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Chloë and the next 20th century

Father John Misty

Après 4 ans de silence, Father John Misty revient en pleine forme pour nous offrir un cinquième album original, à la plume satirique et dans une ambiance Broadway. Un album plein de talent, de beauté et de richesse, d’un artiste en perpétuelle métamorphose.

Mais qui est ce Father John Misty ? C’est un personnage fictif (ou rêvé ?), un double arrogant et cynique, créé par le musicien américain Joshua Tillman comme une représentation exagérée de lui-même. Cet alter ego lui a permis de sortir des cadres de l’indie pop pour s’ouvrir à un folk-rock baroque, ambiance années 70. Son look élégant, ses mélodies sinueuses et romantiques, sa voix de crooner et ses paroles pleines d’esprit, donnent à Father John Misty une fraîcheur bienvenue, et font de Josh Tillman un auteur-compositeur-interprète à part.

Father John Misty

S’éloignant de ces albums précédents, l’artiste nous fait ici voyager dans le temps. Chloë and the next 20th century est un album évoquant autant l’âge d’or du cinéma d’Hollywood que les comédies musicales de Broadway. Il s’agit d’une version imaginée d’une époque passée, celle du milieu du siècle dernier, où se côtoient bossa-nova et folk vintage, ballades country et chansons jazzy, dans un mélange onirique et intemporel. Piano, cuivres et cordes se mêlent pour former des orchestrations de toute beauté. On y ressent, avec toute l’intensité théâtrale de Father John Misty, une nostalgie pour une époque de faste et de frasques. Pourtant, malgré ce virage rétro surprenant, Tillman ne déroge pas à son style. On y retrouve la mélancolie et l’amertume, semblable au souvenir idéalisé d’un amour perdu.

Deux univers reviennent régulièrement lorsque que l’on évoque Father John Misty : le cinéma et le rêve. Et c’est exactement ce à quoi fait penser cet album. Mais s’agit-il du rêve d’un film ou du film d’un rêve ? Car il pourrait y avoir un scénario dans ce disque, qui court de la première chanson, « Chloë », à la dernière, « The Next 20th Century » ; ou bien serait-ce l’inverse ? Car rien dans cet album n’aboutit là où on s’y attend. On n’y trouve pas de fil conducteur clair, l’histoire est pleine de sous-entendus, de questions sans réponse et d’arcs narratifs non clos. Le tout semble sortir de l’imagination en roue libre d’un cerveau en sommeil.

Après avoir mis en scène dans ses précédents albums sa vie amoureuse, ses angoisses et ses démons, Tillman ne se place plus lui-même au centre de ses textes. Il se transporte dans un monde différent, dégageant l’aura d’irréalité d’un rêve absurde et glamour. Le narrateur semble poursuivre l’image d’un idéal féminin au travers des personnages excentriques et dissolus de cet album. On y sent l’intemporalité des chansons d’amour, oui, mais il s’agit là d’amour tragique. Les morts se succèdent, les amours se conjuguent au passé, ou n’ont même jamais existé.
La critique de la société moderne et de son absurdité est toujours présente, bien que moins ouvertement que dans les précédents albums. L’auteur questionne le sens de l’existence, la relation entre l’art et le commerce, dans une ambiance rétro mais le tout teinté de références actuelles pour une double lecture humoristique.

Mais faut-il vraiment aller chercher une profondeur cachée derrière ces textes ? Essayer d’y trouver un sens sous plusieurs couches d’ironie et de complexité ? Ou bien ne s’agit-il que d’histoires vaporeuses sans rien de solide, ancrées dans la logique d’un rêve plus que dans la structure d’un scénario ? Libre à chacun d’y voir ce qu’il y trouve.

Pour les abonnés de la bibliothèque, l’album peut être écouter sur diMusic.

Voir dans le catalogue de la BML

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