Le come-back

Sur le retour

... L'histoire sans fin

- Modifié le 16/12/2017 par Département Musique

Certaines carrières s'éternisent. Parfois pour le meilleur. Parfois.

"J
"J'ai des inédits..."

 

Dans le showbizz, et au contraire du ciel, certaines étoiles bien vivantes ont fini de briller. Avant de tenter, au prix d’un effort plus ou moins spectaculaire, de regagner leur place près du soleil. Nous allons parler des come backs : retours en grâce ou coup marketing. On a de tout, du chaud, du froid, de l’artificiel, de l’authentique, et c’est en promo.

Le come back poussif

« – Avec cet album de duos vous revisitez vos succès, tout en passant le flambeau à la nouvelle génération. Vous allez ainsi à la rencontre d’un nouveau public »

« – Oui tout à fait »

On ne va pas épiloguer sur ce que cache l’exercice un peu facile qu’est l’album de duos… Coup marketing au même titre que le énième best of ou la énième réédition, il a au moins le mérite d’apporter du neuf, et d’ajouter au générique des noms de vedettes au goût du jour. Mais il est symptomatique du retour poussif, du manque d’inspiration.

Gérard Lenorman - Duos de mes chansons

Gérard Lenorman – Duos de mes chansons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son cousin germain est l’album ‘hommage’, l’album de réinterprétations, qui peut permettre de ralentir temporairement la perte de vitesse (vous me suivez ?) en associant à son nom celui d’une étoile qui brille plus fort : Bruel chante Barbara, Depardieu chante Barbara, M Pokora chante Barbara Claude François.

Matt Pokora chante Cloclo dans l'émission Touche Pas A Mon Poste

Matt Pokora chante Cloclo dans l’émission Touche Pas A Mon Poste

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais à ce petit jeu de l’improbable rencontre, le roi n’est pas Pokora, c’est un certain DJ Chelou. Démonstration avec une proposition musicale originale :

DJ Chelou (Thomas Barbazan) présente Joe Dastains : « Les reprises de Joe Dassin par un mec qui habite à Stains. » (et autres fusions louches)

Sans parler, (mais parlons-en quand même) des come back post mortem sous forme d’hologramme (Elvis, Tupac, Claude François, Dalida, Mike Brant…). Aussi bluffant qu’un nouveau best of augmenté d’un pauvre inédit.

D’ailleurs mon collègue vous le disait déjà dans un article de 2010 : Un bon chanteur est un chanteur mort

 

Céline Dion en duo avec Elvis (à l’insu de son plein gré)

Assez peu pertinents musicalement, ces pseudo retours ont le double avantage de remettre du beurre dans les épinards déjà bien beurrés des maisons de disques, et de réconcilier les vedettes fatiguées (ou leurs héritiers) avec leur banquier.

Dans cet esprit, réservez vite vos places pour la tournée des idoles / Age Tendre 2018 :

Et ne manquez pas le retour de Frank Delay (2b3), Allan Theo et Chris Keller (G Squad) avec le projet Generation Boys Band

Bref c’est du réchauffé, mais en hiver c’est bien.

L’éternel retour

(Les dinosaures caméléons)

C’est le retour de celui qui n’est jamais vraiment parti, car il a su en permanence se réinventer pour traverser les époques et les styles. C’était par exemple Johnny en France, Bowie en Angleterre, c’est Madonna aux Etats-Unis…

Pas vraiment des comebacks, ou alors des comebacks éternels, à vous de voir. La longévité des membres de ce club mérite bien un petit zoom.

 

* Johnny Hallyday

Un petit retour en quelques photos (car tout a été écrit) illustrant différentes périodes du chanteur, du yéyé au rock à paillettes, au rock très cuir…

 

 

* David Bowie

Ce petit GIF illustre les transformations physiques de David Bowie, caméléon par excellence, chaque look correspond à un album et les années n’ont pas érodé sa pertinence musicale.

