Chasseurs d'images

Fête des mousselines de Tarare, 2015

Photographe : Sylviane Blanchoz-Rhône

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - par B. Yon

Perturbée par la crise sanitaire, la fameuse Fête des Mousselines de Tarare qui devait avoir lieu en 2020, repoussée à 2021, est cette fois ci annulée et aura lieu en…2025 ! Retour sur cette célébration et ses origines.

fête des mousselines à Tarare
fête des mousselines à Tarare

Georges Antoine Simonet, créateur de la mousseline française

Le premier à vouloir produire de la mousseline française est un natif de Tarare, Georges Antoine Simonet.

 

Statue de Georges Antoine Simonet / Sylviane Blanchoz-Rhône

Ce fils de toilier, né en 1710 à Tarare, va consacrer sa vie et son argent (ainsi que la dot de sa femme) à ce projet. Enfant, Georges Antoine Simonet reçoit une éducation un peu plus poussée que ses camarades. En effet, à l’époque, l’éducation des petits tarariens se résumait au tissage du chanvre, pour pouvoir, comme leurs parents, produire de la toile. Mais le père de Georges Antoine, principal marchand de toiles de Tarare, va pousser son fils à étudier le dessin en plus du tissage. Et il l’envoie très tôt à Lyon poursuivre des études dans le dessin de fabrique. Très studieux et doué, Georges Antoine va rapidement pouvoir subvenir à ses besoins. En 1735, il est embauché par une fabrique lyonnaise renommée, la maison Perret, en qualité de dessinateur-maître. En parallèle, il travaille comme ouvrier satinaire, ce qui lui permet de cumuler son expérience théorique avec la pratique, et d’avoir ainsi une vision globale de la production.

Maison natale de Georges Antoine Simonet, Tarare / Sylviane Blanchoz-Rhône

La maison Perret lui fait confiance et l’envoie régulièrement à Paris pour repérer les nouvelles modes du moment en matière de tissus.

A cette période, Georges Antoine revient une fois par an à Tarare, toujours attaché à son berceau natal.

Vers 35 ans, après avoir passé plusieurs années dans cette fabrique et avoir acquis une expérience solide, il s’établit à son compte grâce à ses économies et se lance, avec un associé, dans la fabrication des étoffes de soie, d’or et d’argent.

En 1749, il épouse Jeanne Nicole Dubois, orpheline, et héritière d’une belle fortune. Deux ans plus tard, le décès de son associé va le décider à quitter Lyon et à s’établir à Tarare.

A ce moment-là, en France, la Cour veut donner de l’essor à l’industrie française. Au milieu du 18e siècle, après une première tentative qui s’est heurtée aux résistances des ouvriers locaux, le filage de coton s’installe de façon pérenne dans les Monts de Tarare. Les fileuses de coton, formées par des ouvrières normandes, sont protégées des émeutiers. Ce tissu est de plus en plus recherché pour ses vertus hygiéniques. Il est plus léger, et se lave plus facilement que la toile. Parallèlement, la Cour incite à la vulgarisation des procédés techniques permettant la fabrication des tissus, secrets jusqu’ici jalousement gardés au sein de chaque fabrique. Les échanges des procédés de fabrication favorisent l’innovation.

Simonet suit cette évolution avec intérêt. Mais il choisit d’aller plus loin et de créer un marché français pour la production d’une étoffe de coton de plus en plus prisée, la mousseline.

La fabrication de la mousseline, le sacerdoce de Georges Antoine Simonet

La mousseline, c’est un tissu vaporeux, extrêmement léger et transparent, en coton, originaire de la ville de Dakha, dans l’actuel Bangladesh. Elle a été introduite en Europe via le Moyen-Orient au XVIIe siècle et est devenue populaire en France à la fin du XVIII e siècle.

A Lyon, la plupart des tisserands, après une nouvelle levée d’impôt, abandonnent leur métier. Les fabricants se tournent alors vers les tisserands aux alentours de Lyon, du Beaujolais et des Monts de Tarare.

Ces artisans ont un savoir-faire ancien, cette activité étant installée dans la région depuis très longtemps. En effet, dans cette région du Haut-Beaujolais, le paysage est rude et peu propice à une agriculture abondante. Les sols sont peu profonds, acides et pierreux, les dénivelés importants, et le climat à l’époque est proche des climats montagnards. De plus, les nombreux cours d’eau sont propices à une activité textile. Alors les populations agricoles locales complètent leur moyen de subsistance par des travaux de tissage. Les toiles dites « Tarare » sont réputées.

