De la maison des champs à la ferme expérimentale

Une station de l’Institut Vavilov a ouvert près de Lyon

- temps de lecture approximatif de 22 minutes 22 min - Modifié le 14/12/2021 par Clairette

En 2017, la Métropole de Lyon s’engage à créer une station botanique et agricole expérimentale de 2 ha sur son territoire. Le projet doit mêler jardins, sciences, art, culture et histoire, ce à quoi répond le domaine Melchior-Philibert situé à Charly, petite commune du sud-ouest lyonnais à 20 kms de Lyon, non loin de la vallée de la Chimie. Ce domaine de 9 hectares dispose d’un parc, d’arbres séculaires, d’une maison de maître, d’un pavillon, d’un système hydraulique et d’un hall des peintures. C’est le Centre de Ressources de Botanique Appliquée qui en aura la direction avec pour double mission de faire revivre ce lieu à l’ancienne avec un jardin potager, des vergers mais aussi de cultiver et tester des variétés anciennes et locales capables de s’adapter au changement climatique en créant un véritable laboratoire. En 2020 il s’agrandit d’une station VaVilov qui a été inaugurée le 24 septembre dernier. C’est une longue histoire des champs qui se poursuit pour approvisionner les populations de demain localement mais aussi globalement en aliments sains et naturels, sur les pas de l’agronome et généticien russe Nikolaï Vavilov (1887-1943).

Station Vavilov de Volvograd. Mme Gluhova A. Petrovna chercheuse et experte en croisement et en pollinisation souffle sur le tamis pour séparer les graines de laitue de leur enveloppe ©Mario del Curto - extrait de l'exposition "Voyage vers"

Cet article est publié la semaine où l’on apprend le décès de Pierre Rabhi qui  était une figure centrale de l’agroécologie et fondateur du mouvement Colibri qui a formé plusieurs générations d’agriculteurs, de chercheurs et de militants.

L’horticulture lyonnaise, un patrimoine oublié

Au 19e siècle, Lyon fut le centre du monde en matière d’horticulture. Des lignées de pépiniéristes et d’horticulteurs ont ainsi construit la notoriété de la ville, soutenus par des agronomes et des botanistes de renom tels que :

 

En 1761, est créée la Société royale d’agriculture de Lyon.

En 1787 , l’abbé Rozier, l’un des plus grands agronomes de son temps, fonde à Vaise un cours gratuit et public d’arboriculture fruitière : il s’agit de la première école agricole de France qui deviendra l’école d’horticulture d’Ecully . En sa mémoire, le CFPH d’Ecully a ouvert une ferme urbaine pédagogique, qui accueille également un chantier de professionnalisation.

La pépinière du Jardin des plantes à la Croix-Rousse  et la pépinière départementale à Vaise ont acclimaté et multiplié des dizaines de milliers de plantes fourragères, alimentaires, médicinales et d’agrément.

Le Parc de la Tête d’Or est créé en 1857 ; il comptera pas moins de 250 arbres fruitiers, 450 variétés de vignes et une centaine de blés.

Jusqu’au début du 20e siècle, ces agronomes, botanistes, grainetiers, maraichers de la région lyonnaise ont acclimaté des dizaines d’espèces végétales et sont à l’origine de centaines de variétés différentes de fruits, légumes, céréales et herbes aromatiques qui ont inspiré la cuisine lyonnaise et nourri plusieurs générations :

  • La monstrueuse de Lyon (tomate)
  • La gloire des Charpennes (tomate)
  • Le géant d’Hiver de Montplaisir (épinard)
  • La quenelle de Vaulx-en-Velin (cardon)
  • La Vielle de Lyon (pomme de terre)

  • Le long noir de Caluire (navet)
  • Les 7 Beurres nains des Monts d’Or (haricot)
  • Le quintal de Rillieux (choux)
  • Le doux d’Ampuis (poivron)
  • La bleue de Craponne (pomme de terre)

  • Le prolifique de Trévoux (Le melon)
  • La blonde craquante de Pierre-Bénite (batavia)
  • La belle des Monts d’Or (cerise)
  • La bigarreau Reverchon (cerise)
  • La triomphe de Vienne (poire)

La plupart de ces fruits et légumes anciens ont sombré dans l’oubli. De cette activité florissante où la région lyonnaise fut un grand centre de production de variétés végétales, potagères et florales, il ne reste que des traces.

Présentation de plusieurs variétés de légumes issues des graines rapportées de l’Institut Vavilov de Saint-Pétersbourg – Salle des peintures lors de l’inauguration du 24 septembre 2021

agroécologie

Selon la FAO, l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, 80 % de la ressource génétique cultivée a disparu en 70 ans. Depuis la deuxième guerre mondiale, les semenciers et l’agriculture industrielle n’ont fait que  progresser les rendements ; ils ont spécialisé la génétique et oublié la diversité.

Heureusement, depuis les années 1990 des scientifiques se mobilisent pour la conservation de ces patrimoines végétaux locaux avec des initiatives et des projets comme à Bourg en Bresse, l’antenne de recherche du CNRS « Ressources des terroirs » qui a fermé en 2017 ou à Lyon, le Centre de Ressources de Botanique Appliquée, créé en 2008 et qui a déménagé en 2018 dans la maison des champs du domaine Philibert Melchior à Charly.

 

Une maison des champs réhabilitée

 

À la Renaissance naît dans la campagne lyonnaise la mode des maisons des champs. Ces demeures construites par la bourgeoisie du centre-ville, destinées à se mettre au vert, possédaient des jardins qui étaient la principale source de fruits et légumes de leurs propriétaires.

Aujourd’hui il reste très peu de ces maisons dans la région lyonnaise ; à l’époque, on en comptait entre 150 et 170. La plus connue et plus remarquable est celle du Petit Perron à Pierre-Bénite


Dès le début du 16e siècle, ces maisons édifiées  par de riches bourgeois qui bénéficiaient des échanges marchands et culturels de la vallée du Rhône étaient des lieux d’acclimatation, d’expérimentation botanique et agricole des variétés végétales.

A l’époque, Lyon était une capitale européenne. Les gens venaient de toute l’Europe, notamment les Italiens mais aussi les Espagnols, les Hollandais, les Allemands qui ont introduit, expérimenté et acclimaté de nombreuses espèces dans la région comme le cardon qui provient de l’Italie. L’on peut donc considérer ces maisons des champs comme les ancêtres de l’horticulture lyonnaise qui au 19e siècle sera la seconde ressource économique de la ville de Lyon. Elles sont en partie  à l’origine de la production horticole et de la gastronomie lyonnaise.

Façade Est de la maison de maître donnant sur le jardin

Le Domaine Philibert Melchior  est cité dès le XIVe siècle sous le nom du “clos de la Haye”. En 1691, Melchior Philibert (1645-1725) achète le clos au directeur du séminaire du Puy-en-Velay. Il s’impose rapidement comme banquier marchand, en faisant commerce du change et le négoce des soieries et d’autres tissus. Contribuant au soutien des manufactures et jouant un rôle de mécène pour les hôpitaux lyonnais, il est anobli en 1722. Durant sept années (de 1691 à 1698) Melchior Philibert agrandit le domaine jusqu’à obtenir un triangle de 10 ha. Le domaine devient par la suite la propriété de Jean Thierry, sculpteur de Louis XIV et du roi d’Espagne, puis au XIXe siècle, celle de Jean-Claude Perrachon, fondateur de l’enseigne “Casino” à Saint-Etienne. Madame Rabasse, sa descendante le vend en 1978 à la Mairie de Charly.

Cour d’honneur de la maison de maître – façade Ouest

Le domaine, témoin des modes de vie du XVIIe siècle, a conservé sa “Maison des Champs”, son pavillon élancé agrémenté d’un escalier à volute coiffé d’une citerne, sa tour belvédère à la pointe du domaine, ses serres, son parterre à la française, ses allées boisées, ses vergers, son bois de chêne, ses deux bassins et son étang. En novembre 2003, la qualité de cet ensemble architectural a permis au préfet du Rhône de faire inscrire à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques les éléments du domaine qui ne l’étaient pas encore.

La forme de la maison est inspirée des villas italiennes de la Renaissance. Notamment, on peut encore admirer la salle des peintures : c’est le décorum, la salle des invités. On entre dans ce vestibule par la cour d’honneur et de l’autre côté s’ouvre une grande perspective sur un jardin d’agrément qui offre dans le prolongement de l’allée des marronniers par temps clair une vue sur le Mont-Blanc.

Au mur, les peintures à la détrempe ont été commandées en 1701 au célèbre peintre lyonnais  Daniel Sarrabat

Salle des peintures

Philibert Melchior

Sur l’un des pans est représenté le maître des lieux, Philibert Melchior tenant une lettre de change ; on trouve également sur le coussin de soie, les insignes de son commerce. En face, sont représentés les arts, les sciences. Au plafond, les divinités président.

 

Dans cette maison on peut encore voir l’ancienne bibliothèque de Mme Perrachon, qui accueille aujourd’hui des bureaux de l’équipe du CRBA et abrite notamment une riche collection  de catalogues de grainetiers régionaux.

La bibliothèque de Mme Perrachon actuellement transformée en bureau

Le CRBA s’est engagé dans l’aménagement du parc et des jardins à partir de l’étude historique de sa composition, du temps de sa splendeur, pour retrouver son aspect de la Renaissance :

  • le parterre à la française, pièce maitresse du domaine, à l’époque orné de plantes en pot (orangers, citronniers) sur le modèle des jardins royaux,
  • les allées de marronniers et de tilleuls,
  • le bassin,
  • l’Orangerie, la serre

Le parterre à la française et l’allée des marronniers

Les éléments sculpturaux retirés sont actuellement en cours de restauration.

Le pavillon hydraulique sur sa butte au fond de l’allée des Tilleuls est également bien conservé avec sa noria (sa machine hydraulique utilisée pour l’irrigation munie d’un système de pompage) qui alimentait le jardin en eau. Quant au petit bassin, il sera lui aussi restauré.

Le Pavillon hydraulique

L’Orangerie et sa serre

L’orangerie et la serre vont être entièrement réhabilitées par l’agence d’architecture Vurpas. Ces bâtiments seront reconvertis en bureaux pour le CRBA, côté serre en boutique de vente des fruits et légumes produits sur le domaine et en ateliers pour les accueils pédagogiques.

En descendant l’allée des marronniers, on débouche sur une autre allée dite « allée Perrachon » qui est actuellement en cours de reconstitution ; elle accueillait une collection de mûriers  de vers à soie de plus de 80 variétés. L’allée mène au belvédère à tour polygonale.

L’allée Perrachon menant au belvédère

Historiquement c’était un domaine viticole depuis le 16e siècle. Vers 1870, la vigne sera détruite par le phylloxéra et sera remplacé par des arbres fruitiers, notamment des cerisiers.

Le Centre de Ressources de Botanique Appliquée – CRBA arrive sur le domaine en 2018 ; son implantation sur ce domaine n’est donc pas un hasard et reste très symbolique en prolongeant finalement la tradition de recherche botanique de ces maisons des champs de la Renaissance. Se perpétue ici ainsi une forme de conservation, de recherche et de passion pour notre alimentation.

 

Une ferme expérimentale

Devenant un lieu de recherche et d’expérimentation, le domaine Melchior Philibert  regroupe désormais 4 espaces spécifiques qui mêlent Sciences, Techniques et Culture :

 

Le Centre de Ressources de Botanique Appliquée – CRBA

Le CRBA est une association créée en 2008 sous l’impulsion de la Métropole de Lyon et du département, par Stéphane Crozat, ethnobotaniste et historien des jardins et Sabrina Novak alors chargée de production dans le milieu du spectacle.

A l’époque, Stéphane Crozat venait de publier son ouvrage « Fleurs, fruits, légumes : l’épopée lyonnaise » qui recensait la richesse de l’horticulture de la région où des dizaines de milliers de variétés ont été créées dans la seconde moitié du 19e siècle : la rose de Lyon, la tomate la monstrueuse de Lyon, le poireau bleu de Solaise, le piment et le melon de Bresse, le navet noir de Caluire, etc. Un patrimoine aujourd’hui disparu à 80% faute d’avoir pu s’adapter à l’industrialisation de l’agriculture.

Il participe également à la création de la base Horti-Lyon qui recense plus de 10 000 références textuelles et iconographiques sur le patrimoine horticole lyonnais, dans le cadre du programme de recherche du CNRS “ethno-terroirs” : Fruits, légumes et fleurs du bassin lyonnais : un patrimoine biologique et culturel à connaître et à conserver

Soucieux de retrouver les variétés originaires de la région lyonnaise cet ethnobotaniste passionné  part à leur recherche et découvrira en 2013 l’Institut Vavilov de Saint Pétersbourg.

 

Le CRBA dont il est à la direction est un laboratoire d’idées et d’expérimentation qui a pour mission principale de proposer des réponses inédites aux problématiques contemporaines de la botanique appliquée.  Il développe des programmes de recherches scientifiques et techniques et anime un réseau de conservation.

Initialement au Domaine de Lacroix-Laval,  il déménage en 2018 à Charly dans cette maison des champs où il réinstalle ses conservatoires : collections de graines de légumes, céréales, fleurs, aromatiques et végétaux vivants (arbustes et arbres fruitiers).

« La conservation, c’est l’équivalent d’une bibliothèque, la banque de ressources génétiques », explique Stéphane Crozat, directeur. La démarche du centre est assez unique dans le sens où elle va jusqu’au bout du processus : répertorier ce qui a existé, son mode de culture, comment on s’en servait.

A ce jour, le conservatoire du CRBA compte plus de 4000 variétés de semences.

Depuis son arrivée sur le domaine de Melchior Philibert, l’équipe du CRBA  a doublé et  compte aujourd’hui 12 collaborateurs qui sont botanistes, agronomes, historiennes de l’art, maraichers ; un artiste est également associé et travaille sur un projet scénique.

Equipe du CRBA photographiée lors de l’inauguration du 24 septembre 2021. A gauche, Stéphane Crozat et Sabrina Novak.

Le CRBA travaille également en lien avec d’autres conservatoires, notamment avec celui  d’Alix de Saint-Venant dans les Pays de Loire qui a créé le premier potager conservatoire en France en 2000 à partir des vestiges du potager du domaine de Valmer. A la base de sa collection, le catalogue Vilmorin de 1871, ainsi que des échanges avec des collectionneurs de légumes avant l’heure et depuis quelques temps avec l’Institut Vavilov. Alix est paysagiste et botaniste. Sa collection s’enrichit au fil de ses voyages dans le monde entier à la recherche de  fruits et légumes que l’agroalimentaire a écarté de nos assiettes. Des trouvailles qu’elle teste patiemment dans ses plates-bandes : le potager des 1001 légumes est né. Aujourd’hui, les milliers de graines de variétés rares dorment dans ses congélateurs. C’est grâce à son patient travail de recherche que l’oignon jaune paille de Savoie a été retrouvé et confié au CRBA qui le cultive aujourd’hui dans sa station Vavilov.

Oignons jaunes de Savoie dont les graines ont été données par Alix de de Saint-Venant. Actuellement cultivées sur la Station Vavilov de Charly.

 

« Le collectif Vavilov »

C’est en 2014 que débute véritablement l’histoire d’une coopération internationale scientifique étroite entre le CRBA et l’Institut Vavilov de Saint-Pétersbourg (VIR).

Nikolaï Ivanovitch Vavilov (1887-1943), généticien et botaniste soviétique © ARTE / SUNSET PRESSE / POINT DU JOUR

Le VIR fondé en 1894 est la plus ancienne banque de semences au monde.  Le Bureau de Botanique Appliquée a pris en 1967 le nom d’un de ses plus illustres scientifiques, Nikolaï Ivanovitch Vavilov.

Ancien directeur des lieux jusqu’en 1940, il a consacré sa vie à la constitution d’une gigantesque collection grâce à ses 115 expéditions menées sur les 5 continents entre 1916 et 1940.

L’Institut Vavilov de Saint-Pétersbourg qui abrite aujourd’hui les graines et semences d’environ 325 000 espèces et variétés végétales, dont 270 sont d’origine lyonnaise. Cela fait d’elle la quatrième banque de semences au monde. L’institut russe possède encore onze stations dans lesquelles il observe les caractéristiques d’un grand nombre d’espèces.

L’histoire du combat de Vavilov contre l’agronome Lyssenko, qui finira tragiquement par la mort de Nikolaï Vavilov dans les prisons staliniennes à l’âge de 56 ans est racontée dans ce  documentaire :

Le savant, l’imposteur et Staline: nourrir le peuple / Gulya Mirzoeva, 2017

 

Le projet Vavilov  est le fruit d’un partenariat de 5 ans entre le CRBA, l’entreprise Tarvel (numéro 2 français des entreprises du paysage) devenue Térideal, le fonds de dotation pour la biodiversité De Natura  et la Métropole de Lyon. Cette aventure collective commence avec notamment des expéditions conjointes de recherche de plantes, des expérimentations sur leur culture dans différentes conditions climatiques et des sélections.

Le projet ne se limite pas à la botanique. Il comprend également des aspects urbains, pédagogiques et paysagers. Ainsi, l’Ecole Urbaine de Lyon et l’Institut Michel Serres sont également partenaires scientifiques du projet.

Tous ces acteurs passionnés sont guidés par la philosophie de Vavilov, à savoir, l’attitude envers le patrimoine biologique en tant que patrimoine commun, qui devrait être accessible à tous et travailler pour le bien de la société, sans être privatisé par des entreprises particulières. Les plantes sélectionnées ou séquencées à la station seront données aux agriculteurs de la région pour une utilisation ultérieure à la ferme.

 

La Station d’expérimentation VAVILOV, entre Lyon et Astrakhan

A l’instar des botanistes russes, Stéphane Crozat et son équipe vont implanter leur propre centre d’expérimentation. La Station Vavilov a été inaugurée le 24 septembre dernier pour y expérimenter les propriétés des graines trouvées lors d’expéditions et d’échanges avec l’Institut Vavilov et d’autres banques de graines.

Stéphane Crozat présentant la station Vavilov lors de la visite inaugurale du 24 septembre 2021

La première expédition en 2014 en Russie avait permis de rapporter à Lyon plus de 300 variétés dont les graines sont venues enrichir le conservatoire du CRBA.

Après la Russie, Israël, l’Angleterre et la Pologne, 2020 a permis de tester des variétés issues d’autres expéditions dans le Caucase en 2015 et 2019. « Notre objectif en 2022 c’est l’Arménie » explique Sabrina Novak, la directrice adjointe. « Les amplitudes thermiques sont tellement importantes dans ce pays que l’on devrait y trouver les variétés de demain », celles qui vont résister aux changements climatiques à venir.

Grâce à ses expéditions ce sont actuellement 300 échantillons qui sont testés et sélectionnés à Charly, selon 3 critères :

  • des variétés capables de s’adapter au changement climatique (sécheresse, peu d’arrosage, gel…)
  • des variétés cultivables sans intrants chimiques
  • des variétés aux qualités nutritionnelles supérieures aux variétés actuelles.

Pour chaque variété testée, la procédure suivie est la suivante :

  • niveau 1 : la caractérisation physique
  • niveau 2 : la caractérisation agronomique
  • niveau 3 : la sélection participative auprès des cultivateurs et des consommateurs
  • niveau 4 : la sélection organoleptique (ce que nos sens perçoivent d’une substance : saveur, odeur, aspect et consistance)

Pour analyser les qualités nutritives et organoleptiques  des variétés testées, le CRBA s’est associé avec le CNRS, l’ENS-Inrae et le lycée agricole André Paillot.

Des tests gustatifs sont également menés par des chefs étoilés tels que Christian Têtedoie et Alain Alexanian qui utilisent ces produits dans leurs recettes. Des séances de dégustation participative sont proposées également au public.

La station Vavilov a été installée sur le terrain avec des structures provisoires car il n’est pas possible d’installer des serres dans ce domaine classé ; actuellement ce sont 12 cages anti-insectes, soit la moitié de la surface prévue pour cette station. Dans chaque cage sont testées environ 15 variétés par an.

Les cages anti-moustiques – structures légères et esthétiques de la station Vavilov

Les végétaux expérimentés sont ensuite produits dans le potager installé en contre-bas de la station depuis 2020 et qui a vocation à produire des semences en quantité. Ces semences sont destinées à être distribuées à une dizaine d’agriculteurs partenaires qui les testent en plein champ. C’est le cas du maraicher Vincent Galliot à Collonges au Mont d’Or qui travaille de concert avec Christian Têtedoie .

Jardin potager en contre-bas de la station Vavilov

Cette ferme semencière pilote doit permettre de produire à  plus grande échelle des graines bio et résilientes pour la production locale et  de distribuer ainsi gratuitement aux agriculteurs des semences bio et résilientes pour retrouver ces fruits et légumes demain dans les cantines et sur les marchés locaux.

De la graine à la distribution en circuit court, l’objectif pour la métropole de de Lyon est « de renforcer l’autonomie alimentaire des grands Lyonnais, qui n’est que de 5 % (95 % de leur consommation est importée, générant en outre 1,2 million de tonnes de CO2), de lutter contre la précarité alimentaire et de créer une dynamique pour le bio et le local, notamment via la commande publique ».

 

Des jardins Vavilov connectés pédagogiques

Par ailleurs, le projet du Collectif Vavilov a également lancé l’ouverture en France d’une série de jardins Vavilov connectés pour étendre ses recherches et étudier le comportement des semences cultivées dans divers environnements. Lancées dans différentes villes de France, ces jardins sont aussi destinés à sensibiliser le grand public aux enjeux de la biodiversité.  Le premier jardin conservatoire avait été inauguré en 2016 sur le site du siège du groupe Seb à Ecully.

Il existe déjà cinq jardins de ce type en France. Ces jardins atypiques sont structurés autour de trois espaces regroupant trois collections complémentaires :

  • La collection locale qui illustre les problématiques d’un territoire avec des variétés menacées ou retrouvées
  • La collection sauvage, permettant de découvrir les ancêtres de nos variétés actuelles
  • La collection russe avec une diversité de variétés collectées par l’Institut Vavilov depuis 130 ans.

La création de ce réseau de jardins conservatoires permet de multiplier les variétés anciennes et de pouvoir les ressemer pour mieux les conserver in-situ, directement dans leur environnement naturel, sans avoir à utiliser des frigos avec des températures à – 18 degrés pour pouvoir conserver ex-situ des graines pendant 50 ans.

Financée pour débuter à hauteur de 200 000€ dont 50% par la Métropole de Lyon, les fonds propres du CRBA et du mécénat privé, le domaine  Melchior comprend également un centre de documentation, une pépinière et une boutique. Elle sera ouverte au public avec une mission pédagogique à destination des scolaires et des jardiniers invités à se lancer dans la reproduction de variétés. Les graines seront distribuées gratuitement avec une formation spécifique permettant de les utiliser au mieux.

