Grands anciens et petits gris

- temps de lecture approximatif de 15 minutes 15 min - Modifié le 19/05/2021 par Y. E.

Le premier signe d'une vie intelligente extraterrestre, écrit par Avi Loeb, reprend des procédés largement utilisés dans le réalisme fantastique. Si ceux-ci peuvent stimuler l'imagination, ils sont aussi une remise en cause radicale de la pensée scientifique. En cela, ils constituent un important vecteur de diffusion des théories du complot.

Un astronaute sur la cathédrale de Salamanque
Un astronaute sur la cathédrale de Salamanque Trevor Huxham (CC BY-NC-ND 2.0) https://flic.kr/p/pU64fq

Oumuamua, messager des étoiles?

La sortie de l’ouvrage d’Avi Loeb Extraterrestre : le premier signe d’une vie intelligente a provoqué en début d’année quelques remous dans la presse et dans la communauté des astrophysiciens. Tout d’abord, l’auteur n’est pas un obscur ufologue amateur, mais un professeur d’astronomie à l’université de Harvard. Dans cet ouvrage, il s’intéresse à Oumuamua, un objet identifié en 2017. Très brièvement observé, celui-ci est considéré comme le premier objet interstellaire jamais observé.

vue d'artiste de Oumuamua

Vue d’artiste Par ESO/M. Kornmesser — ESO, CC BY 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=64361447

 

Se basant notamment sur sa forme incongrue et sa trajectoire inhabituelle, il défend une théorie extraordinaire.  Oumuamua serait en fait un objet artificiel, créé par une forme de vie extraterrestre et propulsé par une voile solaire. Pour appuyer sa démonstration, il explique qu’une telle technologie pourrait expliquer la trajectoire apparemment erratique de l’objet. Son argumentation tient du pari de Pascal, insistant sur le fait que sa proposition ouvre l’imagination, alors que le discours scientifique dominant ne ferait que la refermer.

Naissance d’une polémique

La sortie de cet ouvrage a suscité de nombreuses critiques de la part de la communauté scientifiques. En France, la Société Française d’Astronomie et d’Astrophysique (SF2A) et la Société Française d’Exobiologie (SFE) ont publié un communiqué commun pour pointer un certain nombre de problèmes posés par cette publication. Selon eux, le problème ne réside pas dans l’idée elle-même, rien n’empêche a priori de postuler l’existence d’une civilisation extraterrestre. Ils lui adressent trois reproches principaux :

  • Il met en avant son statut de chercheur éminent. Cet argument d’autorité lui sert à appuyer un travail qui ne respecte pas les standards de la science. Ce faisant, il maintient une ambiguïté sur la teneur de son ouvrage, entre ouvrage scientifique et spéculation poétique.
  • Il ne fait pas mention des autres tentatives d’interprétation, notamment les conclusions d’un groupe de spécialistes de différentes disciplines qui s’est réuni pour analyser les données disponibles sur cet objet.
  • Enfin, il se présente comme un Galilée moderne. Il serait marginalisé au sein d’une communauté scientifique conservatrice et réfractaire aux idées audacieuses.

L’objet en question, quelle que soit son origine, est bel et bien le premier objet interstellaire jamais observé. Du fait de sa taille et de sa vitesse, il ne l’a été que durant un temps assez bref. Par conséquent, le volume de données recueillies à son sujet est faible. Il est donc difficile, et sans doute impossible, de répondre à toutes les questions que celui-ci peut poser. Il est en fait normal qu’une telle découverte pose finalement plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. On n’avait jamais étudié un tel objet auparavant. Il est donc tout à fait concevable qu’on ne puisse pas expliquer certaines singularités de ces observations. Cela serait simplement lié au manque de connaissances sur sa composition et son comportement. Il n’est pas nécessaire de faire appel à l’intervention d’une civilisation extraterrestre.

De la science à la fiction

Or, dans son ouvrage, Avi Loeb exploite la faiblesse des données disponibles pour mettre en avant son interprétation. Si elle peut être intellectuellement stimulante, elle n’est étayée par aucun fait probant. L’utilisation de ces procédés fait sortir l’ouvrage d’Avi Loeb du champ scientifique. Il le rattache à une croyance, une pensée d’ordre mythologique. Par ailleurs, il prend le grand public à témoin. Il prétend révéler au monde des informations que la science « officielle » refuse de prendre en considération. Ce faisant, il prolonge un phénomène qui a bousculé les conceptions du monde dans les années 60, et dont les thèmes et attitudes sont encore bien sensibles.

