Visa pour l’image

le RDV annuel du photojournalisme

- Modifié le 31/08/2018 par Département Société

Du samedi 1er septembre au dimanche 16 septembre 2018 se tiendra à Perpignan, LE rendez-vous du photojournalisme, Visa pour l'image, avec une sélection des meilleurs sujets photojournalistiques venus du monde entier.

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logo du festival édition 2018

Depuis 1989, ce festival aujourd’hui incontournable a proposé 840 expositions pour un récit du monde et de ses soubresauts, sans concession. Visa pour l’image propose à l’occasion de sa trentième édition, une exposition anniversaire composée de photos ayant marqué l’Histoire et celle du festival.

Créé « artisanalement » en 1989, par Roger Thérond le directeur de la rédaction de Paris-Match et Jean-François Leroy, reporter, cet évènement international est le plus important festival de photojournalisme au monde. La cité catalane soutient depuis l’origine avec le Ministère de la Culture et de grands partenaires privés comme Paris Match, Kodak et Canon, cet évènement gratuit et ouvert à tous.

Un festival pour défendre et célébrer le photojournalisme

Sa première vocation à son origine était de rappeler que la profession est nécessaire et son regard irremplaçable, de rétablir le rôle de la photo de presse dans les médias et auprès du public. De rétrospectives de photographes (stars ou oubliés) en confirmation de talents et promotion de jeunes professionnels, il est certes un rdv de professionnels reconnu et important, mais pas que.

Les expositions mais aussi les nombreuses conférences, les hommages rendus aux grands noms de la profession, vivants ou disparus, permettent au grand public, toujours plus abreuvé d’images, de découvrir des reporters et le métier de photojournaliste, d’en suivre les évolutions, d’en mesurer les fragilités et les risques. Bref, il est la vitrine et la mémoire vivantes de la profession, une profession sinistrée, «sacrifiée » selon la Société civile des auteurs multimédia » (Scam), présente durant le festival.

Malmenée par l’arrivée de la photo numérique et le déclin voire la disparition de grandes agences, la profession doit se réinventer pour surmonter la déferlante d’images amateurs, smartphones et réseaux obligent, et une crise de la presse qui a réduit drastiquement ses commandes. Les jeunes photographes ne peuvent plus vivre de la seule presse et doivent courir après les bourses, le corporate, les commandes d’ONG indispensables pour gagner leur vie, une photo se vendant parfois 5 euros… «Aujourd’hui, les photographes qui vivent dignement de leur métier, il n’y en a pas 100 dans le monde», assure Jean François Leroy.

Les ambiguïtés du statut de la photographie de presse en période de crise

Garance Chabert, auteur d’une maîtrise d’histoire sur le festival, analyse la manière Visa pour l’image, en proposant des activités (expositions, projections, rencontres) à forte connotation culturelle et en affirmant à travers cette démarche le statut de l’auteur photographe, participe au passage du photojournalisme du champ des médias à celui de la culture :

« Face à la crise spécifique de leur métier, de nombreux photojournalistes profitent de la dynamique culturelle pour repenser leur pratique et lui assurer ainsi de nouveaux débouchés. La revendication de la position d’auteur, appliquée au champ photographique, va alors servir d’outil pour légitimer le passage de l’information à la culture. Le photographe utilise la notion d’auteur, reconnue par un statut juridique spécifique, pour revendiquer la part de création originale dans les photographies qu’il produit […] Le discours sur les images exposées est d’ailleurs entièrement coordonné par le photographe, qui légende lui-même ses photographies et raconte les conditions de production de son reportage lors de rencontres organisées avec le public. La présence de l’auteur à toutes les étapes d’explication du reportage rappelle, s’il en était besoin, que les informations communiquées sont le fruit des recherches d’un individu, avec toute sa part de subjectivité.« (Le festival Visa pour l’image,  Une identité culturelle ambiguë – Etudes photographiques, n°15, novembre 2004)

 

Raconter le réel, émouvoir, mobiliser

Malgré cela, Visa, à travers la personnalité de son directeur Jean-François Leroy, revendique une approche assez traditionnelle de la photographie de presse qui doit avant tout informer et faire réagir.

