Des jardins de mots

- Modifié le 24/06/2020 par Yôzô-san

L’été arrivé nous retrouvons les jardins, leurs allées bordées de hêtres, leurs parterres colorés et leurs parfums entêtant. Après en avoir été privés pendant deux mois, nous redécouvrons le plaisir de ce contact avec la nature. Un contact aussi simple qu’il est primordial pour l’homme si l’on en croit la façon dont certains écrivains nous dépeignent les jardins. Petit tour d’horizon des plus beaux jardins littéraires contemporains.


pictureRosa Candida, le jardin comme filiation

Tout commence par un accident de voiture. Celui d’une épouse et mère de famille qui, prisonnière de la carlingue de son automobile, laisse un ultime message téléphonique à son fils lui demandant de chérir le jardin dans lequel ils ont passé tant de temps et les roses dont elle était si fière. Quand celui-ci quitte son île natale pour suivre sa voie et fonder sa propre famille, il emporte avec lui quelques boutures de rosa candida, ces roses à huit pétales que cultivait sa mère. Arrivé sur le continent, il offre ses talents de jardinier à un moine, lui proposant de faire renaître la roseraie et le jardin monastique depuis longtemps disparus. Au gré des pages et des saisons, le jardin prend forme, les boutures s’enracinent, le souvenir de cette mère trouve un nouvel écrin à l’ombre du monastère, et une nouvelle famille éclot. Sous la plume délicate de l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir le jardin a une valeur de véritable terreau familial. Les roses sont autant de souvenirs que l’on repique et qui permettent à chacun d’atteindre à l’immortalité. Un roman délicat et intemporel à l’image des fleurs qui s’y épanouissent.

 

Vie, mort et métamorphose au jardinpicture

Avec Ce que je n’ai pas encore dit à mon jardin, Pia Pera signe une œuvre autobiographique bouleversante. Atteinte d’une maladie neurodégénérative, l’auteure passionnée de botanique se retire dans son jardin de Toscane pour y passer ses dernières années. Là, elle s’abîme dans la contemplation de cet espace qu’elle a dessiné et conçu au fil des ans. De jardinière affairée, avec la progression de sa maladie, elle se fait bientôt plante, son corps voué à l’immobilité. Dans ce jardin, elle observe les saisons, la vie, la mort et la renaissance des différentes espèces qui peuplent cet espace hors du monde. Elle y trouve l’apaisement, y découvre une nouvelle forme de beauté et une communion avec la vie plus profonde que ce qu’elle avait jamais éprouvé. Ce que je n’ai pas encore dit à mon jardin est une œuvre poétique forte sans aucun pathos dans laquelle on assiste à la métamorphose finale de l’auteure qui, par le biais de son jardin, parvient à transmuer la maladie et à faire la paix avec la mort.

 

pictureLe nouvel Éden

Ces dernières années un autre auteur s’est illustré dans cette veine : Umberto Pasti. Féru d’écologie, le romancier et traducteur a travaillé toute sa vie durant sur un projet pour le moins ambitieux : créer un nouveau jardin d’Éden. L’idée lui est venu lorsqu’au cours d’un voyage il est tombé amoureux d’un petit village du nord du Maroc appelé Rohuna. Découvrant des paysages et une végétation sur lesquels la modernisation n’a encore eu que peu de prise, il fait le vœu de se battre pour leur préservation. Il va donc tout mettre en œuvre pour faire de Rohuna un immense jardin garant de la diversité végétale du Maroc et de la sauvegarde des espèces. Dans Perdu au Paradis, cet engagement écologique se fait roman et nous conte l’histoire de ce jardin atypique.


Lieu de recueillement et toujours d’émerveillement, le jardin reste encore aujourd’hui une source d’inspiration pour les écrivains. Par lui une connexion avec une autre temporalité se fait, un lien avec les générations passées et futures, un contact avec l’infiniment grand.  Aujourd’hui fragilisés, rongés par le béton et le verre, ces espaces semblent avoir trouvés refuge dans la littérature. Avec la minéralisation des territoires, qui sait, peut-être dans quelques années verra-t’on fleurir des romans dans lesquels les auteurs nous parleront de la joie éprouvée devant les premières courgettes de leurs carrés potager.

En attendant, remettons en nous aux sages paroles de Cicéron qui déclarait : « Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut », et allons profiter de ces écrins de verdure un livre à la main.

 

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