Populisme et droite radicale en Europe

- Modifié le 04/12/2018 par Département Société

Les partis populistes et de droite radicale tentent de s’imposer ou s’imposent déjà dans certains pays d’Europe sur fond de crise des réfugiés et parfois de crise économique. Les pays scandinaves, les plus prospères du continent, sont eux aussi touchés. Si le discours anti-immigration a favorisé le vote pour le Brexit, la sortie de l’Europe et de l’euro-zone n’est pas à l’agenda de la plupart des partis populistes qui craignent d’y perdre un objet de critique majeur, et avec lui, leur légitimation, mais aussi éventuellement les aides européennes. Néanmoins, ils ne sont en général pas prêts à obéir à toutes les exigences budgétaires de Bruxelles, ni désormais à se conformer à l’État de droit tel que défini par le traité de Lisbonne.

Réunion du groupe parlementaire européen Europe des nations et des libertés, Coblence, janvier 2017 - European Storytellers (site Open Source)
Réunion du groupe parlementaire européen Europe des nations et des libertés, Coblence, janvier 2017 - European Storytellers (site Open Source)

Le sujet occupe désormais tous les politologues, journalistes et autres commentateurs de la vie politique nationale et internationale : la démocratie « libérale » est en crise. Libéral au sens américain du terme, c’est-àdire qui garantit les libertés fondamentales, d’expression et de conscience, et au-delà des processus électoraux réguliers, la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Les partis populistes connaissent un succès sans précédent depuis 1945 dans de nombreux pays d’Europe. Certains s’alarment d’un retour des années 1930 sur fond de crise économique et de crise des réfugiés. Partout, la rhétorique des partis nationalistes-populistes fait de l’immigration, de l’identité nationale et de la corruption des élites ses principaux chevaux de bataille.

Les partis populistes se défendent d’être d’extrême droite et seraient en quelque sorte inédits. Comme l’expliquent Albert Ogien et Sandra Laugier dans Antidémocratie, ils s’adressent à « ceux d’en bas », contre « ceux d’en haut », y compris en attisant l’irrationnel et les passions contre la délibération et la raison. Ils cherchent à mettre un nom sur un malaise diffus nourri des craintes et des colères du « peuple » : « la présence effrayante d’étrangers, la détresse et la misère dans lesquelles les gouvernants abandonnent certaines franges de la population, la morgue et le mensonge des dirigeants, les fausses promesses de la démocratie ». Le discours populiste s’appuie sur l’amour de l’ordre, l’hostilité pour les étrangers, le dégoût des gouvernants et la haine des élites. Pour les populistes, les responsables de tous les problèmes sont, explicitement ou non, tous ensemble ou de manière différenciée : « les immigrés, les réfugiés, les juifs, les Arabes, les intellectuels, les communistes, les gauchistes, les politiciens, les banquiers, les technocrates, les eurocrates, les élites mondialisées, les homosexuels, les féministes, les écologistes ».

Dominique Reynié, un politologue particulièrement perspicace dans ses analyses de la conjoncture politique, fut le premier à repérer en 2011, dans Populismes, la pente fatale, le populisme en germe dans les sociétés occidentales.

Les années 2010 ont vu fleurir à sa suite une littérature qui traite tout ensemble des droites extrêmes et des mouvements populistes en Europe. Plus récemment, des essais de politique se sont penchés sur le populisme que nous connaissons de nos jours, y compris en France.

 

                 

 

              

Sont évoqués ci-dessous différents pays d’Europe et les partis populistes, nationalistes, de droite radicale, voire d’extrême droite, qui y sont actifs ou simplement présents de façon minoritaire.

La  Grande-Bretagne, jusqu’alors pays de civisme, de tolérance et de modération, ne fait plus tout à fait exception à l’outrance politique. Le vote pour le Brexit, soutenu par un discours souverainiste et anti-immigration, témoigne d’une montée du nationalisme anglais, même si l’appropriation des thèmes de l’immigration par la droite conservatrice laisse peu de place aux partis de la droite extrême.

