Théâtre

Eduardo De Filippo ti amo !!!

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 23/09/2016 par Hélèna D.

Eduardo De Filippo est qualifié comme étant avec Pirandello l’un des plus grands dramaturges italiens. C’est d’abord et avant tout un artiste complet : auteur, acteur, metteur en scène, directeur de troupe italien et cinéaste. Il a quasiment traversé tout le vingtième siècle.

©Denkbeeldenstorm
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Voici un petit topo de présentation de son parcours.

Se plonger dans une de ses oeuvres de théâtre, c’est déjà s’offrir un voyage en Italie du Sud, au coeur du vieux Naples populaire, au contact des gens du peuple. Situations burlesques, personnages extravagants et hauts en couleurs, Eduardo réinvente un théâtre populaire à la fois drôle, percutant et émouvant. Mais, si on rit souvent de bon coeur des vissicitudes des personnages, il est aussi fréquent de voir la farce virer au drame. On sent alors poindre toute la force de l’auteur pour dénoncer la misère et l’injustice de la société napolitaine, miroir peu flatteur de notre société contemporaine, mais aussi pour mettre le doigt sur notre difficile condition humaine.

Son théâtre, écrit en dialecte napolitain, est également magnifiquement servi par les traductions d’Huguette Hatem.

J’ai eu pour ma part un véritable coup de coeur pour sa pièce La Grande magie. Ecrite en 1948 après la censure de l’ère fasciste, Eduardo souhaitait pouvoir renouer avec une forme ancienne de théâtre qui aboutirait à « la correspondance idéale entre vie et spectacle, la fusion tantôt harmonieuse tantôt grinçante, entre rires et larmes, grotesque et sublime, drame et comédie. » Mal comprise en son temps, il faudra attendre que Giorgio Strehler la monte en 1984 au Piccolo Teatro de Milan pour voir ce chef d’oeuvre réhabilité. La pièce, actuellement mise en scène par Laurent Laffargue, est représentée jusqu’à la fin du mois de janvier au Théâtre de l’Ouest parisien. Elle remporte, par ailleurs, un franc succès critique et public.

L’histoire de la pièce La Grande Magie est pour le moins rocambolesque. Tout commence dans un hôtel à Naples. Arrive Otto, un magicien raté qui pour gagner un peu d’argent va faire disparaître une femme mariée afin qu’elle rejoigne son amant. Mais l’escapade au lieu de durer quelques heures va se prolonger pendant quatre ans. Pour éviter de perdre la face, le magicien fait croire au mari trompé Calogero que le temps écoulé est celui de la représentation théâtrale. Sa femme serait toujours dans la boîte noire, le plus important étant pour lui de le croire afin de ne pas risquer de la perdre. Calogero sombre peu à peu dans la folie.

Les intentions de l’auteur sont claires dès le début de sa pièce : « Avec la Grande Magie, j’ai voulu dire que la vie est un jeu et que ce jeu a besoin d’être soutenu par l’illusion, qui à son tour doit être alimenté par la foi, et j’ai voulu dire que chaque destin est relié au fil d’autres destins dans un jeu éternel : un grand jeu dont il ne nous est donné que de découvrir des détails insignifiants ».

Ce texte nous parle en effet de ses illusions qui nous bercent et permettent de pallier à la dureté de la vie. C’est ainsi que derrière les dialogues savoureux et cocasses, apparaît en toile de fond, une réflexion plus profonde et angoissée sur le sens de vie. Et de fait, derrière le personnage devenu fou de Calogero se cache sûrement un représentant exemplaire de l’humaine condition. Vous, moi, nous tous….Brrrr, il fait vraiment froid tout d’un coup !

Un petit extrait pour vous réchauffer quand même. La scène se passe après la disparition de la femme de Calogero, orchestrée par le magicien Otto :

Calogero
Comment, vous ne comprenez pas ? C’est très simple. Je vous prie d’être assez aimable pour faire réapparaître ma femme.

Otto
Pardonnez-moi, mais cette expérience, est-ce vous qui devez la mener à son terme, ou moi ?

Calogero
Vous naturellement. Mais c’est à moi de réclamer ma femme.

Otto Apparemment amusé
Voilà le plus beau, c’est vraiment amusant ! Vous croyez dur comme fer que votre femme a disparu.

Calogero
C’est compréhensible, le sarcophage est vide.

Otto
Un instant. Le sarcophage, c’est sans importance. Que peut faire un sarcophage ? Etes-vous assez naïf pour croire qu’un sarcophage de bois peint ait le pouvoir de faire disparaître les gens, et dans le cas précis, votre femme ? Il ne vous vient même pas à l’idée que c’est peut-être vous qui avez fait disparaître votre femme ?

Vous l’avez compris, il est grand temps de lire et de jouer du Eduardo de Filippo !

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