Les entretiens menés par Garance Chabert pour ses recherches,  l’amènent à dire : « Tous les photoreporters n’envisagent pas l’entrée dans le champ culturel comme une solution adaptée à la crise qu’ils traversent. Les photographes de news, notamment, sont souvent farouchement hostiles aux interprétations esthétisantes de leurs photographies. Selon eux, les risques importants qu’ils prennent sur les terrains de guerre justifient qu’on ne dénature pas leur propos informatif en lui attribuant une visée artistique. La recherche d’effets photographiques et la signature de l’auteur constituent en effet pour beaucoup une « trahison du sujet »« .  « Le « pouvoir de véracité » de ces images caractérise la photographie de presse pour JF Leroy : « En attribuant à l’image la faculté de transcrire la réalité, la photographie passe du statut de témoignage à celui de preuve« .

Didactique, le festival rend compte de la manière dont un journaliste, par l’écriture photographique, peut témoigner d’un événement, avec toutes les nuances et intentions propres au traitement de l’information. Parcourir les expositions, se confronter à ces récits photographiques, accompagnés de cartels documentés, permet au spectateur de faire l’apprentissage progressif de la grammaire et de la culture de l’image.

Enfin, Visa offre ce concentré d’actualité d’une rare densité émotionnelle, rappelant ainsi la double vocation d’information et d’émotion du photojournalisme, à l’origine de la fameuse formule de Paris Match « le poids des mots, le choc des photos ».  D’expositions en soirées de projection, témoignages d’une violence affichée ou filigranée que les photoreporters refusent de voir banalisée, le visiteur ne cesse de s’interroger sur le cours du monde, d’en mesurer les affres et est invité à réagir. Or, cette mobilisation du spectateur ne peut être convoquée que par la monstration de l’horreur, moyen le plus efficace pour dénoncer l’horreur, à l’instar des publications des violentes photographies de la guerre du Vietnam ayant provoqué les mobilisations contre ce conflit.

Par cette posture, le festival revendique la capacité de la photographie à changer le cours de l’histoire, à devenir un événement historique et cultive la figure mythique du photoreporter à la Robert Capa. « Les reporters de guerre occupent une position privilégiée dans le festival, et, chaque année lors de la dernière projection, la remise d’un Visa d’or news, récompense attribuée par un jury de professionnels au meilleur photographe de guerre de l’année, constitue le point d’orgue du festival. L’auto­glorification de la profession est d’ailleurs une caractéristique du festival, notée de manière récurrente par les journalistes » ( Garance Chabert , Le festival Visa pour l’image,  Une identité culturelle ambiguë ).

Paradoxalement, en adoptant une orientation plus journalistique qu’artistique, le festival minimise ce qui constitue précisément le fondement de la notion d’auteur en privilégiant l’effacement de la subjectivité du photographe au profit de l’information que l’image véhicule.

Sur le plan informationnel, la force de ce festival s’inscrit dans le choix des organisateurs, une sélection minutieuse et intelligente de travaux qui permettent de prendre ce pouls de la planète à divers niveaux : dans les zones brulantes de conflits ou de catastrophes, au creux des âmes de ses habitants ou dans les replis de ses paysages. Chaque exposition livre un regard décalé, incisif, documenté sur un sujet que les médias mainstream traitent selon un point de vue trop souvent univoque voire taisent tout simplement.

Une radiographie annuelle du monde

Le programme 2018 couvre les tendances chaotiques majeures de notre époque par 4 focus thématiques, que l’on retrouve depuis plusieurs éditions déjà, signe des temps…

  • Les désastres environnementaux et la difficulté à construire un développement soutenable sont depuis plusieurs éditions particulièrement présents (4 expositions sur la pollution, l’assainissement, la croissance de la production alimentaire), signalant pas là même l’urgence d’une prise de conscience collective pour assurer l’avenir.
  • La crise des réfugiés ensuite, à travers la crise des Rohingyas, le parcours d’un jeune Afghan en Europe, de sud-américains vers les Etats-Unis et par un renversement du regard, la problématique que représentent les fortes migrations vers l’Afrique du Sud.
  • Les questions sociales sont également présentes, en filigrane ou frontalement abordées à travers les conditions de logement ou de travail subies par les plus démunis qui n’ont d’autres choix pour assurer leur survie.
  • La couverture de nombreux conflits qui électrisent le monde, nouveaux ou anciens, rappelle également au spectateur de Visa la saveur de la paix. Raqqa, Gaza, la RDC, la Syrie et aujourd’hui le Yemen sont des zones de guerre « à bas bruit » médiatique et amène le visiteur à s’interroger sur ce qui génère l’intérêt des médias internationaux : pourquoi certains faits disparaissent-ils peu à peu des radars de l’information ?