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En écoute : 12 titres qui témoignent de son évolution spectaculaire

 

* Madonna

Elle a su s’entourer des producteurs en vogue pour garder une image de pionnière, au coeur d’une variété internationale largement moins aventureuse.

Image associée

 

* Elvis Presley

Que dire du Johnny Hallyday américain ?

Longtemps au top, avant d’être ralenti par une hygiène de vie douteuse, le voilà en 1968 au sommet… D’une pente qu’il va bientôt dévaler.

 

 

Le retour gagnant

 

* Sixto Rodriguez

Le documentaire Searching for Sugar Man sorti en 2012 relate l’incroyable rendez-vous manqué de Sixto Rodriguez avec le succès, puis par quels hasards la roue a enfin tourné du bon côté.

Si vous ne connaissez pas l’histoire, le doc la racontera mieux que moi, mais la voici dans les grandes lignes :

Le musicien américain d’origine mexicaine Sixto Rodriguez enregistre au tout début des années 1970 deux albums de folk lumineux, mais qui ne rencontrent pas le succès. Il met entre parenthèses ses ambitions musicales et reprend son travail de maçon. Il devient sans le savoir, à la faveur d’un hasard raconté dans le documentaire une star en Afrique du Sud, et ses morceaux sont la bande son de la résistance face à l’Apartheid. Seulement ses nombreux fans Sud Africains ne connaissent rien de lui, sont persuadés qu’il est mort. Il ignore totalement que ses disques se vendent par milliers en Afrique du Sud, les rééditions pirates ne lui assurant bien entendu aucune rétribution financière.

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Deux fans Sud Africains décident cependant de partir à sa recherche et font connaître leur quête sur internet. Au milieu des années 1990, la toile n’est pas très étendue et son impact est faible, mais la fille du chanteur va cependant tomber sur le message et les contacter ! S’ensuit une tournée triomphale en Afrique du Sud en 1998, puis diverses campagnes de rééditions. C’est en 2006 que le réalisateur du documentaire apprend cette histoire et décide de la raconter. Le film sort en 2012 et là c’est toute l’Europe et le monde qui s’arrache Sixto Rodriguez, qui va enchaîner les dates et enfin recevoir la monnaie de sa pièce. Même si son portrait oscarisé le montre philosophe et bien peu matérialiste…

Le principal pour nous est que ses disques soient sortis de l’ombre. Deux chefs d’oeuvre folks indispensables, entre Dylan et Donovan.

Cold Fact (1970)

Coming from reality (1971)

 

* Henri Salvador

Une carrière longue comme celle d’Henri Salvador est faite de hauts et de bas, et c’est au sommet qu’il a disparu.

Il démarre sa carrière dans les années 30 comme musicien et guitariste de jazz : il fera partie un temps de l’orchestre de Ray Ventura et entamera dès 1948 une carrière de chanteur.

Il a été à la fin des années 1950 l’interprète des chansons de Boris Vian et Michel Legrand.

Le titre ‘Dans mon île’ (1958) est considéré par Antonio Carlos Jobim, Caetano Veloso et Gilberto Gil (excusez du peu) comme ayant eu une grande influence sur la naissance du style bossa au Brésil.

Dans les années 1960, ses chansons fantaisistes, voire humoristiques font les riches heures des émissions de Maritie et Gilbert Charpentier. Et c’est dans cette case qu’il restera longtemps rangé.

Il se fait beaucoup plus rare dans les années 1980 et 1990, se consacrant à la pétanque (à un haut niveau).

Sa dernière période a été celle d’un retour en grâce, à partir de 2000 avec l’album ‘chambre avec vue’, savamment produit et orchestré par Benjamin Biolay, et en particulier le tube ‘jardin d’hiver’ avec la participation de Keren Ann. C’est un retour à la mélancolie qui lui vaudra de nombreuses récompenses et une nouvelle aura bien tardive de respectabilité.

 

* Johnny Cash

Compilations de Johnny Cash

Best of, greatest hits etc

En près de 50 ans de musique, le ‘best of Johnny Cash’ était à renouveler régulièrement…

En Amérique tout est énorme, et la country c’est pire.