Les partis nationalistes d’Écosse, du Pays de Galles et d’Irlande du Nord, qu’on dirait « régionalistes » de ce côte-ci de la Manche, ne voient en revanche pas de contradiction entre leur nationalisme, leur volonté d’auto-détermination et l’appartenance à l’Union européenne qui suppose un partage de souveraineté.

Le Scottish National Party et le Plaid Cymru (littéralement, Parti du Pays de Galles) défendent en effet un nationalisme civique, d’ouverture, tolérant et inclusif. Quant au Sinn Féin (« Nous-mêmes »), dominant en Irlande du Nord et connu autrefois pour sa radicalité et sa violence, il a évolué vers un « engagement critique » et adopté une position résolument pro-européenne depuis le vote en faveur du Brexit, car il voit dans l’Europe une chance de faire avancer son combat pour la réunification de l’île.

Sur le plan national, le British National Party, créé en 1982, dix ans avant le UKIP, prône un nationalisme ethnique et le droit du sang. Il a connu un succès inédit mais éphémère dans les années 2000. Ses deux députés entrés en 2009 au Parlement européen ne s’y sont pas maintenus en 2014 et il est aujourd’hui moribond, notamment en raison de son héritage fasciste et de ses liens avec des groupuscules violents qui ont fortement terni son image.

Le grand gagnant du vote pour le Brexit est le UKIP, Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UK Independance Party), fondé en 1993. Après avoir été un parti à objectif unique : retrouver la souveraineté du pays et lutter pour son retrait de l’Union européenne, il a opéré en 2010 un virage populiste, et qui s’est révélé stratégiquement décisif, en associant l’immigration et le rejet des élites à son euroscepticisme. Bien qu’il se soit défendu de tout racisme et de tout nationalisme agressif tel que celui du BNP, et qu’il ait déclaré son engagement pour un nationalisme civique, non xénophobe et d’essence patriotique, il fut sans cesse associé au racisme et soupçonné de liens avec l’extrême droite, d’autant que son infiltration par le BNP fut avérée. La sauvegarde de la britishness et de l’englishness, menacées par une Europe également responsable de l’immigration, joua un rôle majeur auprès de son électorat.

Après le Seconde Guerre mondiale, l’Italie interdit le Parti national fasciste (PNF) et la propagande fasciste (loi Scelba de 1953), mais autorise en 1946 le Mouvement social italien (MSI), un parti néofasciste minoritaire qui réalisera des scores électoraux d’env. 5 % jusqu’en 1992 et prendra le nom d’Alliance nationale en 1995. Impopulaire dans le Nord du pays occupé par les Allemands entre 1943 et 1945, il était bien implanté à Rome et dans le Sud. En janvier 1994, Silvio Berlusconi crée Forza italia en vue de gagner les élections du mois de mai et, pour ce faire, il fait appel au MSI, alors dirigé par Gianfranco Fini, qui se déclare « postfasciste », et à la Ligue du Nord, un cartel de partis régionalistes créé par Umberto Bossi en 1989-1991 sous le nom de Lega Nord per l’indipendenza della Padania, qui défend le Nord de l’Italie contre « Rome la voleuse » et le Sud « mafieux » (et assisté).

En 2009, Beppe Grillo crée le Mouvement Cinq Étoiles (Movimento 5 Stelle, M5S), un parti anti-partis (ni de droite ni de gauche) qui critique la corruption des politiques et veut plus de démocratie directe, mais qui n’est pas lié au nationalisme, au néofascisme ou au régionalisme nordique. Il s’oppose à partir de 2011 à la politique d’austérité menée par Mario Monti au « nom de l’Europe ». Il est en 2013 le premier parti d’Italie en nombre de voix, 25%, et compte ses partisans parmi les moins de 45 ans. Ayant obtenu en 2014 des élus au Parlement européen, il y fonde avec le UKIP le groupe Europe des Libertés et de la démocratie directe (ELDD). Grillo passe la main à Luigi di Maio en 2016, un Napolitain trentenaire qui incarnera le virage à droite du M5S.