Le réalisme fantastique, une science « augmentée »?

Du Matin des magiciens…

En 1960, la parution du Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier, bouscule les liens entre science, ésotérisme, histoire, science-fiction et imaginaire.

Le sociologue des sciences Pierre Lagrange étudie la croyance par le biais des sciences « alternatives ». Dans la Revue du Crieur, en 2016, il consacrait un article très complet à l’histoire du Matin des magiciens : L’occultisme, une étrange passion française. Il analyse les thèmes présents dans cet ouvrage, sa réception publique et critique, son influence :

L’ouvrage se présente comme une introduction au « réalisme fantastique », soit à l’idée qu’il n’y a pas de coupure entre la réalité et ce qui est habituellement rejeté dans le domaine du « paranormal » au sens large. […] Les premières pages annoncent le programme : recenser les « connaissances à peine explorées », de l’astronomie à la parapsychologie, de la science fiction à l’archéologie, des extraterrestres dans l’antiquité aux sociétés secrètes nazies, de l’alchimie à la Terre creuse, des Géants de l’ère secondaire au supérieur inconnu.

Les auteurs expliquent ainsi leur démarche :

« Nous cherchons la réalité sans nous laisser dominer par le réflexe conditionné de l’homme moderne (à nos yeux retardataire) qui se détourne dès que cette réalité revêt une forme fantastique ».

Malgré l’avalanche de critiques qu’il suscitera de la part de la communauté scientifique, l’ouvrage rencontrera un succès public énorme. Il se vendra à près d’un million d’exemplaires en français, et connaîtra une dizaine d’éditions étrangères.

…au mouvement Planète

Dans la foulée de ce succès, les auteurs lancent donc une revue, intitulée Planète. Elle vise elle aussi à « réconcilier, dans une certaine mesure, la pensée ancienne, disons magique, avec la pensée avancée d’aujourd’hui ». Le succès de la revue est à l’image de celui du livre, et elle donnera naissance à une véritable galaxie éditoriale, récemment analysée Par Frédéric Gai : Aux frontières du réel. Considérations analytiques sur (une) Planète.

Le leitmotiv de cette revue est « Rien de ce qui est étrange ne nous est étranger ». Elle promouvra la science-fiction, les nouvelles spiritualités, la parapsychologie, l’ufologie, les mystères de l’archéologie ou des civilisation perdues. En matière d' »histoire » la revue se focalise plutôt sur une vision occultiste du nazisme. Ces spéculations occupaient déjà une place de choix dans le Matin des magiciens. Mais d’autres domaines connaîtront de nouveaux développements au sein de la nébuleuse qui va se constituer autour de Planète. Faisant feu de tout bois, la revue va fédérer une large communauté d’auteurs et des lecteurs. Ceux-ci ont des centres d’intérêts très variés, et sont issus d’horizons très différents. Par ailleurs, le succès commercial ne manquera pas de susciter des vocations. De nombreux auteurs se donneront pour mission d’approfondir tel ou tel thème. cette profusion littéraire aura deux conséquences symétriques. D’une part, elle va faire entrer certains aspects de la culture ésotérique dans le grand public. D’autre part celle-ci, jusqu’ici assez élitiste par nature, va voir ses discours profondément modifiés par cette appropriation. Damien Karbovnik a analysé le phénomène dans sa thèse de doctorat intitulée L’ésotérisme grand public: le réalisme fantastique et sa réception.

Histoire mystérieuse et anciens astronautes

C’est dans ce contexte que deux collections essentielles apparaissent. Elles reprendront peu ou prou les thèmes développés dans Planète, mais de manière de plus en plus effrénées. Planète se proposait d’explorer des théories alternatives, sur le mode de la supposition. Souvent, on passe ici à l’affirmation, en opposition radicale avec la « science officielle » :

L’Aventure mystérieuse, chez J’ai lu

Pierre Lagrange en décrit la genèse dans L’ésotérisme contemporain et ses lecteurs :

