scène

- Modifié le 04/01/2018 par le département Arts Vivants de la médiathèque de Vaise

Pour découvrir le théâtre contemporain turc, nous vous présentons quelques auteurs de théâtre turcs contemporains et vous incitons à lire leurs textes (ils sont malheureusement peu nombreux à être traduits en français !)

Coquelicot & Métal © Amandine
Coquelicot & Métal © Amandine

Nâzim Hikmet (1902-1963)

Tout au long de son enfance,  Nâzim Hikmet suit son père haut fonctionnaire à Alep, puis Istanbul, ville fascinante et bouillonnante d’idées. Inscrit au Parti communiste, il est recherché par la police politique. En 1921, il fait une longue marche qui le conduit à découvrir la Turquie profonde.
Il voyage ensuite à Moscou où il étudie. Lorsqu’il revient en Turquie, il y est arrêté et condamné à mort en 1932. Sa peine est commuée en 35 ans de prison. Malade, il est libéré au bout de 18 ans, après une grève de la faim. Il meurt en 1963, peu après son retour à Moscou.

En France, son théâtre est encore inédit, même si le metteur en scène turc Mehmet Ulusoy a porté sur les planches un grand nombre de ses poèmes, notamment Paysages humains au Théâtre de l’Odéon en 1986. Grâce au théâtre, il espérait toucher un plus large public qu’avec ses poèmes.

L’éditeur L’Espace d’un instant a publié en 2004-2005 trois de ses pièces dans un même recueil : Ceci est un rêve, Ferhad et sirin, Ivan Ivanovitch a-t-il existé ?.
Le texte Ceci est un rêve est une opérette en trois actes et six tableaux délicieusement drôle et bien ficelée. On y suit les aventures amoureuses de passagers de croisière.
Ferhad et Sirin est l’adaptation d’un conte traditionnel. Ecrite en prison, cette pièce relate l’histoire de Ferhad, un peintre décorateur à la recherche de sa bien-aimée, la princesse Sirin. Cette pièce est considérée en Turquie comme une œuvre majeure.
Enfin, le texte Ivan Ivanovitch a -t-il existé ? explore le réalisme socialiste, mais toujours avec le même regard critique, contre le culte de la personnalité et le régime stalinien.

Serge Behar (1925)

Serge Behar est également pneumologue. Il mène à ce titre des recherches sur la respiration et la voix qui le conduisent à considérer le théâtre « au travers du fonctionnement physiologique des organismes humains et de leur habillage psychologique, piloté par les viscères. »

Il assiste Jean-Marie Serreau sur plusieurs mises en scène. Ses premières pièces, Destin de Magali et Conférence sont représentées en 1962. Jean-Marie Serreau crée Brave Poly (1969) puis Graine de Satrape (1971). Il noue également une complicité artistique avec A.L. Périnetti qui met en scène Adieu Véronique et Babel 75 au Théâtre du Vieux Colombier en 1971, et le Roi sauvage au TNS en 1973. Il travaille en étroite collaboration avec le Roy Hart Theatre de 1970 à 1985.

Serge Béhar est également l’auteur d’un essai remarqué sur l’univers médical de Proust et de romans tel que La quatrième sortie de Fernando Qui.

Özen Yula (1965)

Nouvelliste, auteur et metteur en scène, Özen Yula est aujourd’hui l’un des plus importants dramaturges du théâtre contemporain turc. Il est beaucoup joué et traduit en Turquie et à l’étranger.

Une des particularités de son théâtre est de mettre en relation ou en confrontation des thèmes comme le lointain / le proche, rester / partir, le traditionnel / l’actuel, le mensonge de l’Histoire officielle/ la version fictive de l’Histoire.
Il est l’auteur de Ay Tedirginligi (Trouble de la Lune), In trust with the Near East, Concubine Sultana Hurrem et Unofficial Roxelana.