La Ligue du Nord change à son tour de leader en 2013 en élisant à sa tête Matteo Salvini. Il oriente le parti vers des positions clairement nationalistes, déclarant que les intérêts des Italiens (de tout le pays) passent avant toute chose – Prima gli Italiani, proclame son slogan de campagne en 2018. La Ligue, c’est son nouveau nom, est décrite comme populiste, d’extrême-droite, eurosceptique, voire xénophobe. Elle crée en 2015 avec le Front national français et le FPÖ autrichien (Parti de la liberté d’Autriche) le Mouvement de l’Europe des nations et des libertés et un groupe du même nom au Parlement européen. Lors des élections de 2018, la Ligue s’est alliée dans le Sud à Casa Pound Italia (CPI), un parti qui veut représenter le fascisme du XXIe siècle, faire revivre l’esprit social du fascisme et former un homme nouveau, mais dont le discours néofasciste inspire des actions physiques contre les immigrés et leurs soutiens. Son alliance avec la Ligue l’a finalement étouffé électoralement et résolument affaibli.

Matteo Salvini, désormais ministre de l’Intérieur, entend faire résister le gouvernement aux « ditacts » budgétaires de Bruxelles sans sortir de l’euro et repousser l’immigration hors des frontières de l’Italie. Il a pour projet d’unir les souverainistes de toute l’Europe pour les élections européennes de 2019, tentant de dépasser le dilemme de changer l’Europe sans la quitter, c’est-à-dire en la contrôlant.

La Hongrie est aujourd’hui dirigée par Viktor Orbán, le leader du Fidesz-Union civique hongroise, qui contrairement au Jobbik, (Alliance des jeunes de droite – Mouvement pour une meilleure Hongrie), directement issu de la matrice historique du fascisme, est d’abord un parti conservateur, au sens classique de « contre-révolutionnaire ». Le Fidesz défend une vision anticommuniste et nationaliste de la Hongrie, nourrie de la nostalgie de la Grande Hongrie démantelée par le traité de Trianon en 1921 – investissant d’un fort pouvoir symbolique, à l’instar de tous les nationalistes hongrois, les populations hongroises ressortissantes des pays voisins, la Roumanie notamment. Orbán est moins eurosceptique que souverainiste, mu par le sentiment que la Hongrie, comme d’autres États est-européens, doit protéger la souveraineté qu’elle a récemment reconquise. Il est populiste au sens où il s’oppose à un certain consensus libéral et politique en Europe, et nationaliste dans sa défense d’une « démocratie chrétienne anti-migrant et anti-multiculturelle ». Il a jusqu’alors échoué à faire voter par le Parlement une loi constitutionnelle d’interdiction de l’installation en Hongrie de toute population étrangère non européenne, assortie de la non application de règles européennes qui seraient de nature à remettre en cause l’intégrité ethnique de la population. Il entend également faire adopter un texte sur les organisations non gouvernementales étrangères qu’il accuse de s’ingérer dans les affaires politiques intérieures et de favoriser l’immigration. Enfin, non seulement il contrôle les médias d’État, mais il a aussi placé des proches à la tête des grands médias privés – presse, sites Internet, télévision. Par ailleurs, les quelques 400 médias du pays ont récemment été contraints de se constituer propriété de Fondation des médias et de la presse d’Europe centrale dont la charte précise qu’ils sont tenus de « veiller à la préservation des valeurs nationales ». Orbán se définit lui-même comme un promoteur de la « démocratie illibérale », bien que ce néologisme ait été forgé par les libéraux américains, défenseurs de gauche de la démocratie libérale qu’Orbán tient pour incapable de faire face aux défis du XXIe siècle. Il s’oriente aujourd’hui clairement vers un régime autoritaire et liberticide.

Le Parlement européen a voté en septembre 2018, à une large majorité, l’activation de l’article 7 des traités de l’Union sur le manquement à l’État de droit à l’encontre du gouvernement de Viktor Orbán. Cet article 7 ne fut actionné qu’une fois dans l’histoire de l’Union, pour l’heure sans résultat, contre la Pologne à la fin de 2017.

En Pologne, le pouvoir est aux mains du groupe parlementaire du PiS, le parti Droit et justice, dirigé par Jaroslaw Kaczyński, bien qu’il ne détienne ni le poste de président de la République ni celui de Premier ministre. Héritier de Solidarnosc, le PiS constitue de fait un vivier pour la droite polonaise dont les profils politiques et idéologiques sont assez divers. Sa construction est néanmoins fragile, reposant entièrement sur Jarosław Kaczyński, et alors que les partis issus de Solidarité se caractérisent par des jeux de transfuge permanents des uns vers les autres. Kaczyński n’est pas très populaire, il est même critiqué à droite, mais sa politique bénéficie d’un réel soutien de la frange de la société polonaise politisée à droite : l’opinion informée, les organisations politiques, certains pans de l’Église, nombre d’intellectuels, auxquels s’ajoutent désormais les jeunes. Il est en outre crédité d’avoir mis fin à la corruption communiste qui a continué à régner après 1989 et il tire profit, ainsi que son parti, de l’aura de son frère Lech décédé en 2010 alors qu’il était président de la République.

Comme le Fidesz, le (PiS) est souverainiste et conservateur, voire néo-conservateur (influence américaine), et les deux partis ont noué une alliance opportuniste sur les migrants qui n’est cependant pas représentative d’une alliance politique solide. Ils aiment toutefois se référer l’un à l’autre, Orbán se flattant de ne pas être le seul anti-migrant en Europe, les Polonais le gratifiant d’être un précurseur de la politique illibérale. Ils se différencient dans leur rapport à Moscou : si Orbán est plutôt tolérant à son égard car la Hongrie dépend de la Russie pour son approvisionnement énergétique, la Pologne redoute le militarisme russe et les risques géopolitiques pour la région de la politique extérieure de Vladimir Poutine.

En décembre 2017, la majorité du PiS a définitivement adopté deux réformes controversées du Conseil national de la magistrature, chargé de la nomination et de la déontologie des juges, et de la Cour suprême, l’équivalent de la Cour de cassation, ce malgré le veto émis par le président de la Pologne, Andrzej Duda, à cette nouvelle législation qui place les institutions juridiques sous la dépendance des élus. Des purges ont d’ores et déjà été engagées dans de nombreux tribunaux, ce qui permettra d’y nommer de nouveaux juges selon les nouvelles règles. Le tribunal constitutionnel avait déjà été mis sous contrôle politique à la fin de 2015. L’Union européenne a déclenché, sans résultat, l’article 7 du traité de Lisbonne sur le manquement à l’Etat de droit. La saisine de la Cour de justice de l’Union européenne est maintenant en cours, mais les sanctions à l’égard d’un pays de l’UE doivent être votées à l’unanimité.

Comme la Hongrie et l’Italie, la Pologne entretient un rapport ambivalent à l’Union européenne : elle veut y imposer sa souveraineté, mais ne pas la quitter, d’une part, parce que la critique de l’Europe est un élément de sa légitimation politique, d’autre part, pour ne pas perdre les subsides qu’elle en tire.

En Allemagne, des groupuscules néonazis violents existent essentiellement dans les nouveaux Länder de l’ancienne Allemagne de l’Est. Le nombre de militants était estimé en 2010 à environ 5 600 et le nombre de sympathisants à 25 000. Les néonazis se revendiquent clairement antisémites, antisionistes, anticommunistes, antitziganes, homophobes, racistes et suprémacistes.

La NSU (Nationalsozialistischer Untergrund / Clandestinité national-socialiste) a notamment assassiné neuf migrants et un policier et perpétré trois attentats à la bombe. La dernière survivante des auteurs de ces crimes a été condamnée en 2018 à la prison à perpétuité.

Le mouvement Pegida (Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes / Européens patriote conte l’islamisation de l’Occident /) s’est formé à Dresde en 2014 où il a organisé jusqu’en 2015 des manifestations de rue qui ont réuni un total de 25 000 personnes.

