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Digable Planets : « Blowout comb » (1994)

- Modifié le 26/04/2018 par Département Musique

Il était un temps où les productions hip hop ne sortaient pas par palettes du congélateur, emballées dans les mêmes barquettes sinistres de minimalisme sans âme, et n'étaient pas hantées par un rap désincarné, psalmodié les yeux mis-clos et noyé dans sa perfusion d'autotune. Vous vous souvenez ?

Digable Planets - Blowout comb
Digable Planets - Blowout comb Pochette de l'album

Digable Planets est un trio de rap formé à Brooklyn en 1987, et Blowout comb est leur deuxième et dernier véritable album. Il sort en 1994, à une époque très excitante pour le rap, encore peu touché par les cyniques.

Des nombreuses voies  explorées par le hip hop avec ses voisins musicaux, la fusion avec le jazz est une des plus fécondes. Et en ce milieu de décennie, les exemples pertinents ne manquent pas (A Tribe Called Quest, Guru et son projet Jazzmatazz, the Roots, The Nonce…) Les deux albums de Digable Planets en sont d’autres parfaits exemples. Le grand succès de leur premier album « Reachin’ (a new refutation of time and space) » (1993) leur permet d’aborder confortablement la production du suivant, un sommet du cool rap.

Et c’est une grande réussite. L’album est très équilibré : samples soul et jazz s’intègrent sans couture apparente aux parties instrumentales jouées. Les voix de Butterfly (Ishmael Butler, désormais membre du duo Shabazz Palaces), Doodlebug (Craig Irving) et Ladybug Mecca (Mary-Ann Vieira) se répondent et sont complémentaires. Derrière le groove nonchalant, Blowout comb est plutôt sombre, et les paroles souvent engagées, très attachées à représenter leur quartier chéri de Fort Greene (Brooklyn, New York) et ses habitants. L’impression d’ensemble est organique, naturelle, et surtout très agréable. Blowout comb est entêtant, et développe avec une grande aisance une musique intemporelle : en fusionnant ainsi jazz et hip hop, elle inscrit sans didactisme ce dernier dans un continuum de musiques afro-américaines. Mark Richardson (dans sa critique de l’album sur Pitchfork) souligne cet aspect en citant Ishmael Butler (Butterfly) : “My father always told me jazz is the black person’s classical music

A lire :

Une autre belle chronique (en anglais) sur le site Fact

Voir le disque dans le catalogue

 

 

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