Son texte A Louer a été traduit et édité en 2009 dans la collection « Théâtre contemporain et traduction » des éditions Espace 34. Dans cette pièce, de jeunes hommes se prostituent. On ne sait si c’est par choix ou obligation : peu importe la raison d’ailleurs. Une vraie fausse histoire d’amour se noue entre la jeune Simay et Adnan, le prostitué. Leur bonheur dure… on ne sait pas vraiment combien de temps. Les personnages de cette pièce meurent, puis ressuscitent. Finalement, la vie et la mort ont peu d’importance…

Tuncer Cücenoglu (1944)

Tuncer Cücenoglu est auteur et enseignant de théâtre. En France, il a publié deux pièces : Avalanche et Impasse aux éditions L’Espace d’un instant. Il est traduit dans de nombreuses langues. En 1981, il a obtenu le prix Abdi Ipekçi, créé en mémoire d’ Abdi Ipekçi, journaliste assassiné en 1979 devant son domicile à Istanbul.

Avalanche raconte l’histoire d’un petit village de montagnes qui vit 9 mois sur douze figé dans le silence sous la menace d’une éventuelle avalanche. Tous les événements de la vie : mariages, vie intime et accouchements sont programmés selon le calendrier rigoureux du climat jusqu’au jour où une jeune femme femme est sur le point d’accoucher avant terme. Ses cris et ceux du nourrisson vont-ils déclencher la catastrophe tant redoutée ? Une fable à la fois poignante et drôle où l’auteur turc Tuncer observe à la loupe l’affrontement des générations et le démantèlement des lois séculaires.

Dans Impasse, une jeune femme attire dans un piège le policier qui sept ans auparavant l’a torturée et a tué son mari. Pour échapper à la censure turque, le dramaturge a déplacé l’action en Grèce en 1967, après le coup d’État de Papadopoulos.

Sevim Burak (1931-1983)

Sevim Burak est née à Istanbul d’un père musulman et d’une mère juive originaire des Balkans. Après une carrière de mannequin, elle publie ses premiers textes dans les années 60, mais la majeure partie de ses publications (6 livres en tout) se feront à titre posthume.

C’est une auteure qui a marqué la jeune génération des auteurs turcs par sa façon de travailler la langue turque. Son style, original et inventif explore un monde à la fois étrange, réel et poétique. Le thème de la quête de l’identité juive apparait en filigrane dans toute son œuvre.

La pièce La voix de son maître (éditions L’Espace d’un instant) met en scène un personnage descendant d’une grande famille ottomane. Il vit dans le regret de la splendeur d’antan. Dans son esprit malade, il perçoit les transformations de la société comme un vaste complot ourdi contre lui.

Everest my lord, défini par l’auteur comme un roman-pièce est un texte à l’allure très étrange. Il prend en réalité plus la forme d’un récit en vers que d’un texte de théâtre. L’objet y tient une place essentiel en incarnant l’intériorité des personnages et en participant à la création d’une conscience turque.

Sedef Ecer (1965)

Romancière, auteur dramatique, scénariste, traductrice et journaliste, Sedef Ecer pratique plusieurs formes d’écriture en turc et en français. Comédienne depuis l’âge de trois ans, elle a joué dans une vingtaine de longs-métrages et une vingtaine de spectacles en Turquie et en France.

En 2008, elle commence à écrire en langue française. Depuis, ses différentes pièces ont été accueillies par des théâtres ou des festivals importants, traduites en polonais, en turc, en allemand, en arménien, en grec, ou en anglais. Ses textes sont traduits en arménien, grec, allemand, anglais, polonais et turc.

La pièce À la périphérie a reçu de nombreux prix et a été jouée en France et en Allemagne.

Les descendants, (nominée pour le prix de la dramaturgie francophone de la SACD), a été créée au Théâtre National d’Erevan et jouée à Paris au Théâtre de l’Aquarium, à Berlin et à Wuppertal.

Lady First et E-passeur.com constituent un diptyque autour du thème du pouvoir. Dans la première, un couple à la tête d’une république bananière est renversé. Dans la seconde, plus inquiétante, une société d’anticipation politique est entre les mains d’un Big Brother des migrants qui a le contrôle sur les connections des réfugiées.

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