Simonet se met alors en tête d’utiliser cette main d’œuvre expérimentée pour fabriquer de la mousseline.

 

Fête des mousselines

 

Pour concrétiser son projet, il part en Suisse étudier les secrets de fabrication (la Suisse a déjà sa propre production de mousseline). On pourrait dire aujourd’hui que c’est de l’espionnage industriel. La Suisse interdit formellement la divulgation à d’autres pays de ses procédés de fabrication. Elle punit même sévèrement les divulgateurs. Il n’est donc pas aisé d’y aller incognito et de convaincre les fabricants. Mais Simonet écrit auparavant au ministre Trudaine son intention de monter une fabrique de mousseline à Tarare sur le modèle des fabriques suisses. Il obtient son approbation et sa protection en cas de représailles suisses. Il part donc et rapporte ses observations et ses plans dessinés dans ses bagages.

En rentrant à tarare, il transforme une de ses maisons en atelier de tissage en y installant plusieurs métiers. Puis il retourne en Suisse convaincre une famille de tisserands de le suivre dans son aventure, ce qui n’est pas sans dangers pour cette famille car elle risque l’expatriation. Fin 1756, la famille accepte de le suivre à Tarare contre une forte rémunération et de venir former les ouvriers locaux pendant plusieurs années.

Les débuts sont très difficiles, les essais restent infructueux, en raison essentiellement de la mauvaise qualité de coton, et pas filer assez finement. Il est très soutenu, d’abord financièrement et affectivement, par sa femme, qui croit en son projet, et par le ministre Trudaine, qui lui fournit le matériel dont il a besoin, cardes, rouets, etc.

Ayant toujours des difficultés à obtenir des fils de bonne qualité, son idée est alors de former des ouvriers sur place au filage spécifique à la fabrication de la mousseline, c’est-à-dire obtenir un fils suffisamment fin et solide. Il fait venir du coton en bourre de Cayenne, réputé de bonne qualité, et forme des ouvriers et ouvrières à ce filage spécifique. Il sélectionne ses meilleurs éléments, les plus consciencieux et les plus sérieux, leur offre un salaire plus avantageux.

Mais rien n’y fait, ça ne suffira pas à produire un meilleur coton.

Il se ruine en investissement, que ce soit économique et physique. Il vend ses propriétés à partir de 1773 et se retire aux environs de Lyon. Il meurt pauvre et ignoré, le 15 août 1778 dans une petite maison isolée.

Peu après sa mort, il fut possible d’importer du fil de coton suisse, et tout ce qu’il avait mis en place pour fabriquer la mousseline à Tarare se mit en marche et connut un succès important. C’est d’ailleurs un de ses neveux, Claude Marie Simonet, qui va finaliser le labeur de son oncle, en allant chercher du fil de coton en Suisse, et qui va dès 1787, commencer la production de mousseline de Tarare.

Sa veuve, ruinée, toucha une pension alors qu’elle avait 80 ans, en remerciement des efforts fournis pour l’établissement des fabriques de mousseline à Tarare.

Avant de mourir, il réunit ses ouvriers et leur dit : « Que chacun de vous garde ce qu’il a de moi ; ces métiers jusqu’à ce jour stériles pour moi dans mes mains, je vous les donne : ils deviendront dans les mains de vos enfants les instruments d’une richesse inépuisable. L’avenir ne manquera pas à l’industrie que nous avons fondée ensemble ; croyez-en celui qui a tout donné pour cette certitude. Un jour viendra où nos efforts et nos sacrifices porteront leurs fruits ».

Fête des mousselines à Tarare

En 1893, une statue en hommage à Georges Antoine Simonet est inaugurée à Tarare, et une fête est organisée à cette occasion. Les ouvriers et ouvrières ont pris  l’habitude de sortir la mousseline des ateliers pour de nombreux évènements comme des fêtes religieuses, mariages, baptêmes, au cours de l’année. Et c’est depuis 1955 qu’il a été décidé d’en faire une fête régulière, tous les 5 ans, rendant hommage à cet homme qui a donné à la ville de Tarare sa renommée.

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *