Pédophilie dans l’Eglise : un crime, pas un péché

- par Département Civilisation

Le 7 janvier a commencé le procès du primat des Gaules, Philippe Barbarin, pour non-dénonciation d’acte pédophile, procès intenté par les membres de l’association La parole libérée, victimes du père Preynat, dont le procès aura lieu ultérieurement. Bien qu’il n’ait pas été en poste au moment des faits il est reproché à l’archevêque de Lyon de ne pas avoir saisi la justice, dès lors qu’il avait eu connaissance des faits. En définitive, c’est plus le procès du silence de l’Eglise catholique elle-même que celui de son représentant qui se tient en ce début janvier 2019.

Saturne dévorant son fils par Rubens
Saturne dévorant son fils par Rubens

On sait désormais que ce fléau n’est pas une spécificité française. Après les Etats-Unis, l’Irlande, le Chili, l’Allemagne a pu découvrir l’ampleur des abus sexuels dans son Eglise grâce au rapport publié en septembre 2018.

En janvier 2014 le Vatican avait déjà révélé que 400 prêtres avaient été défroqués au cours du pontificat de Benoît XVI pour des faits similaires, pudiquement désignés par l’expression « manquement au sixième commandement » du Décalogue (adultère, chasteté) dans le Code de droit Canonique.

Au Vatican ce sont des membres de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui sont chargés d’enquêter sur les « Delicta Graviora », les crimes que l’Eglise considère comme les plus graves, ceux commis contre l’eucharistie ou le secret de la confession, ou bien des viols sur mineurs de la part du clergé.

Si le Motu Proprio de 2001 a introduit pour les crimes graves une prescription de dix ans (pour les délits sexuels, la décennie commence au dix-huitième anniversaire de la victime) , « la pratique a montré que cette prescription décennale n’est pas adaptée à ce type d’affaires. Il serait bon d’en revenir au système précédent fixant l’imprescriptibilité de ces « Delicta Graviora  ». (Entretien avec Mgr Charles J. Scicluna sur le site du Vatican).

Les évêques prenant généralement connaissance des crimes commis par leurs prêtres hors confession, ils sont tenus de recourir à l’autorité judiciaire. C’est d’ailleurs ce qui leur est demandé dans la brochure de la Conférence des évêques de France, Lutter contre la pédophilie , rééditée en 2017.

Outre les témoignages des victimes de prêtres pédophiles comme celui de Daniel Pittet, Mon père, je vous pardonne, différents ouvrages se sont fait l’écho de ce scandale, certains plus polémiques comme L’Eglise, la mécanique du silence ou Grâce à Dieu, c’est prescrit. Un DVD, Pédophilie, un silence de cathédrale se fait l’écho de la lutte des victimes de membres du clergé.

Eglise, la mécanique du silence

Le sociologue des religions Olivier Bobineau évoque un « inceste anthropologique » dans un ouvrage collectif intitulé Le sacré incestueux. Le prêtre est une personne sacrée, car la prêtrise est un sacrement. Il est appelé « mon père » par des jeunes à qui il s’adresse avec « mon fils, ma fille ».

Mais, ordonné, le prêtre  n’est « sacré » qu’au regard des rites, pour le reste c’est un homme ordinaire et donc un justiciable comme les autres.

A l’intérieur même de l’Eglise des voix se font entendre contre le « cléricalisme », cette structure de commandement vertical, autoritaire et sans contrôle extérieur, qui serait à l’origine de ces abus de pouvoir et abus sexuels sur mineurs. C’est le cas du Père Pierre Vignon, juge pendant seize ans à l’Officialité inter-diocésaine de Lyon, c’est-à-dire au tribunal interne de l’Eglise. En réaction à la Lettre au peuple de Dieu du Pape, datée du 20 août 2018, il a, dès le lendemain, publié une lettre ouverte au Cardinal Barbarin dans laquelle il lui demandait de démissionner. L’ouvrage dans lequel il témoigne de ces événements vient de paraître sous le titre Plus jamais ça ! .

Pour lui, ouvrir le dossier de la pédophilie dans l’Eglise c’est lui donner la chance de se réformer. Les pédophiles se réfugient dans une institution dans laquelle ils se sentent à l’abri, ce qui est le propre des prédateurs sexuels qui savent chercher les espaces sociaux où trouver leurs victimes. Les institutions religieuses leur offrent cette sécurité, comme d’autres structures dédiées à l’éducation ou aux loisirs des enfants, d’ailleurs.

D’autres observateurs de la vie religieuse en France partagent cette vision « rédemptrice » de ce qui est en train d’advenir, non seulement pour les victimes,  mais aussi pour l’Eglise elle-même. C‘est le cas d’Isabelle de Gaulmyn, journaliste à La Croix, qui avait publié il y a quelques temps Histoire d’un silence. Elle était le 7 janvier 2019 l’invitée de l’émission 28′ sur Arte en compagnie d’Olivier Bobineau et de la théologienne, Véronique Margron.

Alors, un mal pour un bien ? Certains y verraient même le souffle de l’Esprit Saint…

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