L’éducation financière pour tous

- Modifié le 29/12/2017 par Michel W.

Dépenser, budgétiser, épargner, investir : autant d'actions banales et en principe raisonnées que nous effectuons au quotidien. Pourtant, sommes-nous suffisamment formés à les faire ? Non, à en croire un récent rapport de l'OCDE(1) selon lequel il y aurait un déficit de maîtrise des questions financières chez les adultes dans les pays du G20. C'est d'ailleurs tout l'enjeu du programme que le gouvernement français veut déployer en matière d'éducation financière.

Money
Money

Êtes-vous au top sur les questions d’argent ? Voici un petit test en trois questions pour le savoir :

1. Si vous déposez 100 euros sur un compte bancaire rémunéré à un taux d’intérêt annuel de 2%, combien aurez-vous sur ce compte au bout de 5 ans ?

(A) Plus de 102 euros

(B) 102 euros

(C). Moins de 102 euros

(D) Je ne sais pas

2. Prenons comme hypothèse que le taux d’intérêt de votre compte courant est de 1% et que le taux d’inflation est de 2%. Au bout d’un an et par rapport à l’année précédente, vous pourrez grâce à l’argent présent sur votre compte acheter :

(A) Plus de biens et services

(B) Autant de biens et services

(C) Moins de biens et services

(D) Je ne sais pas

3. Selon vous, l’affirmation suivante est-elle vraie ou fausse ? Acheter une action d’une seule entreprise permet de diminuer le risque par rapport à l’achat d’une action d’un fond de placement.

(A) Vraie

(B) Fausse

(C) Je ne sais pas

Si vous avez répondu A, C et B, bravo !  Vous êtes un champion de la tirelire comme 53% des allemands ! Sinon, vous pouvez vous consoler en sachant que les Français font de toute façon partie des mauvais élèves de l’Europe en matière de culture financière. C’est ce que révèle l’étude Allianz menée par l’économiste Annamaria Lusardi qui avait pour objectif de mesurer le degré d’éducation financière dans dix pays européens. La France est bon dernier dans ce classement.

Éducation financière et culture économique

Dès l’origine, l’éducation financière telle que formalisée par l’OCDE se voulait une conception pratique liée à la gestion d’argent au quotidien. Les trois questions du test – élaborées par les économistes Lusardi et Mitchell dont les travaux ont depuis été étendus à une vingtaine de pays – révèlent d’ailleurs cet état d’esprit puisqu’elles portent respectivement sur les notions de taux d’intérêt, d’inflation et de diversification des risques.

En France, il arrive parfois que l’éducation financière soit inscrite dans une vision plus large, celle de l’éducation économique et financière qui vise à une meilleure compréhension du monde économique par le citoyen. Il ne s’agit alors plus simplement de maîtriser un savoir pratique sur les questions d’argent, mais bien d’appréhender des repères, des concepts et des mécanismes pour se constituer une véritable culture économique. En pratique, l’éducation financière en France a été mise en œuvre au début des années 2000 dans le cadre de la lutte contre l’exclusion bancaire qui a été principalement portée par les collectivités locales et la société civile(2). Une enquête Crédoc, une évaluation Pisa, un sondage ifop et un baromètre BVA plus tard, la preuve des lacunes des français en culture financière était rapportée. Faut-il pour autant aller jusqu’à parler d‘inculture économique ? Les pouvoirs publics ont en tout cas réagi.

Une stratégie nationale tous azimuts

Le gouvernement a donc décidé de passer à l’action en lançant fin 2016 une stratégie nationale d’éducation financière. La mise en œuvre de cette stratégie a été confiée à la Banque de France et repose sur trois axes de développement. Le premier concerne sans surprise les programmes scolaires via un accord avec le Ministère de l’éducation nationale : l’éducation financière y a fait son entrée depuis quelques années déjà. Le deuxième axe concerne les personnes en situation de fragilité financière et prendra appui sur les acteurs sociaux, notamment les Points conseil budget. Enfin, le troisième axe concerne le grand public en général puisqu’il vise à améliorer les compétences budgétaires et financières des citoyens ainsi que leur culture économique. En définitive, c’est une stratégie ambitieuse qui vise tous les publics.

Se former à l’éducation financière

Un certain nombre d’outils a donc été développé pour favoriser l’éducation financière du citoyen. La Banque de France vient par exemple de lancer le portail Mes questions d’argent qui comporte de nombreuses rubriques pratiques et qui fait surtout le lien vers d’autres sites spécialisés et reconnus pour la qualité de leurs informations sur les questions financières et budgétaires. Citons à ce sujet lesclesdelabanque.com par la Fédération Bancaire Française ou encore finances-pédagogie.fr par la Caisse d’Épargne pour les questions purement bancaires. Plus généraliste, La finance pour tous est devenu le site pédagogique et incontournable sur les questions financières et économiques. Privilégiant une approche plus ludique, l’Autorité des marchés financiers a récemment édité l’application FinQuiz, soit des centaines de questions pour tester ses connaissances et améliorer sa culture financière.

Enfin, deux sites de référence généralistes sur la culture économique : celui de la Cité de l’Économie et de la Monnaie et celui des Journées de l’économie et son portail de ressources, à compléter par les vidéos de Dessine-moi l’éco qui proposent d’expliquer les mécanismes de l’économie sous forme graphique et dans un format court. Sans oublier le bon vieux papier : les ouvrages de vulgarisation de l’économie qui sont pléthores et dont nous vous proposons une sélection, les revues de consommation telles que « Que choisir » et « 60 millions de consommateurs » ainsi que les titres axés sur les finances personnelles comme « Mieux vivre votre argent » ou encore « Le Revenu ».

(1) OCDE, G20/OECD INFE report on adult financial literacy in G20 countries, 2017 (en anglais)

(2) Mialet, Benoit, et Pascale Moulévrier. « Éducation bancaire : l’émergence d’un espace financiarisé et privatisé d’encadrement des pauvres », Revue Tiers Monde, vol. 225, no. 1, 2016, pp. 155-178.

 

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *