Danse

Tous gaga d’Ohad Naharin

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 06/07/2020 par Hélèna D.

Pendant le confinement, Arte a retransmis le spectacle Last Work du chorégraphe israélien Ohad Naharin, directeur de la Batsheva Dance Company. Sa méthode d'entraînement "gaga" permet à ses danseurs d'acquérir une maîtrise exceptionnelle de leurs corps. Il nous livre des œuvres d'une rare beauté, puissantes et engagées.

Last Work / chorégraphie d
Last Work / chorégraphie d'Ohad Naharin / 2015 © Gadi Dagon

Batsheva Dance Company

La Batsheva Dance Company est basée à Tel Aviv, en Israël. Créée en 1964 par la baronne Bethsabée (Batsheva) de Rothschild, la compagnie est alors dirigée artistiquement par la chorégraphe américaine Martha Graham.
Ensuite, avec différents directeurs artistiques, la compagnie s’enrichit d’un répertoire varié grâce à d’importants chorégraphes internationaux.

Ohad Naharin

Né en 1952, Ohad Naharin, rejoint la troupe de la compagnie Batsheva en tant que danseur en 1974. Puis il en prend la direction en 1990 après sa formation à New York.
Ayant appris la musique, il collabore souvent aux trames musicales de ses spectacles. Ses œuvres ont été mises aux répertoires des plus grandes compagnies. Une des créations préférée du public, date de 1998, et est intitulée Echad Mi Yodea.

Grâce à sa signature chorégraphique unique et à son langage gestuel révolutionnaire, la compagnie israélienne est une des plus recherchées dans le monde de la danse contemporaine.

La méthode Gaga

Ohad Naharin a développé un langage chorégraphique très particulier : le Gaga. Il est utilisé quotidiennement par les danseurs de la compagnie comme base de leur entraînement. Il est pratiqué sans utilisation de miroir et ne contient pas de mouvements ou de séries de pas spécifiques à reproduire, ni de séquences à répéter. Cette méthode, amène le corps à être plus attentif et réactif à l’espace et aux autres.

« Gaga est une nouvelle forme d’acquisition de connaissance et de conscience à travers le corps. Gaga est une nouvelle voie d’apprentissage et de renforcement de l’organisme, ajoutant flexibilité, endurance et agilité tout en libérant les sens et l’imagination …/… Gaga encourage le mouvement instinctif, relie les mouvements conscients et subconscients. » (Ohad Naharin)

Elle permet aux danseurs une maîtrise exceptionnelle de leur corps. Ils apprennent à libérer toute leur énergie sur scène. Cette technique leur permet également d’amener leur personnalité et leur individualité sur scène. D’autant plus que dans cette compagnie, les danseurs sont activement sollicités à travers tout le processus créatif.

Last Work

« Physicalité » absolue et animale des danseurs

Le spectacle Last Work est en tournée internationale depuis 2015. Créé pour 18 danseurs, il est énergique et assez énigmatique. C’est une œuvre aussi déstabilisante qu’envoûtante. Quand on commence à la regarder, on ne peut plus s’arrêter. On reste happé…
On est tout de suite impressionné par l’extraordinaire performance des danseurs. Ils déploient leurs corps jusqu’aux limites de l’envisageable avec une apparence de facilité déconcertante.

La gestuelle est curieuse et inattendue. La danse est dépouillée de tout artifice et tout semble faire sens. Il y a quelque chose d’animal dans ce spectacle. Les danseurs sautent par exemple comme des insectes. D’autres répètent compulsivement des mouvements, comme s’ils n’étaient plus humains, mais des pantins ou des robots. Il y a des passages où la danse semble enrayée. Cela s’emballe, cela disjoncte et le danseur ne semble plus maîtriser son corps. Comme si la guerre, la violence, peut-être le fanatisme, rendaient les hommes fous…

La danse comme lutte, comme résistance

On retrouve les thèmes chers du chorégraphe : l’humain dans la société, l’influence des cultures et son engagement politique. L’accompagnement musical est surprenant par son éclectisme. De berceuses chantées a capella à la musique électronique, le chorégraphe exprime les tensions de son pays. On sent qu’il est question de guerre, de religion, de liberté d’expression…

A la fin du spectacle, la scène devient une toile d’araignée, faite de morceaux de scotch tendus, qui emprisonne les danseurs. A l’image d’une société dans laquelle on se sent coincés, asphyxiés par la guerre. Ohad Naharin nous amène donc à réfléchir sur sur la guerre, la résistance à l’oppression, la violence dans le monde…
Pour le chorégraphe, il est important de toucher le public par la danse car « la danse peut changer la vie. Pas avec des grandes idées, pas avec des révolutions, simplement des atmosphères qui touchent les êtres au plus profond d’eux. » (O.N.)

Entre animalité et délicatesse, la sensualité explosive des créations d’Ohad Naharin plonge le spectateur dans des émotions fortes et contradictoires.

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