Implant cérébral, un coup de bluff ?

- par Sabine Bachut

Elon Musk a présenté récemment un nouveau prototype de sa technologie d’implant cérébral. Ce dernier a été testé sur des truies pour permettre de lire leur activité cérébrale lorsqu’elles se déplacent, mangent… Un implant de la taille d’une pièce de monnaie a été insérée dans leur crâne, il projette environ 1000 fibres porteuses d’électrodes d’enregistrement et de stimulation, avec une batterie rechargeable de l’extérieur. L’implant aurait pour but d’assister les personnes soufrant de paraplégie ou de tétraplégie, pour les aider à écrire ou contrôler un ordinateur « par la pensée ».

Mais cette l’observation et l’enregistrement de l’activité neuronale grâce à un implant cérébral n’a rien de nouveau, de nombreux groupes de recherche l’ont déjà utilisée auparavant. De plus, aucune interprétation de l’activité cérébrale enregistré par l’implant d’Elon Musk n’a été proposée lors de la présentation. Or, l’intérêt est justement d’extraire du sens de ses enregistrements pour pouvoir ensuite le traduire en code compréhensible par une machine et applicable à des humains

Cela explique les doutes qui entourent le projet d’Elon Musk. Des doutes décryptés dans un article de l’INSERM : Des implants miniatures dans le cerveau pour rétablir la motricité, vraiment ?

« L’objectif des interfaces cerveau-machine

Les implants cérébraux sont développés pour assurer une liaison directe entre le cerveau et un ordinateur, afin que les individus puissent effectuer des tâches sans passer par l’action des nerfs périphériques et des muscles. L’objectif est de permettre à des personnes souffrant de certains handicaps moteurs, notamment de tétraplégie, de retrouver une certaine autonomie.

Concrètement, ces patients pourraient imaginer effectuer un mouvement, générant ainsi une activité cérébrale caractéristique et mesurable à l’aide ces implants. Ces signaux pourraient ensuite être transmis à un ordinateur afin de les analyser et de les transformer en commande pour une machine ayant une utilité pour le patient (par exemple une prothèse ou un exosquelette, mais également un implant rétinien ou encore un logiciel de voix artificielle…). De fait, Neuralink souhaite que son dispositif puisse aboutir à une solution durable pour les personnes souffrant de handicaps moteurs ou de maladies neurologiques. 

Néanmoins, les données présentées par Elon Musk suggèrent que son équipe n’est guère plus avancée que d’autres groupes pour atteindre ce résultat, d’autant que l’affirmation que l’implant a pu être retiré en toute sûreté du cerveau de l’un des animaux n’est pas étayée. Si le milliardaire aimerait prochainement lancer des tests chez l’humain, la transposabilité de résultats obtenus chez le porc n’est pas non plus assurée.

L’annonce de Neuralink s’inscrit néanmoins dans un contexte de recherche très dynamique portant sur les interfaces cerveau-machine. De nombreux progrès ont été réalisés ces dernières années, grâce à des innovations développées et testées très rigoureusement et progressivement au cours de la dernière décennie et à des travaux sur un nombre restreint de patients pour prouver l’intérêt de certains dispositifs avant de les tester plus massivement.

En 2013, une équipe américaine à l’université de Pittsburgh a ainsi franchi une étape importante, en apportant une « preuve de concept » qu’un dispositif implanté à la surface du cerveau permettait de guider un bras robotisé. A la même période, un autre groupe aux Etats-Unis montrait l’intérêt des implants profond miniaturisés. Plus récemment, des implants de surface ont été utilisés pour commander un exosquelette chez deux patients tétraplégiques, sans leur permettre néanmoins de pouvoir remarcher.« 

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