C’est pourquoi une légende comme Johnny Cash n’aura jamais vraiment connu de creux de la vague dans sa carrière, si ce n’est ses dernières années chez Columbia, qui le lâchent en 1986.

Pourquoi se défaire d’une légende de sa stature, qui a offert à cette maison de disques tant de succès ?

On assiste dans les années 1980 à un renouvellement de la scène country, les stars rajeunissent, le temps est plus à la fusion avec la variété, au mainstream dans ce qu’il a de moins musical. Les vedettes sont des bellâtres à chapeau, avec un brushing dessous, aussi cowboy que je suis la reine d’Angleterre, les clips vidéos plaisent à mamie et à la petite dernière… Johnny Cash a fait la gloire de la country, et garde le cap, mais ne s’est pas fondu dans le moule des années 80, ce qui fait alors de lui au mieux un outsider, au pire un has-been. Choquant au regard de l’extrême vacuité de la country alors ‘validée’ par les majors dont la cible est les 25-54 ans…

« I went to California and decided they could kiss my demographics »

C’est la réponse de Johnny Cash à l’argument avancé par Columbia pour l’écarter. Il n’a que faire de la stratégie commerciale ciblant une tranche d’âge (‘demographics’).

Cordialement, Johnny Cash

C’est Rick Rubin, co-fondateur de Def Jam (Public Enemy…) et producteur des Red Hot Chili Peppers, de Slayer entre autres, qui l’approche. Il signe chez American Recordings en 1993. Démarre alors une belle collaboration musicale et une série d’albums magiques qui vont relancer sa carrière, et ironiquement lui offrir de nouveaux fans jusqu’alors imperméables à la country : les jeunes.

En réalité le man in black a toujours été un outsider, et parler de ‘country’ est bien réducteur dans son cas.

Johnny Cash et Rick Rubin

Johnny Cash et Rick Rubin

Le premier volet des American Recordings comporte 9 reprises, il est minimaliste (guitare et voix) et débarrassé des artifices dont les années 80 ont le secret. Cet album sonne intemporel, direct. Il touche par son authenticité.

C’est un grand succès, une belle revanche, et la preuve que le désormais vieil homme a encore beaucoup d’histoires à conter et d’émotions à transmettre. La série compte six volets dont 2 sortis après sa mort en 2003. Tous bouleversants.

 

Miniscule sélection de 5 titres de la série American Recordings

 

* Son House et le revival blues des années 1960

Les années 1960 ont vu revenir sur le devant de la scène une poignée de pionniers (panier/piano/poignée/pionniers) du blues. Ce revival trouve ses origines dans les efforts constants de musicologues, Alan Lomax en tête, pour documenter une musique n’ayant pas toujours trouvé le chemin des presses à vinyles, ou de scènes plus larges que le juke-joint du coin.

Le cas de Son House en est une bonne illustration :

Né en 1902, il était un des pionniers du Delta Blues du Mississippi. Il enregistre quelques chansons en 1930, puis devient chauffeur de tracteur. Au début des années 1940, Alan Lomax le fait enregistrer 2 sessions pour la Bibliothèque du Congrès. Puis plus rien. Au début des années 1960 un groupe de jeunes passionnés de blues retrouvent sa trace à Rochester dans l’état de New York et le remettent en selle. Alan Wilson (de Canned Heat) enregistre avec lui « The Legendary Son House : Father of the Folk blues » (1965), et l’aide à réapprendre certaines parties de guitare, effacées par les années, et l’alcool.

Le festival folk de Newport accueille dans les années 1960 quelques bluesmen du temps jadis.

Comme Mississippi John Hurt en 1963, Son House et Fred McDowell (1964), Skip James, Howlin’ Wolf, Bukka White (1966)…

C’est un peu la même histoire de re-découverte pour Mississippi John Hurt et Skip James, comme le relate en anglais cet article du Guardian.

 


Et c’est reparti…

« J’ai des inédits… »

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