Deux ou trois choses que je sais de la Tunisie…

- temps de lecture approximatif de 15 minutes 15 min - Modifié le 23/06/2016 par Gadji

La récente tuerie en Tunisie, revendiquée par Daech, a tristement remis ce pays au cœur de l'actualité.

Pourtant il en était moins question depuis le grand mouvement, polymorphe et pour le moins complexe, des Printemps Arabes, dont cette terre à part d’Afrique du Nord, qui entretient depuis plus de 2000 ans des liens resserrés avec l’espace européen, avait été à l’initiative. Pour rappeler très brièvement le déclenchement des événements, le 4 janvier 2011 un jeune homme de 27 ans, Mohamed Bouazizi, meurt des conséquences d’une auto-immolation publique suite à une altercation avec la police qui, pour être lapidaire, lui avait confisqué son outil de travail. Cet acte a provoqué une indignation sans précédent dans la population et de nombreuses manifestations qui ont provoqué la chute du président Ben Ali dix jours plus tard.

Le fait que les révolutions de 2011 soient parties de ce pays aux élites francophiles, « occidentalisé », influencé par le modèle politique d’Ataturk, où les femmes sont encouragées par la loi à vivre plus librement qu’ailleurs, pourrait avoir de quoi intriguer. Emmanuel Todd donne des éléments d’explication d’ordres sociologiques et démographiques dans son livre d’entretien Allah n’y est pour rien (2011), il y démontre les corrélations entre une forte et rapide augmentation de l’alphabétisation, la diminution du taux de fécondité qui en découle et les probabilités révolutionnaires. Il donne pour exemples la révolution iranienne, dont il fait le prototype des révolutions arabes de 2011, ainsi que les révolutions françaises et russes.
S’il n’est pas question de soutenir des analogies excessives, il est possible d’émettre l’hypothèse que dans le mouvementé monde arabe, l’embrasement révolutionnaire de la Tunisie soutiendrait plutôt la théorie proposée par E. Todd : la Tunisie n’était pas le pays le plus pauvre de la région, c’était en revanche l’un des plus écartelés, l’un de ceux où le pouvoir coïncidait le moins avec la société, celui dans lequel toute une tranche d’âge, éduquée et consciente de son sort, se voyait reléguée à un déclassement social très difficile à supporter.
Quelle a été la généalogie de cette révolution ? Où en est, quatre ans après la Tunisie ? Quel rôle jouent les islamistes dans le jeu politique ? Quelle place ont les femmes dans la société ? Comment la Tunisie se positionne face aux bouleversements actuels, face à la situation, parfois chaotique, comme c’est le cas en Libye, de ses voisins immédiats ? Autant de questions que soulèvent les différents livres, articles, réponses disponibles à la BM de Lyon.

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I) Tunisie qui es-tu ?!

La Tunisie est un pays composé de jeunes : 40% de la population a moins de 25 ans. Cette jeunesse est éduquée, contrairement aux générations précédentes, mais n’a pas la possibilité de s’exprimer professionnellement, elle est tenue à l’écart du marché du travail, dans un état de précarité généralisé. Son image lisse, féministe, francophile, progressiste, alphabétisée, composée de classes moyennes est par ailleurs très partielle : toute une partie de la Tunisie est beaucoup plus fractionnée, plus âpre, moins « occidentalisée », c’est cette partie-là de la population qui est à l’origine de la révolution.
La Tunisie a en outre été gouvernée par seulement deux hommes depuis 1959 (son indépendance date de 1956), Bourguiba et Ben Ali qui ont institué des régimes autoritaires et laïcs, volontiers gérontocratiques. Ces régimes présentaient des facettes contradictoires selon les grilles de jugement répandues en Occident. Durant cette période les droits des femmes se sont largement étendus, l’extrémisme religieux a été combattu, un modèle éducatif calqué sur les principes des Lumières s’est développé ; parallèlement la torture était permise, les opposants politiques éliminés, le culte de la personnalité encouragé, le caractère policier très affirmé (30 000 policiers au départ de Ben Ali en 2011, un chiffre équivalent à celui de la France pour une population six fois inférieure).