En 1968, la première collection de livres de poche consacrés à l’étrange est créée chez J’ai Lu sous le titre « L’aventure mystérieuse ». Le premier titre publié est une reprise de l’ouvrage Les Templiers sont parmi nous, de Gérard de Sède, paru chez Julliard en 1962. Avec ce premier titre est annoncée la parution, en avril, de L’Atlantide et le règne des géants de Denis Saurat, un ouvrage paru en 1954 chez Denoël, puis, en mai, La Double mort de Louis XVII de Louis Hastier, et enfin, en juin, la reprise de Trésors du monde de Robert Charroux. Le spécialiste de science-fiction et amateur d’alchimie et d’astrologie Jacques Sadoul en prend rapidement la direction. Les premiers ouvrages se répartissent en deux catégories, l’une centrée sur l’histoire, l’autre sur les énigmes. Ce sont ces derniers titres qui se vendront le mieux et qui vont décider du destin de la collection.

Les énigmes de l’univers, chez Robert Laffont

Voici ce qu’en dit Pierre Lagrange, toujours dans L’ésotérisme contemporain et ses lecteurs :

En 1957, Laffont publie Les Grandes énigmes de l’univers, un livre de Richard Henning, puis quelques autres titres dont le premier livre de Robert Charroux, Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans, en 1963. En 1964, au moment de publier Civilisations mystérieuses de Ivar Lissner, apparaît la couverture noire et or. « Et tout d’un coup, ce qui n’était encore que livres épars prend corps et figure. Cette collection qui naît ainsi spontanément, s’appellera “Les énigmes de l’univers”. » Francis Mazière, qui est l’auteur d’un des premiers titres, Fantastique île de Pâques, en prend la direction. On est ici très clairement dans la controverse sur l’existence des continents disparus (Atlantide, etc.), des soucoupes volantes (ouvrages de Frank Edwards, de Henry Durrant) ou des mystères de l’histoire (la survivance de Jésus, par Robert Ambelain).

Les livres de Robert Charroux vont constituer une sous-collection au sein de cette collection. D’un format plus petit, souvent beaucoup plus épais que les autres titres, leur succès est phénoménal jusqu’en 1977, lorsque paraît le dernier volume de la série, Archives des autres mondes, peu avant la mort de l’auteur.

Robert Charroux et le développement de l’archéologie fantastique

Robert Charroux, de son vrai nom Robert Grugeau, est un chercheur de trésor, autodidacte et passionné de mystère et d’archéologie. Il se présente ainsi sur la quatrième de couverture d’ Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans, le premier des huit essais qu’il publiera sur cette thématique :

Champion d’athlétisme, plongeur sous-marin dès 1930, chercheur de trésors, globe-trotter, journaliste, archéologue, producteur à la rtf (“Le Club de l’Insolite”), Robert Charroux a été porté par sa curiosité à explorer les domaines les plus divers de l’histoire et de l’activité des hommes loin des sentiers battus et de la science orthodoxe. L’étude de la tradition et de la préhistoire, des voyages de recherche dans les pays des plus anciennes civilisations, la découverte de monuments et de messages millénaires, lui firent très tôt pressentir qu’une vérité fantastique, ignorée de la plupart des hommes, pouvait éclairer notre genèse ; à son tour, il fit sienne l’hypothèse d’un “univers parallèle”, plus authentique que l’univers inventé par les hommes des temps classiques. Convaincu qu’un mystère immense était caché à la connaissance de l’humanité, il s’acharna à le percer, réunit les indices, les documents, les preuves, établit une nomenclature de l’insolite terrestre et composa cette “Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans”.

Parmi les révélations listées au dos de l’ouvrage, on trouve celle-ci :

Les hommes ont construit jadis des fusées sidérales, ils ont voyagé dans le Cosmos ; ils ont connu les ondes hertziennes, les moteurs à réaction, les moteurs à ions solaires, l’énergie atomique ; ils ont irradié notre globe et détérioré l’espèce humaine.

Robert Charroux se fonde notamment sur une interprétation très personnelle de la Bible. Pour lui, elle attesterait de la visite d’extraterrestres, venus modifier le cours de l’histoire humaine.

Bricolages théoriques

Erich von Däniken développera cette thèse des « anciens astronautes », dans son ouvrage Présence des extraterrestres, et la popularisera dans le monde anglophone. Selon lui, les divinités des religions et des anciens cultes seraient en fait des extraterrestres.

