Une histoire à contresens

- M&S

Une instruction générale interministérielle revient sur  l’accès aux archives nationales et limite un peu plus leur communicabilité. Archivistes et historiens se mobilisent depuis plus d’un an, et un nouveau recours à ce que l’on nomme l’IGI 1300, vient d’être déposé en cour d’appel, le 17 janvier 2021.

En effet, sans évoquer une volonté de cacher des pages sombres de l’histoire contemporaine française, l’IGI 1300 dénote d’une nouvelle politique, à vrai dire assez kafkaïenne, de la gestion des archives.

 

Mais que nous dit donc cette instruction ?

Depuis la loi du 3 janvier 1979, le droit archivistique en France permet la communicabilité de la plupart des archives publiques via une demande de dérogation effectuée par une personne habilitée à effectuer des recherches.

Or cette nouvelle instruction comme le déplore l‘ association des archivistes de France « conduit à subor­don­ner toute com­mu­ni­ca­tion de docu­ments anté­rieurs à 1970 et por­tant un tampon « secret » à une pro­cé­dure admi­nis­tra­tive dite de « déclas­si­fi­ca­tion »… Se trouve ainsi bloqué pen­dant des mois, et par­fois des années, l’accès à ces docu­ments et entra­vés des tra­vaux por­tant sur cer­tains des épisodes les plus sen­si­bles de notre passé récent, qu’il s’agisse des pério­des de l’Occupation ou des guer­res colo­nia­les ».

Ce qui signifie donc que chaque document portant un tampon « secret » devra être soumis à une procédure forcément longue de déclassification avant de pouvoir être consulté par la personne qui en a fait la demande..et qu’ un sérieux frein est ainsi mis à de nombreuses recherches en cours comme le soulignait déjà, en février 2020, un collectif d’historiens (dans lequel on retrouve entre autres Annette Wieviorka, Fabrice Virgili ou Julian Jackson).

 

Enfin comme le déplore Maurice Vaïsse dans un très recommandable podcast de Paroles d’histoire sur le sujet : avec des archives de plus en plus difficilement communicables, certaines publications de référence publiées il y quelques années, ne pourraient plus l’être aujourd’hui !

On pense évidemment aux essais sur les années d’Occupation en France et aux travaux de Robert Paxton ou à ceux de Raphaëlle Branche sur la guerre d’Algérie.

Du contresens au non-sens, il n’y a qu’un pas dirons-nous…

 

A lire aussi :

« Nous dénonçons une restriction sans précédent de l’accès aux archives contemporaines de la nation »  (article paru dans Le Monde le 13 février 2020)

 

 

 

 

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