Instrument à découvrir

Alto préjugé : découverte d’un instrument méconnu

- Modifié le 07/04/2018 par Département Musique

« Quatuor prestigieux recherche deux violons et un violoncelle » : peut-être connaissez-vous quelques blagues sur les altistes, mais connaissez-vous vraiment cet instrument qui ressemble à un « gros violon » ?

Unterschied Violin - Bratsche, Frinck51
Unterschied Violin - Bratsche, Frinck51 CC-BY

« Je suis altiste »

« Ah, tu chantes ? »

«Non, je joue de l’alto»

« Ah, du saxophone ? »

«Non, ça ressemble à un violon, mais plus grave »

« Ah tu fais du violon, quoi ! »

Voilà souvent comment débute (mal) une discussion avec un altiste, mais pourquoi cet instrument est-il si méconnu ?  Cet instrument magnifique, plus grand et plus grave que le violon, au timbre sombre et à l’expressivité mélancolique, a longtemps été boudé du répertoire soliste. Au fil des siècles il a acquis une place de choix au sein de la musique de chambre et d’orchestre, et de très belles pages de musique solo lui ont été écrites.

Mais alors, c’est quoi l’alto ? David Gaillard, premier alto solo à l’Orchestre de Paris, vous présente l’instrument dont il joue dans cette vidéo.

L’alto fait partie de la famille des violons, qui apparaît au XVIe siècle en Italie : il y a alors deux types d’alto, le ténor et la taille, le ténor ressemblant à un petit violoncelle (la lutherie de cet instrument a beaucoup évolué au cours des siècles, mais il a la particularité de ne toujours pas avoir une taille fixe au contraire des autres instruments du quatuor). A cette époque, c’est un instrument qui sert essentiellement à faire le lien entre les basses et la mélodie des instruments aigus au cœur des ensembles à cordes.

Alto « viola-alta », Paul Kaul, 1916. Source : Musée de la Musique : l’alto en formes, 2000

C’est à partir du XVIIIe siècle que commence à se développer un répertoire soliste propre à l’alto et où il trouve une place réelle dans la musique de chambre. Le succès du quatuor à cordes dès la fin du XVIIIe lui permet d’occuper la place de l’instrument médium, et met en avant son expressivité et son timbre particulier. Mais c’est à l’époque un instrument joué par des musiciens non spécialisés, au niveau parfois médiocre. Berlioz explique par exemple dans son Traité d’instrumentation :

« les joueurs de viole étaient toujours pris dans le rebut des violonistes […] il résultait que les violistes (=altistes) ne savaient jouer ni du violon ni de la viole ».

Par la suite, il y aura une réelle spécialisation de cet instrument et de sa pédagogie, avec un répertoire demandant une technicité de plus en plus élevée. C’est pendant la période romantique que l’alto commence vraiment à être apprécié pour son timbre « d’une mélancolie profonde, qui diffère de celui des autres instruments à archet (Berlioz) ». Berlioz lui écrit une symphonie avec alto principal dans Harold en Italie, qui met en valeur le timbre chaud et profond de cet instrument tout en lui accordant une partie virtuose et brillante.  Un peu plus tard, c’est Robert Schumann qui lui écrit une pièce de fantaisie, les Märchenbilder : le timbre sombre, la douceur et l’expression de cet instrument permettent d’illustrer l’univers de ces légendes allemandes.

Au XXe, le répertoire s’enrichit avec de nombreuses pièces pour alto seul ou accompagné. Dans Der Schwanendreher, Hindemith, lui-même altiste, supprime les parties de violon et d’alto de l’orchestre pour mettre en avant l’instrument soliste. Bartók écrira aussi un concerto, inachevé, qui est une œuvre majeure du répertoire, virtuose et brillante. Elle ouvre la voie à de nombreuses autres compositions  créées dans la deuxième partie du XXe : Zoltan Kodaly, Georgy Kurtag, Betsy Jolas, Penderecki, Schnittke, Berio, Maderna ou encore Ton-That Tiet.

Maintenant que vous en savez plus sur cet instrument, laissez-vous charmer par son timbre en découvrant le répertoire qui lui est dédié  !

Dans les collections de la bibliothèque :

Pour aller plus loin : De la viole d’amour à l’alto, Frédéric Lainé, Bernard Sabatier, Garth Knox. Enregistré à la Cité de la musique, samedi 26 septembre 1998.

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