C’est à ces contradictions, oppositions, incompatibilités que s’intéresse l’historienne et directrice d’études à l’EHESS franco-tunisienne Jocelyne Dakhlia dans Tunisie, le pays sans bruit, publié aux éditions Actes Sud en 2011. Ce livre passionnant fait état des lieux de la Tunisie au sortir de la Révolution.
Bourguiba est dépeint comme un personnage charismatique, autoritaire, moral et instruit ; le questionnement développé à propos de la politique progressiste de Bourguiba et de l’aspect « démocratique » de son régime, tel qu’il pouvait être perçu en Europe, est particulièrement éclairant. Ben Ali est quant à lui décrit comme bien moins cultivé, sans aucun charisme, plus roublard, utilisant aisément des techniques mafieuses. Il a poursuivi toutes les lignes de force initiées par son prédécesseur, comme l’élargissement de la législation sur le divorce ainsi que le renforcement de l’autoritarisme politique.
C’est dans ce contexte très dur mais également progressiste sur les questions sociétales que l’auteur peut rappeler que « La révolution tunisienne a surgi d’un angle mort » (expression de Fethi Benslama). En effet, selon elle l’Occident était dans un déni de dictature face au régime de Ben Ali. Cela l’amène à poser clairement un certain nombre de questions intéressantes : « Comment un pays peut-il devenir une telle dictature sans que ses voisins s’en émeuvent et réagissent ? Comment a-t-il pu bénéficier d’une image si positive, notamment en France ? Comment une société peut-elle subir une telle dictature si longtemps sans se soulever ? Une accoutumance, une force de l’obéissance se développe-t-elle automatiquement ? Comment comprendre la soudaineté avec laquelle ce pays est sorti de l’obéissance et le basculement révolutionnaire ? »
Le raisonnement suit son cours en cherchant des éléments d’explication à la soudaineté de cette révolution, au passage quasi-instantané d’un état de peur généralisé à un état de confiance en l’avenir. Cette prise de confiance est largement entendue comme l’expression de la jeunesse tunisienne lasse d’être gouvernée par une gérontocratie. Il faut également noter que, politiquement, la société était simplement muette : dès les premiers jours de la révolution, des discours structurés se sont fait entendre, avec des points de vue et des sensibilités divergents, des oppositions internes, des courants de pensées ; ce qui prouve qu’ils existaient déjà en sourdine.
Une réflexion plus large à propos des caractéristiques d’un régime démocratique est également menée : « Il n’est pas de fondation démocratique si l’on n’est pas prêt à reconnaître le vote égal et légitime de qui n’est citadin, ni laïque, ni spécialement instruit, ni progressiste en matière de droit des femmes (…) Que l’on se prépare à l’adversité politique est une chose ; que l’on délégitime inconsciemment son adversaire politique, au prétexte qu’il n’entre pas dans un schéma socio-historique qui fut officiel et dominant, en est une autre et c’est là se condamner à une forme de déni, par rapport à la question de l’islam politique, notamment. »
Jocelyne Dakhlia termine son ouvrage par une analyse de l’islam politique et rappelle qu’il n’y a pas eu d’islamistes dans le déclenchement de la révolution, qu’ils ont pris la marche en route. Il convient toutefois de souligner qu’Ennehadha est un mouvement nourri de courants plus ou moins nuancés, il a par exemple adhéré au Code du statut personnel de 1956 qui abolit la polygamie et la répudiation, ce qui rend cette formation politique difficile à classer définitivement. Un point sur le postulat universaliste originel de la révolution conclut ce remarquable ouvrage qui constitue une excellente introduction, nuancée, critique, complexe, personnelle et très accessible de la Tunisie contemporaine.



