Les zones d’ombre du rapport Duclert

- Département Civilisation

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Mémorial en hommage aux victimes du génocide des tutsis au cimétière du Père-Lachaise

La « Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994) », regroupant des historiens, nommée par Emmanuel Macron en avril 2019 et présidée par Vincent Duclert, a remis le 26 mars 2021, son rapport sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en avril 1994.

Long de 992 pages, basé sur des milliers de documents, il a conclu à des « responsabilités lourdes et accablantes » pour la France et à « un aveuglement continu dans son soutien à un régime raciste, corrompu et violent », mais il exclut l’idée de complicité dans le sens où elle n’aurait pas « partagé l’intention génocidaire ».

S’il a le mérite de reconnaître certains faits et de stopper le déni de toute responsabilité française dans les événements, le rapport semble avoir cependant des limites, biais ou lacunes. En voici quelques un-es que nous avons glané-es au fil des articles parus :

Si le président Macron semble voir dans ce rapport un moyen de mettre un point final à la polémique, d’en « finir avec le modèle colonial de la diplomatie française en Afrique », et ainsi de renouer des liens avec le Rwanda et son président, d’autres voix expriment l’idée que ce rapport n’est qu’un début. Il pourrait permettre de relancer des enquêtes judiciaires, d’approfondir les recherches sur le génocide et sur le rôle de la France, et de continuer à interroger la politique africaine française… Stéphane Audouin-Rouzeau qui avait été écarté de la commission, évoque une « brèche extrêmement importante dans ce que j’appelle le déni français », dont il espère qu’elle ne se refermera pas.

Comment le président va-t-il se saisir de ce rapport, et quels seront les effets en terme de justice et d’impunité, en terme de démocratie dans la gestion des affaires diplomatiques françaises ? Une autre actualité africaine au Tchad ou au Mali semble relativiser ce que Vincent Duclert dit lorsqu’il analyse l’action de la France au Rwanda en 1994 comme sa « dernière bataille impériale»…

Enfin, ce rapport est à la croisée d’enjeux mémoriaux, historiographiques et politiques internationaux si forts, que s’il veut s’écarter d’une pensée négationniste, il laisse encore bien des zones d’ombre, qui donnent la place à des interprétations et discours qui eux le sont et trouvent leur place parfois au cœur même de l’État.

Pour lire le rapport : La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (1990-1994)

Sources :

Rwanda : qu’apporte le rapport Duclert à la connaissance du génocide des Tutsi ?, France Culture

Génocide au Rwanda : le rapport Duclert ne livre qu’une part de vérité, Jeune Afrique

Rapport Duclert sur le génocide rwandais : « responsabilités lourdes et accablantes » de la France sur France 24

Le rapport Duclert, une étape importante dans la normalisation entre la France et le Rwanda, RFI

Le rapport Duclerc, pour quoi faire ?, article de Survie disponible sur le blog de Médiapart

Génocide au Rwanda: la France responsable mais pas complice, Libération

La sélection du Monde d’articles sur le génocide au Rwanda et les suites du rapport Duclert

Le communiqué de l’association Ibuka (en français «Souviens- toi, Mémoire et Justice»)

Ici, nos collections sur le sujet.

 

 

 

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