Le baccalauréat : 200 ans déjà !

"Le bac, une idôle défraichie à laquelle le pays s'accroche contre tout bon sens", Jacques Julliard.

- Modifié le 18/10/2018 par Entshukdigubg

Décrié, jugé inutile pour certains, vanté par d'autres, le diplôme du baccalauréat est encore le passage obligé à l' âge adulte et un tremplin vers l' enseignement supérieur. Se succédant depuis deux siècles, les différentes réformes n'ont pourtant pas réussi à désacraliser ce diplôme, voire à le supprimer.

CC0 WokandapixPixabay-
CC0 WokandapixPixabay- Diplôme

La dernière réforme tend à faire du bac un examen inspiré par nos voisins européens . L’ esprit de la réforme est de donner aux lycéens des connaissances et des méthodes qui leur permettront de faire des études supérieures et de « muscler leurs connaissances ». Simultanément, le ministre de l’ éducation souhaite introduire le contrôle continu. Donner du temps, simplifier l’organisation, s’adapter au monde du XXIème siècle, tels sont les objectifs de cette réforme. En somme, faire de cette épreuve, une sorte de diplôme à la carte avec le choix des épreuves de spécialité. La présentation orale du projet (à l’image du « colloquio » italien) exigera des lycéens plus d’ autonomie et moins de bachotage. Et pragmatique, le ministre entend économiser en réduisant le nombre d’ épreuves.
Du bacca lauréa (baie de lauriers) cher à Napoléon au bac version 2021, un parcours fait d’ innovations et de renoncements.

 

De Napoléon à Jules Ferry : 39 candidats

Le baccalauréat, créé en mars 1808 par arrêté impérial de Napoléon, sanctionnait les études secondaires et le premier grade universitaire. Les élèves, âgés d’ au moins 16 ans, passaient des épreuves orales en latin-grec, rhétorique, histoire, géographie et philosophie. La première épreuve écrite de français apparaît en 1840, introduite par Victor Cousin, ministre de l’ Instruction Publique. En 1848, sous la pression du ministre Fortoul, les sciences sont réintroduites dans les épreuves car la révolution industrielle exige des bacheliers des connaissances scientifiques approfondies. Le 17 août 1861, Julie-Victoire Daubié est la première femme bachelière. En 1874, le baccalauréat est divisé en deux séries d’épreuves, sur deux années – organisation encore d’actualité pour l’examen de français – puis dès 1880, par décret, Jules ferry dans sa volonté de moderniser le bac met fin au monopole du latin, de moins en moins usité, au profit de la littérature française. C’est une petite révolution culturelle. A la fin du XIXe siècle, 8000 bacheliers seront reçus au bac. Bien que les bacheliers soient issus d’un milieu bourgeois, l’examen commence à se démocratiser.

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Réformes, révoltes lycéennes et renoncements :

Les Réformes se poursuivent en même temps que le nombre de bacheliers augmente : 15.000 bacheliers en 1926, 32 000 en 1950, 237 000 en 1970.

En 1927, les épreuves du baccalauréat sont enfin ouvertes aux filles. En 1941, on crée les quatre séries qui préfigurent celles d’ aujourd’hui tandis que la série B, économie, n’apparaît qu’en 1953.

La cinquième République change alors la donne en créant des lycées techniques et les séries A, B, C, D, D’, E. Dans un même temps,  par le biais des manifestations, les étudiant-es obtiennent des épreuves orales au bac. En 1985, Jean-Pierre Chevènement instaure les bacs professionnels pour répondre à la demande de techniciens hautement qualifiés pour l’industrie. Mais cette année là, seulement 30 pour cent d’une classe d’âge obtient le bac. Aussi, le Ministre de l’ Education souhaite vouloir amener 80 % d’ une classe d’ âge au niveau du baccalauréat à l’ horizon des années 2000 . C’ est la création de filières multiples qui rend possible une telle promesse : les séries du Baccalauréat général (ES, L, S) et technologique (STI, STL, SMS et STT) succèdent aux séries A, B,C, et D. Le système évolue au fil du temps jusqu’ au bac actuel. En 1995, une réforme hâtive instaure huit séries générales, 18 séries technologiques et 48 séries professionnelles. 615 000 candidats en 2008 et 74.90 % de réussite.

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Malgré tout, quelques réformes échouent et suscitent des révoltes lycéennes. En 2005, une grande réforme du baccalauréat, préfiguration de celle amorcée par Jean-Michel Blanquer,  est envisagée par François Fillon, nouveau ministre de l’Education. Le projet était de ne garder que six matières et de faire évaluer les autres via un contrôle continu. Il est finalement abandonné après la mobilisation des lycéens qui craignent « une éducation au rabais ». Trois ans plus tard, le projet de Xavier Darcos prévoyait la mise en place d’un tronc commun pour le bac à options qui, lui aussi, suscite la colère des lycéens et entraîne son abandon.

Qu’est ce que le bac aujourd’hui ? Un diplôme qui ne garantit ni l’emploi ni la réussite dans les cursus universitaires puisque 40 % des inscrits abandonnent avant la deuxième année. Trop coûteux et proposant trop d’ options aux yeux des organisateurs, la question se pose de savoir si « la solution ne serait pas de le supprimer ? »

La Sociologue Catherine Pauchet se positionne dans ce sens :  » quand voudra-t-on reconnaître que, deux cent ans après sa création, la baccalauréat n’ a pas lieu d’ être et que les universités devraient pouvoir recruter les étudiants aptes à suivre leur enseignement, comme le font déjà bon nombre d’ établissements publics sans que personne ne s’en offusque ? « .

 

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Bac 2021 : la réforme de Jean Michel Blanquer :

Les candidat-es à l’examen de fin d’études secondaires ne passeront plus que quatre épreuves terminales, (cinq, si l’on ajoute l’épreuve anticipée, écrite et orale, de français). Deux de ces épreuves porteront sur les disciplines de spécialité choisies par l’ élève et se dérouleront au retour des vacances de printemps. Elles compteront pour 60 pour cent dans la notation. Les deux autres épreuves seront la philosophie et un oral, « l’innovation majeure de ce baccalauréat », selon Jean-Michel Blanquer. Il durera vingt minutes, sera passé individuellement et sera consacré à un projet préparé par l’élève, d’abord en groupe, en première, puis individuellement, en terminale. Mais une des grandes révolutions de ce baccalauréat nouvelle formule est bien la prise en compte du contrôle continu, qui comptera pour 40 % de la note totale de l’examen, sous deux modalités différentes. Les lycéens passeront trois sessions d’épreuves ponctuelles durant le cycle terminal (première et terminale) sur toutes les matières étudiées. Celles-ci représenteront 30 % de la note. Les 10 % restants de la note seront établis à partir des bulletins scolaires de première et de terminale. La prise en compte du contrôle continu pour le baccalauréat répond à la nécessité, selon Jean-Michel Blanquer, « de ne pas tout jouer sur une seule session d’examen, d’éviter les accidents ». En outre, cela « incite à travailler en continu plutôt que de bachoter », ajoute-t-il. Plus d’ équité et d’égalité, c’est ce que souhaite le ministre avec sa réforme. Il semble que les pourcentages ne soient pas son principal souci. Il n’en fait pas un argument électoral. Son objectif est bien de permettre à chaque bachelier de trouver sa voie, d’en faire le diplôme du XXIème  grâce à un fort projet autour du numérique et des innovations biotechnologiques.

 

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