Dogû, figurine Jômon (Musée national de Tokyo, Japon)

Dogû Jomon / Jean-Pierre Dalbéra CC-BY 2.0 https://flic.kr/p/NPEzZK

Les interprétations de Charroux, Von Däniken et leurs successeurs (Guy Tarade, Peter Kolosimo, Jean Sendy …) sont pour le moins aventureuses. En 1988, Jean-Pierre Adam a recensé et sévèrement critiqué les arguments mobilisés par les tenants de l’archéologie fantastique dans Le Passé recomposé : chroniques d’archéologie fantasque. Mais durant les deux décennies précédentes, les archéologues institutionnels étaient restés largement inaudibles. Pendant ce temps, il se vendait des millions d’ouvrages d’archéologie fantastique.

En septembre 2011, la revue Terrain consacrait un article, Bonne Fouille ne saurait mentir ?, au mensonge en archéologie. C’était l’occasion pour les auteurs de revenir sur l’instrumentalisation des vestiges archéologiques au sein de ces discours :

L’archéologie est précisément le domaine où s’effectue le croisement entre science-fiction et ésotérisme traditionnel, entre mythes anciens et mythes modernes : cette rencontre est matérialisée par le thème récurrent de l’intervention extraterrestre dans le passé ancien de l’humanité – des visiteurs venus de l’espaces seraient ainsi à l’origine de civilisations disparues et/ou de monuments encore existants, et/ou auraient transmis leurs connaissances à certains initiés. Pour se présenter comme une réalité, cette thématique a besoin de s’appuyer sur des traces matérielles censées témoigner de ces interventions extraterrestres. Elle mobilise donc l’archéologie, ou plus exactement des vestiges archéologiques en affirmant que la seule « archéologie officielle » ne saurait les expliquer.

Même si le phénomène est désormais plus contenu, il continue de constituer une niche éditoriale fort rémunératrice. À la rédaction de cet article, deux ouvrages de  Graham Hancock, par exemple, figurent parmis les dix meilleures ventes de la catégorie « Préhistoire » d’Amazon. La revue Books a consacré en 2018 un article au filon de la pseudo-archéologie.

Quand le complot s’en mêle

Rien ne se perd

Ces thèses ne resteront pas cantonnées à l’écrit. Une large production de « documentaires » audiovisuels les reprendra, dont la diffusion sera boostée par le développement d’internet. Ces nouveaux avatars permettront de toucher un nouveau public, trop jeune pour avoir vécu la première vague de l’histoire mystérieuse. Deux exemples sont représentatifs du genre: Alien Theory et La révélation des pyramides.

Le premier est diffusé à la télévision et sur Netflix. Il donne une large place aux thèses de Von Däniken. Stéphane François a montré dans Le rejet de l’Occident en quoi cette série utilise les ressorts complotistes dans un but visiblement mercantile.

La révélation des pyramides, quand à lui, circule très largement sur le net. Damien Karbovnik a montré, dans la revue Quaderni, à la fois sa dimension complotiste et la dynamique commerciale à l’œuvre derrière ce film.

Tout se transforme

Si les thèses promues par le Matin des magiciens, la revue Planète et le mouvement de l’histoire mystérieuse ne sont pas à proprement parler complotistes, elles seront récupérées par les tenants d’une interprétation complotiste du phénomène ovni, à l’image de Jimmy Guieu en France. Damien Karbovnik a consacré un article dans la revue Diogène à l’analyse de ces thèmes. D’autre part, elles trouveront un écho particulier au sein des différentes factions de l’extrême droite, en particulier via le supposé ésotérisme nazi, étudié par Stéphane François dans son livre L’occultisme nazi. Les partisans de cette idéologie utiliseront ces cultures marginales pour faire passer leurs idées dans des cercles à priori éloignés de leur univers.

Au gré des transformations, la théorie des anciens astronautes dérivera parfois vers le complotisme le plus échevelé. Ainsi, Zecharia Sitchin identifiera les Anunnaki, des divinités sumériennes, comme les représentants d’une race extraterrestre. Ils auraient créé l’Homo sapiens en croisant leurs propres gènes avec ceux de l’Homo erectus. Pourquoi? Afin de les utiliser comme esclaves pour l’extraction de matières premières. Combien de matières premières sont nécessaires à l’organisation d’une razzia esclavagiste interstellaire ? Pourquoi une civilisation capable de voyages intergalactique n’est pas capable d’automatiser la récolte de minerai ? Mystère…

Et s’adapte…

David Icke, un des fers de lance de la complosphère actuelle, identifie les Anunnaki aux reptiliens. Ceux-ci contrôleraient le monde depuis leurs villes de la Terre creuse. Ou comment boucler la boucle sur un autre des thèmes portés en son temps par la revue Planète.