L’AfD (Alternative für Deutschland), fondé en 2013, s’est d’abord affirmé comme un parti anti-euro sans être anti-européen et il s’est extrémisé en 2015, lors de la crise des réfugiés, sur les thèmes de l’immigration et de l’islam. S’il a toujours nié avoir des liens avec l’extrême-droite, il s’est affiché avec Pegida à Chemnitz en 2018 lors de rassemblements de protestation qui ont donné lieu des chasses à l’immigré et aux journalistes. Le slogan de la réunification « Nous sommes le peuple » est devenu une devise hostile à l’étranger. Plus l’AfD se radicalise, plus ses frontières avec l’extrême-droite s’estompent, plus son taux de popularité croît. Le parti a désormais 92 députés sur 709 au Parlement fédéral (Bundestag) où il est parvenu au 3e rang des partis représentés, et 197 sur 1 821 dans les parlements régionaux. Lors des dernières élections en Bavière et en Hesse, l’AfD a fait des scores de 13 %. En Hesse, il est en 4e position devant le FDP (libéral) et Die Linke (gauche). Egalement en 4e position en Bavière, il y est devancé par les Freie Wähler (Électeurs libres), un parti localiste et défenseur de la démocratie directe, mais se place devant le SPD (sociaux-démocrates) et le FDP (libéral).

Les populismes de Scandinavie ont éclos dans des sociétés qui restent les plus prospères d’Europe. Plus que sur la paupérisation réelle des « perdants de la mondialisation », ils s’appuient notamment sur le ressenti ou la peur du déclassement.

En Norvège, le Parti du Progrès (Fremskrittspartiet, FP) appartient à une droite radicale libérale et nationale conservatrice, assez éloignée du Front national français avec lequel le FP n’a jamais voulu s’allier. Il s’est radicalisé sur la question de l’immigration dans une société où la population est à 87% sans ascendance étrangère, à 70% affiliée à l’Église luthérienne, dans un pays où la proportion d’étrangers est passée de 4% en 1990 à 12% en 2018. Il se méfie de l’islam dans l’environnement local et accuse les réfugiés et les immigrés de « tourisme social ». Le FP, premier parti d’opposition, a remporté 16,3 % des suffrages lors des élections législatives de 2013, régressant du 2e rang au 3e rang des partis de Norvège. Il fait partie de la coalition au pouvoir avec le Parti conservateur et le Parti libéral et compte sept ministres au gouvernement, sur un total de dix-neuf, non compté le Premier ministre.

Au Danemark, le Parti du peuple (Dansk Folkeparti, DF) est né en 1995 sur les cendres du Parti du Progrès (Fremskridtspartiet), un parti populiste poujadiste fondé en 1972, refusant l’impôt et l’État providence, franchement xénophobe et islamophobe dès le début des années 1980 et l’afflux de réfugiés. Le DF a choisi depuis 2001 de ne pas participer au gouvernement et de mener sa lutte politique au Parlement en monnayant son soutien au centre droit au pouvoir. En résultèrent en 2002, le vote de lois très restrictives sur le droit au séjour des étrangers non communautaires et en 2018, un programme de mesures destinées à favoriser l’assimilation (et non pas l’intégration) des enfants issus de l’immigration dans vingt cinq quartiers urbains présentés comme des « ghettos ethniques ». La lutte contre l’immigration et le maintien de l’État-providence sont les deux piliers du vote DF. Une politique anti-migratoire drastique a été mise en place dans le but affiché de maintenir la flexisécurité et l’État-providence. Le Premier ministre libéral a demandé que les 21 000 réfugiés syriens retournent dans leur pays d’origine et le Danemark n’a accepté aucun réfugié en 2018. Les sociaux-démocrates eux-mêmes ont été convaincus de présenter en février 2018 un projet de loi destiné à tarir l’arrivée d’étrangers non occidentaux et à réformer le système d’asile en installant des centres d’accueil à l’extérieur de l’Europe. Le Premier ministre et tous les membres du gouvernement danois appartiennent au Parti libéral, le DF ayant refusé de former un gouvernement à la suite des dernières élections de 2015.

