111 aumôniers Témoins de Jéhovah dans les prisons françaises

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 27/01/2017 par Département Civilisation

A chaque attaque terroriste sur le territoire français la question de la radicalisation des jeunes en prison et du recrutement des aumôniers revient sur le devant de la scène médiatique. La puissance publique a l’obligation d’assurer le libre exercice du culte des personnes qui, comme dans les hôpitaux ou les prisons, ne peuvent l’exercer librement par elles-mêmes.

Religion en prison
Religion en prison

 

En prison, sept confessions sont agréées au plan national : catholique, israélite, musulmane, orthodoxe, protestante, bouddhiste, Témoins de Jéhovah. Chaque détenu peut demander que le droit à pratiquer sa religion  lui soit accordé. Si les aumôniers militaires, tout comme les aumôniers hospitaliers, sont recrutés comme agents publics contractuels, les aumôniers religieux sont nommés par l’administration pénitentiaire après consultation des autorités religieuses et avis du préfet.

« L’article 2 de la loi de 1905 rend possible, mais non obligatoire, une prise en charge publique « des dépenses relatives à des services d’aumôneries et destinées à assurer le libre exercice des cultes » dans certains établissements, dont les prisons. Ainsi, l’AP alloue des vacations à certains aumôniers. Il s’agit d’indemnités forfaitaires visant à couvrir les frais des aumôniers (de déplacements en particulier) et non d’une réelle rémunération, qui n’ouvrent donc pas droit à la protection sociale (maladie, retraite, chômage). Cette indemnité sert également à payer les frais de fonctionnement de l’aumônerie (achats d’objets cultuels, de livres, etc.). Lorsque des indemnités sont versées, leur montant fixé par arrêté est bien modeste d’autant qu’il correspond rarement à un temps plein. Au maximum, un aumônier en établissement peut recevoir mensuellement un peu plus de 800 euros. La grande majorité des aumôniers de prison sont bénévoles. » Le fait religieux en prison : configurations, apports, risques (Actes des Journées d’études internationales organisées par la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP) les 28 et 29 octobre 2013 à Sciences Po Paris.

C’est ainsi que pour une population de Témoins de Jéhovah estimée en France à 150 000 personnes, et alors que les aumôniers de cette religion ne sont autorisés en prison que depuis 2013, on comptait 111 aumôniers au 1er janvier 2015.

Pour les autres confessions, sur les 1628 intervenants cultuels de l’administration pénitentiaire (parmi lesquels 453 aumôniers indemnisés, 972 aumôniers bénévoles et 203 auxiliaires bénévoles d’aumônerie) la répartition était la suivante : 10 intervenants d’aumônerie pour le culte bouddhiste, 760 pour le culte catholique, 75 pour le culte israélite, 193 pour le culte musulman, 52 pour le culte orthodoxe, 377 pour le culte protestant, 111 pour le culte des Témoins de Jéhovah et 50 pour les autres cultes. (L’administration pénitentiaire en chiffres au 1er janvier 2015).

Le fichage ethnique et religieux étant interdit en France, il est difficile de fournir des chiffres précis quant à l’appartenance religieuse des Français. Cependant, l’enquête Trajectoire et origine, réalisée par l’INSEE et l’INED en 2008 auprès des personnes âgées de 18 à 50 ans, recensait 11,5 millions de catholiques (soit 43 % de la population), 2,1 millions musulmans. On compterait moins de 500 000 protestants, 150 000 bouddhistes et 125 000 juifs. Par ailleurs, 45 % des personnes âgées de 18 à 50 ans se déclaraient agnostiques ou athées.

Des chiffres plus récents fournis par le Ministère de l’Intérieur font état de 2,1 millions à 5 millions de personnes se réclamant de l’islam, 1 million de bouddhistes et 500 000 chrétiens orthodoxes.

Cette difficulté à connaître l’appartenance religieuse vaut également pour la population carcérale. Sur les 76 601 personnes sous écrou au 1er janvier 2016, chiffre fourni par le Ministère de la Justice, on compterait 27% de musulmans au vu de l’inscription pour les repas spéciaux du ramadan selon une estimation de l’administration pénitentiaire (mais 40 % selon le garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas dans une déclaration sur BFM TV le 26 octobre 2016), et de 40 à 60 % selon les études du sociologue F.Khosrokhavar réunies dans Prisons de France. Par ailleurs, d’après l’aumônier régional de la région Est, il y aurait en France 400 détenus juifs pratiquants. Nous n’avons pas trouvé de chiffres fiables concernant les autres religions.

Le flou sur les appartenances religieuses des détenus ne permet donc pas de mesurer la radicalisation au cours de l’incarcération, « expérience qui prédispose à l’intensification du rapport à la religion » (De la religion en prison). Il n’y a pas dans les faits, de réelle équité entre les détenus des différentes confessions dans l’accès à leur culte. Comment faire en sorte que tous aient accès à l’aumônier de leur choix, sachant qu’il y a 187 établissements pénitentiaires en France, et que selon les régions, et les années, telle ou telle religion sera plus ou moins présente dans la population carcérale ? Certains aimeraient que l’aumônerie évolue vers une professionnalisation de la fonction, en intégrant même une dimension d’accompagnement spirituel laïc pour les personnes sans religion incarcérées, comme cela se pratique dans certains pays (des conseillers moraux en Belgique).

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