Femmes guerrières

- temps de lecture approximatif de 6 minutes 6 min - Modifié le 10/05/2020 par SL

Des Amazones aux combattantes kurdes contre Daech.

Marina Ginesta, reporter de guerre, Barcelone 1936
Marina Ginesta, reporter de guerre, Barcelone 1936

Femmes guerrières dans l’histoire

Lors de conflits armés, les femmes tiennent en général les rôles qui leur sont traditionnellement attribués par les sociétés patriarcales : prendre soin des autres, faire des travaux subalternes. Elles sont infirmières, télégraphistes etc.

Remplaçant les hommes partis à la guerre, elles peuvent être défenseuses du foyer, ou sur les remparts de la ville.

Njinga Linda HeywoodMais dans l’histoire, leur rôle ne s’est pas limité à cela. On s’intéresse de plus en plus aux femmes qui se sont battues pendant les guerres, comme espionnes ou dans la résistance.

On sait moins qu’elles ont de tous temps pris part aux combats. Les exemples sont pourtant nombreux de femmes guerrières. Reines menant les troupes, ou soldate sur le champ de bataille.

Cette réalité à été difficile à admettre par un monde de la recherche historique et archéologique, longtemps majoritairement masculin, imprégné des stéréotypes sexistes passés, comme le prouve l’exemple de la guerrière viking de Birka.

Jeanne Bruno DumontLa plus célèbre de ces guerrières, pour nous en France, est bien sûr Jeanne d’Arc. Mais elles n’étaient pas que des cas isolés ou exceptionnels.

Les plus anciennes guerrières connues sont les Amazones. Considérées pendant des siècles comme des personnages mythiques, elles étaient plus certainement des combattantes bien réelles des peuples scythes et sarmates.

Leur nom, devenu générique, s’est appliqué ensuite à d’autres femmes en arme, comme les amazones du Dahomey. Ce royaume africain s’est opposé à la colonisation française au XIXe siècle. Son armée comprenait 5000 femmes, soit le tiers des effectifs.

Nombreuses sont les femmes qui durent se travestir pour se battre. C’est le cas de Milunka Savić, qui lors des guerres balkaniques (1912-1913), s’engagea dans les troupes serbes déguisée en homme, sous le nom de Milun Savić. Sa véritable identité est découverte lorsqu’elle est blessée à la bataille de Bregalnica. Elle continuera la Grande Guerre, sera blessée à quatre reprises, et se verra remettre la Croix de guerre en 1918.

Femmes en armes SténuitMais toutes les femmes n’ont pas eu recours à de tels subterfuges. Elles ont combattu pendant les croisades, se sont battues lors des tournois au Moyen-Age. Dans la cavalerie du tsar Alexandre Ier, révolutionnaires chinoises sous la dynastie Ming, Adelitas mexicaines, tireuses d’élite de l’Armée rouge, ou résistant à la colonisation de l’Algérie, on retrouve les femmes en arme partout, à toutes les époques.

France Inter, émission Autant en emporte l’histoire du dimanche 5 janvier 2020 par Stéphanie Duncan : 1854. Lalla Fatma N’Soumer, la rebelle de Kabylie, 54 minutes.

 

Femmes guerrières aujourd’hui

Au XXe siècle, les femmes se sont progressivement imposées dans les métiers dits masculins. Cela a aussi concerné les métiers des armes. Parfois acceptées dans les forces combattantes pour suppléer le manque d’hommes disponibles pendant les deux guerres mondiales, elles en étaient exclues une fois la paix revenue. En France, ce n’est qu’en 1970 avec l’admission des femmes à l’Ecole polytechnique, que peu à peu, elles ont pu faire carrière au sein des institutions militaires. Aujourd’hui, elles sont présentes dans les unités de soutien, mais aussi dans les unités de combat.

Guerrières Moïra SauvageCette réticence à voir des femmes porter des armes s’explique par la contradiction entre les images associées aux femmes (la douceur, la protection, donner la vie), et la violence de la guerre (attaquer, blesser et tuer).

Surtout, en entrant dans l’armée ou la police, les femmes obtiennent le droit de tuer des hommes, dans certaines conditions encadrées. C’est un changement radical de paradigme.

Ce droit, des centaines de femmes l’exercent en ce moment même en Syrie. Ce sont les combattantes kurdes en guerre contre le régime de Bachar el-Assad et les islamistes de Daech. Selon Foreign Policy, en 2014 près de 40 % des troupes des Unités de protection du peuple (YPG) sont féminines, ce qui a pu représenter des milliers de femmes. Engagées pour l’indépendance kurde, pour défendre leur idéal de liberté et d’égalité entre les sexes, ou pour échapper à la société largement patriarcale en vigueur, elles ont participé à toutes les batailles, payant un lourd tribut de mortes et de blessées, au même titre que les hommes.

 

Instrumentalisation des femmes guerrières et continuité des schémas sexistes.

La propagande n’est jamais aussi forte qu’en période de guerre. Les guerrières n’y échappent pas. Et bien qu’elles dérogent au rôle que la société patriarcale attribue aux femmes, la propagande se sert d’elles et les ramène à leur condition féminine.

Liberté guidant le peupleElles seront présentées comme des héroïnes patriotiques, défendant la patrie face à la menace extérieure ou intérieure. Endossant à nouveau l’image de la protectrice du foyer, mais à l’échelle d’un pays. En prenant les armes, elles symbolisent le fait que le danger est grave, au point que même les femmes doivent se battre. Elles sont la preuve que le peuple tout entier est mobilisé dans la guerre ou contre l’injustice du pouvoir.

Ainsi, au Royaume-uni, Boadicée sera la reine guerrière symbole de la résistance des Bretons contre l’occupant romain.

La Liberté guidant le peuple du peintre Eugène Delacroix montre une scène de révolte populaire, avec au centre du tableau, une femme tenant un drapeau français dans une main et un fusil dans l’autre.

 

Les représentations sexistes perdurent et sont particulièrement visibles dans les œuvres de fictions, reflets de l’imaginaire de nos sociétés.

Aujourd’hui, les guerrières sont dans les comics, les films de super-héros et les jeux vidéo. Bien que fortes et combattantes, l’image de ces femmes n’échappe pas aux préjugés et sera fortement sexuée. Elles porteront certes des armures, mais des « boobs armor » et des strings en cote de maille, peu efficaces pour se protéger et terriblement handicapants sur le champ de bataille. Les positions suggestives sont bien loin des actions réelles de combat.

The Hawkeye Initiative est un Tumblr qui s’en amuse en remplaçant les images de super-héroïnes par des super-héros.

 

Pour aller plus loin :

  • Femmes au combat, exposition de photographies à la galerie Lumière des roses, Montreuil, 2015.
  • Des combattantes du monde entier et de toutes les époques.
  • Genre et jeux vidéo, sous la direction de Fanny Lignon. Analyse des représentations du masculin et du féminin dans le monde du jeu vidéo. Jeune et masculin au départ, il touche aujourd’hui tous les âges et se féminise.
  • Bergères guerrières d’Amélie Fléchais et Jonathan Garnier, BD jeunesse. Après la disparition des hommes à la guerre, les femmes du village ont créé le prestigieux ordre des Bergères guerrières pour protéger les troupeaux. Molly a atteint l’âge pour commencer l’entraînement qui fera d’elle une de ces bergères. Une histoire moins traditionnelle qu’il n’y paraît…

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