Catherine Deneuve, le PSG et Jürgen Habermas : le soft power à la façon des pays du Golfe

- Benoît S.

« L’Egypte écrit, le Liban imprime, l’Irak lit ». Voici un adage qui a structuré culturellement le Moyen-Orient jusqu’aux années 1980. Mais, l’impérialisme occidental doublé de tensions politiques a eu raison de l’ « ancien » monde.

Désormais, le centre du monde arabe s’est déplacé sur la péninsule arabique.  En effet, les pétromonarchies du Golfe mènent une politique de soft power acharnée pour gagner la bataille des opinions. Le Qatar est ainsi propriétaire du PSG et peut se targuer d’organiser un évènement planétaire, sans équivalent, dans quelques mois. Même l’Arabie Saoudite présente depuis peu un Festival de la mer Rouge, dont la première édition avait pour invités Catherine Deneuve, Gaspar Noé ou encore Thierry Frémeaux.   Mais la plus grande rivalité, se situe au sein des Emirats Arabes Unis, fédération comprenant 7 entités, entre Abu Dhabi et Dubaï. Le politologue Alexandre Kazerouni nous éclaire sur cet antagonisme dans Le Monde :

Le Louvre Abu Dhabi a pour objectif de reprendre à Dubaï la part régalienne de la culture, de rappeler que la capitale du pays, c’est Abou Dhabi. Depuis la création des EAU, en 1971, Abou Dhabi, qui dispose de l’essentiel des réserves de pétrole, cherche à inféoder les six autres émirats. Cette dynamique aurait dû s’accélérer dans les années 1980, lorsque les gisements de pétrole de Dubaï sont arrivés à épuisement. Mais les sanctions imposées à Téhéran après la révolution islamique de 1979 ont transformé cet émirat en port de substitution de l’Iran. Avec l’argent qu’il a tiré de l’activité de ré-exportation, Dubaï a acquis une autonomie financière, qui lui a permis d’investir dans une multitude de projets à grande visibilité et de voir naître sur son sol un marché de l’art, des galeries, etc.  [L’article du Monde]

La littérature n’échappe pas à cette stratégie puisque Abu Dhabi organise le prix littéraire Cheikh Zaied.  Le festival récompense (plutôt bien) « les écrivains et les éditeurs exceptionnels contribuant à l’enrichissement de la culture arabe ». Les dotations peuvent ainsi atteindre quelques centaines de milliers d’euros pour chaque prix. Il est intéressant de noter à ce sujet que les lauréats sont souvent des femmes. Ce qui n’est pas sans interroger dans un pays très répressif en matière de libertés individuelles et, tout particulièrement, à l’égard des droits des femmes. Le philosophe Jürgen Habermas avait ainsi refusé son prix de “Personnalité culturelle de l’année”, l’an passé.

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.