Le livre « zéro déchet » mythe ou réalité ?
Publié le 10/08/2021 à 10:37 - Modifié le 05/08/2021 mj
Alors que l’édition d’ouvrages pour accompagner les lecteurs dans une démarche écoresponsable zéro déchet/zéro gaspi est en plein boom, que dire de l’éco responsabilité à l’échelle de la filière même du livre ?
L’industrie du livre n’a pas échappé au modèle globalisé de surproduction : la concentration du monde de l’édition entre les mains des trois géants Hachette Livre, Editis et Madrigall, la délocalisation des impressions, la provenance et le recyclage de la matière première.
Quelques chiffres en vrac :
Rien qu’en France, en 2017, 68.199 livres ont été publiés. Pas moins de 356 millions de livres ont été vendus cette même année. Mais 70 % des ventes se font sur seulement 15 % des titres. Un livre sur 4 reste invendu. (Source BASIC – Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information citoyenne)
Cela représente donc un volume colossal de papier. Et le papier c’est de la forêt.
35 % des imprimeries françaises ont fermé depuis 2007, 30 à 40 % des ouvrages sont fabriqués hors de France (Source dernière enquête de la Direction générale des entreprises)
52 % du papier utilisé pour les romans et essais est importé, quand le reste, certes fabriqué en France, l’est avec de la pâte à papier produite en grande partie à l’étranger. Le papier recyclé est encore marginalement utilisé par maisons d’édition, seulement 2 %. (Source BASIC)
70 % de l’impact du livre sur l’environnement serait dû à la fabrication du papier et de la pâte à papier. (Source Terre vivante)
98 000 à près de 170 000 t/an la part des livres qui pourrait être recyclée, et ainsi pourrait générer jusqu’à près de 119 000 tonnes de nouveau papier graphique recyclé dans une économie circulaire optimisée (Source WWF)
0 %, la fréquence de consignes claires affichées par les éditeurs pour inciter le lecteur à offrir une seconde vie au livre (Source WWF)
Le circuit court du livre une douce utopie enfin réalité ?
Acheter dans sa librairie de quartier un livre imprimé et fabriqué près de chez soi, sur du papier provenant de forêts françaises certifiées durables n’est pas qu’un rêve. En témoigne des initiatives remarquables à Puyberaud dans la Creuse ou dans l’Ain à Pérouges. Des « ferme papetière » voient le jour sous l’impulsion de papetiers d’art qui se lancent le défi de cultiver eux-mêmes leurs matières premières (lin, chanvre, coton, ortie, roseau…). Même si un tel projet artisanal reste éloigné des réalités de l’industrie, il est significatif d’un mouvement amorcé pour imaginer une chaine du livre écoresponsable.
En 2019 une Association pour l’écologie du livre s’est constituée. Elle regroupe une vraie « biblio diversité » avec des petites et grandes maisons d’édition, des libraires, des bibliothécaires, des auteurs et même des forestiers. Le but est d’imaginer des livres écoresponsables tant dans la chaîne de production que dans la diffusion des livres.
Pour creuser les sujet je vous invite à consulter ce petit mais très éclairant manifeste paru en 2020 aux éditions Wild Project, maison d’édition indépendante écoresponsable : Le livre est-il écologique ? : matières, artisans, fictions réalisé par l’Association pour l’écologie du livre.
Très instructif également le rapport du WWF intitulé Vers une économie plus circulaire dans livre.
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