En Finlande, le parti des Vrais Finlandais (Perussuomalaiset, PS), fondé en 1995, est une mutation du Parti rural – un parti populiste, nationaliste et agrarien qui s’est effondré en raison d’un anticommunisme qui n’avait plus de raison d’être et de l’exil rural qui a en partie vidé les campagnes des « ruraux ». Le PS avait à l’origine le projet de s’adresser aux chômeurs (8,4%) et de s’opposer à l’entrée du pays dans l’Union européenne dont il trouvait la contribution trop élevée. L’immigration (4,5% en 2017), dont la composante est principalement musulmane, irakienne et somalienne, a généré en son sein un mouvement anti-multiculturaliste. Entré au gouvernement en 2015 avec des portefeuilles régaliens, notamment les Affaires étrangères pour son leader Timo Soini, fondateur en 2017 de Réforme bleue (Sininen tulevaisuus, ST, littéralement Avenir Bleu), né d’une scission avec le PS. Comme d’autres partis populistes européens, le PS est eurosceptique mais ne veut plus quitter l’UE et l’eurozone et il défend des points de vue proches de la gauche en matière de protection sociale et du rôle de l’État tout en étant de droite sur les problèmes sociétaux. Il prétend incarner le « Finlandais de base » et ne pas faire partie des élites décriées. Il veut apparaître comme un parti respectable tout en proposant de restreindre les droits des étrangers mais aussi des minorités suédoise et samie. L’élection de l’eurodéputé Jussi Halla-aho à la tête du PS en 2017 a conduit à la création par scission de Réforme bleue (ST) dont les membres reprochaient au nouveau leader son ethno-différentialisme radical et la prise du pouvoir par l’extrême-droite au sein de leur formation. Tous les ministres PS en fonction au gouvernement ont rejoint le ST. Le Premier ministre finlandais appartient depuis 2015 au Parti du centre (Suomen Keskusta, abrégé en Kesk), centriste, social-libéral, libéral et agrarien, et le gouvernement est formé de membres du Kesk, du Parti de la coalition nationale (Kansallinen Kokoomus, abrégé en Kok), conservateur et libéral, et du nouveau ST.

En Suède, le parti des Démocrates suédois (Sverigedemokraterna, SD), dont la création remonte à 1988, se situe à l’extrême-droite de l’échiquier politique. Il a obtenu 17% des suffrages aux élections de 2018. La coalition social-démocrate et écologiste actuellement au pouvoir a remporté 40,6 % des voix et l’opposition libérale et conservatrice 40,3%. Le SD, avec lequel ni les uns ni les autres n’étaient prêts à gouverner, d’où peut-être un score moins élevé qu’attendu, a néanmoins réussi à imposer son agenda sur l’immigration et contre le multiculturalisme. Il a néanmoins dû procéder à une refondation en éliminant sa branche d’extrême droite terroriste (env. 1000 membres) née dans les années 1980, une forme de « normalisation » comparable à celle du Front national en France.

Comme au Danemark, l’argument anti-immigration est fondé sur la menace que les immigrés représentent pour la protection sociale des autochtones. La population d’origine étrangère est en Suède de 18% en 2018 contre 14% en 2010 et 7% en 1970. 16% des étrangers sont sans travail, pour un chômage global de 6,1%, ce qui engendre la peur du déclassement social. Le regroupement familial des étrangers a été limité à la famille nucléaire et compliqué pour les pays jugés « sûrs », tels que l’Afghanistan. Les impôts les plus élevés (jusqu’à 85 et 75%) de la classe moyenne supérieure ont été baissés, ce qui a entamé le financement de l’État social et la réduction des filets de sécurité pour la classe moyenne inférieure (accès aux soins, aide aux personnes âgées, accès à l’emploi public).

Le Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés a obtenu en 2015 le statut de groupe politique au parlement européen sous le nom d’Europe des nations et des libertés. Il réunit le Parti bleu allemand (issu de l’AfD), le FPÖ autrichien, le Vlaams Belang belge, le Rassemblement national français, la Ligue italienne, le Parti pour la liberté néerlandais (Partij voor de Vrijheid, PVV), le Congrès de la nouvelle droite polonais (Kongres Nowej Prawicy, KNP) et un membre sans étiquette élu avec le UKIP. Le Mouvement comprend en outre le Volya bulgare (Pouvoir), le Néa Dexiá grec (Nouvelle droite) et la Liberté et démocratie directe tchèque.

 

Une table ronde intitulée Nationalismes et populismes, un défi pour l’Europe et le monde se tiendra à la Bibliothèque de la Part-Dieu le samedi 12 janvier, l’après-midi, de 14h30 à 17h.

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