Dans Le Complot cosmique, en 2010, Stéphane François et Emmanuel Kreis avaient déjà étudié la manière dont ces différentes théories se sont combinées entre elles pour donner naissance à une sorte de fond commun de mythes complotistes. Stéphane François poursuit cette exploration des formes de pensées irrationnelles et de leur propagation, notamment au travers du lien entre ésotérisme, ufologie, complotisme et rejet de la société libérale dans son ouvrage Le rejet de l’Occident. Elles puisent à différentes sources pour bricoler une sous-culture du complot. Certaines, parmi les plus délirantes, ont pu (ré)apparaître récemment dans les élucubrations des Qanon.

Archéologie romantique, ufologie et Oumuamua, même combat ?

Le propos n’est évidemment pas de mettre sur le même plan Avi Loeb, Jacques Bergier, Robert Charroux et David Icke. Toutefois, un point rapproche l’archéologie et les tentatives d’analyse des phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN). Il s’agit de la relative faiblesse des informations disponibles. Certains reproches visant l’archéologie fantastique peuvent sans aucun doute s’appliquer également à d’autres domaines. Et l’étude des objets interstellaires ou des PAN est certainement concernée.

Henri Delporte, dans Archéologie et réalité, en pointe bien l’aspect épistémologiquement insatisfaisant : « Du fait d’une relative médiocrité de l’information, la reconstitution préhistorique accorde une sorte de statut légal à la création imaginative ».

La position de Jean-Bruno Renard, qui a étudié l’archéologie fantastique, est résumée dans l’article Bonne fouille ne saurait mentir ? :

Jean-Bruno Renard (1988) a étudié l’archéologie fantastique, qu’il qualifie de « para-archéologie », comme un fait sociologique. Il la qualifie de parascience, la situant à mi-chemin du discours scientifique et des phénomènes de type religieux ou sectaires (il existe en effet, à côté de la « para-archéologie », une « archéolâtrie » avec des « archéo-cultes », notamment druidiques). Il pointe un ressort important de l’archéologie fantastique : le débordement systématique du discours de l’archéologie scientifique au moyen de l’extension de l’espace (les extraterrestres, venus d’ailleurs), du temps (ancienneté insoupçonnée de certaines découvertes), et du savoir (des technologies prodigieuses utilisées dans le passé). Ce mécanisme de débordement nourrit le pouvoir de fascination de l’archéologie fantastique, en plaçant intellectuellement les archéologues institutionnels dans la position peu séduisante de conservateurs timorés.

La puissance de la démarche scientifique ne  réside pas seulement dans ses découvertes. Elle repose également sur sa capacité à admettre que certaines questions n’ont à l’heure actuelle pas de réponse. Or, il semble que ce débordement soit justement à l’œuvre en ce moment, dans l’ouvrage d’Avi Loeb, mais pas seulement.

Toute ressemblance avec la découverte de médicaments miracles face à un virus émergent ne saurait être complètement fortuite…

Pour aller plus loin :

Théorie des événements extraterrestres, Arnaud Esquerre

Aliens : 70 ans de culture et de contre-culture, Fabrice Canepa

Le Passé recomposé : chroniques d’archéologie fantasque, Jean-Pierre Adam

La Dame Blanche et l’Atlantide : Ophir et le Grand Zimbabwe : enquête sur un mythe archéologique, Jean-Loïc Le Quéllec

Vols de vaches à Christol Cave : histoire critique d’une image rupestre en Afrique du Sud, Jean-Loïc Le Quellec, François-Xavier Fauvelle-Aymar, François Bon

Le rejet de l’Occident, Stéphane François

Le Complot cosmique, Stephane François

La foire aux illuminés, Pierre-André Taguieff

J’ai vu un ovni, Xavier Passot

Science-fiction et soucoupes volantes : une réalité mythico-physique, Bertrand Méheust

L’ésotérisme contemporain et ses lecteurs, Claudie Voissenat et Pierre Lagrange

Science-fiction et croyance. Renard, J. (2011). Sociétés, 3(3), 19-27. 

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *