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Contre le développement personnel

Thierry Jobart

Pensée magique et tyrannie du bonheur

Ce court essai d’à peine 100 pages parvient à traiter de manière efficace, documentée (nombreuses références philosophiques, sociologiques) et souvent même drôle, le développement personnel (ou DP) et ses dérives.

L’auteur, libraire spécialiste des sciences humaines, démontre de façon implacable le côté pervers du développement personnel et ses pratiques associées (psychologie positive, coaching divers et variés) qui sous couvert de vouloir rendre l’homme plus heureux et plus libre le rend au contraire plus prêt à la “servitude volontaire”.

Pensée magique et tyrannie du bonheur

Ces pratiques et croyances pseudo sérieuses qui se développement de façon exponentielle (il suffit de regarder les rayons “bien être” des librairies pour s’en rendre compte) mettent l’homme et l’individualité au centre et nient les questions sociales et collectives, allant même selon l’auteur jusqu’à être au service du néolibéralisme. L’objectif caché du Développement personnel est de rendre l’homme plus enclin à s’adapter en permanence et à le rendre responsable de son état sans prendre en compte les réalités politiques, socio économiques qui l’entourent.

“Le DP n’est que la face avenante et souriante d’un large mouvement d’autocontrôle et d’autoexploitation. La mondialisation laisse les individus désorientés. Tout change, tout doit changer, et ceux qui ne changent pas seront mis sur la touche. Or le changement ne se décrète pas.”

Développement personnel et management

Un long chapitre est dédié au monde du travail et au management et sur la pression qui est faite sur les employés de devoir monter en compétence, de devenir le meilleur de soi même, mais surtout de devenir toujours plus adaptable. Les mots clés sont compétences, savoir-être, soft skills, etc. Tous ces termes qui viennent redéfinir notre rapport au travail, nous faire envisager sous un autre angle l’atteinte et la réalisation des sacro-saints objectifs, qui passent d’une responsabilité collective à individuelle là encore.

“Le management traditionnel dominait, commandait, ordonnait. Le nouveau management convainc, séduit, entraîne. Prenons cette pratique qui consiste à reformuler les objectifs fixés afin de se les approprier (vieux tour de passe-passe tiré de la PNL). Il ne s’agit plus d’exécuter, plus ou moins bien, une tâche, mais de s’investir, c’est-à-dire, au sens propre, «investir soi» dans un projet. (…). Et parce que les projets se succèdent les uns aux autres, et parce que le changement, c’est tout le temps, cela maintient dans une forme de retour en arrière permanent, au contraire de l’ancien modèle qui, lui au moins, pérennisait l’accumulation cognitive et l’expérience. Comme l’écrit le sociologue Vincent de Gaulejac, «en acceptant de jouer le jeu, les employés sont pris, malgré eux, dans une construction procédurale qui les assujettit à un pouvoir normalisateur auquel [ils adhèrent] d’autant plus facilement qu’ils sont sollicités pour contribuer à l’élaboration de ces normes». Conduire les autres à forger leurs propres chaines, quel dictateur n’en a pas rêvé? C’est de l’aliénation au carré en somme”

Ce livre clairement à contre courant de la pensée unique autour des bienfaits du développement personnel permet de s’interroger sur le modèle sociétal qui se transforme à travers l’avènement de ces nouvelles pratiques.

 

Pour approfondir

 

 

 

Voir dans le catalogue de la BML

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