Si Visa bouscule nos représentations, malmène nos sensibilités, le festival prend toujours le soin d’offrir des respirations, des permissions d’espérance : ainsi deux expositions, l’une sur le conflit d’Irlande  du Nord et l’autre sur le baby-boom lié à la fin de la guérilla des FARC en Colombie, rappellent que la guerre n’est pas une fatalité. Parfois, Visa se permet même quelques strass et paillettes, tout en veillant à jamais glisser du côté lisse de la presse people et à conserver sa ligne éditoriale exigeante et militante.

Longue vie à ce festival nécessaire et au photojournalisme !

Pour aller plus loin, une sélection de documents

Explorer l’actu en images

  • Les catalogues des éditions précédentes de Visa pour l’image
  • Le site du Centre International de Photojournalisme, situé à Perpignan, qui conserve et met en valeur les œuvres des photojournalistes, témoins de l’histoire mondiale et acteurs de la liberté d’expression. Son fonds photographique du CIP héberge des œuvres originales et ayant une valeur historique de photojournalistes du monde entier. La base de données permet d’accéder en ligne aux images et autres documents déposés dans ce fonds (publications, synopsis…), ainsi qu’aux expositions créées par le Centre, aux diaporamas présentés aux soirées de projection Visa pour l’Image et aux documents multimédia collectés et/ou produits dans le cadre du Festival.  Consulter également la rubrique des témoignages et interviews de photojournalistes (portfolio d’expos des précédentes éditions de Visa, commentés).
  • Revue 6 mois, le XXIème siècle en images : Petite sœur de la revue XXI qui a remis à l’honneur la tradition du grand reportage, 6 mois inverse le rapport texte / image pour célébrer le photojournalisme en 350 pages et une dizaine de portfolios.
  • L’annuel de l’AFP : le monde en images  : l’opportunité de revivre les événements marquants d’une année, mais aussi des moments insolites et des singularités méconnues, à travers le regard des photographes de l’Agence France Presse.
  • La rubrique La semaine en image sur le site de Courrier International et d’autres diaporama composés de photographies publiées dans la presse du monde entier.

S’initier à la lecture de la photographie de presse

  • Qu’est-ce-que Photographier le réel ? Reportage, photojournalisme, documentaire : définition et historique des 3 approches. Dossier téléchargeable, réalisé par Nassim Daghighian, historienne de l’art spécialisée en photographie, critique d’art et enseignante (http://phototheoria.ch)
  • 3 petits ouvrages très didactiques, pour tous les publics, permettant de comprendre la démarche du photoreporter, les enjeux de ce média et de décrypter les images afin de mieux saisir l’actualité

Prises de vue : décrypter la photo d’actu  / David Groison, Pierangélique Schouler

Photos chopées : les images disent-elles la vérité ? / David Groison, Pierangélique Schouler

Regarder le monde : le photojournalisme aujourd’hui / Marguerite Cros, Yves Soulé

  • La Madone de Bentalha : histoire d’une photographie / Juliette Hanrot : Certaines photographie de presse sont devenues des icônes après avoir fait la une de centaines de journaux et aujourd’hui, été partagée des millions de fois sur les réseaux sociaux. Ce fut le cas du cliché de cette mère algérienne, terrassée par la douleur, pris pendant la guerre civile algérienne en 1997.  Cet ouvrage nous éclaire sur le parcours d’une photographie, sur la manière dont elle peut échapper à son auteur et à son geste pour servir d’autres propos voire construire un mythe. Il interroge aussi la manière dont on peut photographier la violence, celle de la guerre en particulier.
  • Quand les médias utilisent les photographies des amateurs / Laurie Schmitt : Source iconographique indispensable pour les médias, les photographies d’amateurs explosent à l’ère du numérique et les utilisations contemporaines de ces visuels – utilisations stratégiques, éditoriales, commerciales – sont révélatrices de mutations plus profondes du journalisme.

 

 

 

 

 

 

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