Séance pédagogique avec un groupe d’élèves

Depuis cette année, le CRBA a également initié un programme pédagogique à destination des élèves de 3e cycle : « Ça pousse à Melchior »
Elaboré par Sabrina Novak du CRBA, ce projet en lien avec l’Education Nationale fait appel également à la participation d’un cuisinier, d’un maraicher et de l’association Arthropologia. C’est un programme qui a des objectifs à la fois numériques et  disciplinaires : c’est à la fois une classe culturelle numérique qui utilise la plate-forme Erasme et qui expérimente la biodiversité et les cultures sur le terrain. A ce jour, 10 classes de CM2 et 6e de la métropole de Lyon participent à ce projet transversal alliant histoire, biologie, SVT ; un programme sur 2 ans pour transmettre savoir et savoir-faire associés.

 

Une exposition des photographies de Mario del Curto : “Voyage vers”

L’Institut Vavilov de Saint Pétersbourg  auquel  le photographe suisse Mario del Curto a consacré un livre en 2017, Les graines du monde, a été la première étape de la série sur les jardins utopiques qui se poursuit avec l’exposition Humanité végétale.

Une série de photographies du reportage  sur le travail de l’Institut Vavilov et de ses collaborateurs dans les différentes stations est présentée dans le jardin du domaine Philibert Melchior.

Tests de germination à l’Institut Vavilov

Station d’expérimentation de Pouchkine au Sud de Saint Pétersbourg. Plantation pour régénération d’une collection

Station expérimentale de Krimsk. Evaluation de la résistance au mildiou d’une nouvelle variété de courgette

Conclusion

Face aux enjeux mondiaux que nous connaissons, qui sont tout à la fois patrimoniaux, environnementaux, climatiques, alimentaires et sanitaires, ce lieu de recherche et d’expérimentation qui a vu le jour depuis 2018 dans le Rhône au Sud  de Lyon vient répondre à l’urgence d’agir comme l’a dit Stéphane Crozat du CRBA lors de l’inauguration de la station Vavilov le 24 septembre dernier : « Il faut s’y mettre tous ensemble ; nous avons 10 à 15 ans devant nous pour relever le défi ».  L’enjeu, c’est l’autonomie alimentaire des populations. Que la métropole de Lyon soit capable de faire face aux changements climatiques.

Suite au développement de cette première phase de la ferme semencière qui a été accompagné en 2020 et en 2021 par deux subventions de 45 000 euros et 31 200 euros, la Métropole de Lyon souhaite aujourd’hui encourager le développement d’un réseau de fermes semencières sur son territoire, de façon à produire localement et en quantité des variétés adaptées au changement climatique. Propriétaire d’une maison avec 2 000m² de vergers sur le plateau agricole des étangs à Charly, la Métropole souhaite maintenir une activité agricole.

Cette maison présente un rez-de-chaussée pouvant aisément être transformé en local de stockage de semences. Le terrain occupé par le verger pourrait servir pour la production de semences. La Métropole de Lyon a lancé un appel à candidature pour l’exploitation de cette maison et de ce terrain. Le jury de sélection devait se réunir mi-septembre. Le développement d’un réseau de fermes semencières permettra de produire des quantités plus importantes de semences. Un travail d’enquête auprès de producteurs de fruits, légumes et céréales va être mené pour définir les variétés dont les producteurs auraient besoin.

 

Sources & Références bibliographiques

Ouvrages

Bandes-dessinées

Sur Lyon, Sandrine Boucher est journaliste indépendante spécialisée dans les questions d’environnement et Matthieu Ferrand est illustrateur et dessinateur formé à Emile Cohl où il est aujourd’hui enseignant ; ils se sont associés pour ces multiples projets éditoriaux autour de l’écologie qu’ils présentent sur le site La folle histoire des plantes

Films

Revues 

Articles

 

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