Une approche plus philosophique est proposée par Youssef Seddik dans Tunisie, la Révolution inachevée publié aux éditions de L’Aube en 2014. Ce livre a le mérite d’être vivant et spontané de par sa forme d’entretien. Les qualités de philosophe et de pédagogue de Youssef Seddik permettent d’avoir une approche encore une fois très plurielle et nuancée de la Tunisie d’aujourd’hui.
La question récurrente de la nouvelle Constitution, adoptée en janvier 2014, est bien traitée : l’auteur précise qu’il n’y a pas encore d’égalité de droits hommes/femmes, quant aux droits de succession par exemple. Il est beaucoup question de la relation entre cette nouvelle Constitution et le Coran, selon l’auteur : « Les plus éclairés de Ennahdha ont le devoir de dire à la Tunisie révolutionnaire comment ils comptent dégager du livre révélé ce qui est commun à l’humain et ce qui n’est dans ce livre que ponctuel, conjoncturel, lié à l’époque de sa révélation et qu’on doit aujourd’hui conserver dans la récitation et le culte seulement, sans l’invoquer pour agir et gouverner ».
Il fait un bilan contrasté de la situation en Tunisie, pointe les ambiguïtés d’Ennahdha et de son leader historique Rached Ghannouchi. Pour ce dernier l’idée de nation n’a aucune importance, il se sent plus proche d’un indonésien musulman que d’un laïc tunisien.
Par ailleurs, et comme Fethi Benslama, l’auteur voit un phénomène sacrificiel, christique, dans l’acte d’auto-immolation de Bouazizi. Le discours est imprégné de religiosité, favorable a des interprétations subjectives du Coran détachées des impératifs sociaux de la période dans laquelle il a été écrit. Selon Y. Saddik le principal problème du monde musulman est l’alignement de l’Islam pratiqué en Afrique du Nord sur le modèle du wahhabisme importé par les Saoudiens : très rigoriste et favorable à la destruction de tous les lieux historiques, archéologiques y compris islamiques qui favoriseraient l’idolâtrie et le polythéisme.
A propos de la question cruciale de la place des femmes, l’auteur retrouve les racines du rôle spécifique joué par les femmes dans la société tunisienne, par rapport aux autres pays musulmans, dans la figure mythique de Zazia, héroïne de la Geste Hilalienne, texte fondateur de la Tunisie Arabe au Moyen Âge. Un livre éclairant.

Article d’Henry Laurens, Une Révolution sans Utopie, Gallimard, Le Débat, 2012/2 n° 169
Dans cet article également rédigé sous la forme d’un entretien, le grand spécialiste du Moyen-Orient Henry Laurens, professeur au Collège de France, traite des révolutions arabes en général en donnant un point de vue très net. Il rappelle que le monde musulman n’est pas un bloc et note, comme Emmanuel Todd, les mutations de la pratique de l’Islam suite aux progrès de l’alphabétisation. L’Islam était jusqu’alors un ensemble de prescriptions orales et de superstitions, désormais les gens s’appuient sur le texte, de la même façon que lors de la Réforme protestante, en Europe au XVIe siècle.
L’aspect conservateur de ces révolutions est ici bien traité : « On se trouve à l’arrivée devant quelque chose d’assez paradoxal, qui est une révolution conservatrice, dans un sens qui n’a rien à voir avec ce qu’a été la révolution conservatrice de l’entre-deux-guerres. (…) Qu’apportent les récentes révolutions arabes et pourquoi peut-on parler de “révolutions conservatrices” à leur propos ? Conservatrices, elles ne le sont pas au sens où elles auraient tenté, par exemple, de restaurer d’anciennes monarchies. Il ne s’est rien produit de tel. (…) Elles ont produit des résultats conservateurs en signant le retour du pays réel, et également, dans le cas tunisien, le retour dans la vie politique de gens qui avaient dû émigrer après avoir passé souvent des années en prison. Au travers d’elles, c’est la majorité silencieuse qui a repris le dessus… ». H. Laurens rappelle en outre qu’en Tunisie le mouvement a été tout à fait endogène, qu’il n’a pas eu besoin de l’OTAN pour démettre le pouvoir politique en place ; l’objectif général de ces révolutions étant de « faire coïncider le pouvoir avec la société » et de résorber le fossé déjà évoqué.

II) Allers et retours sur la Révolution tunisienne

Pour mieux comprendre ce qui se passe actuellement revenons à l’acte fondateur de la Tunisie nouvelle. Pour comprendre ce pays il est absolument nécessaire d’analyser le déroulement de la cette révolution inattendue et de sa généalogie que le poète syrien influencé par Nietzsche, Adonis, évoque dans un essai consacré aux révolutions arabes.


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Adonis, Printemps Arabes, Religion et révolution, La Différence, 2014
Adonis est donc un poète syrien qui observe le Printemps Arabe avec l’œil d’un spectateur engagé. Il en appelle à une « transmutation de toutes les valeurs » qui passe par la conquête de la liberté absolue pour les femmes. Ce livre est composé de réflexions spontanées sur l’état du monde arabe après les différentes révolutions qui l’ont parcouru. Ces pensées sont d’ordre plutôt philosophique, elles peuvent prendre parfois l’allure de propositions politiques très générales : « le soleil, dans la société arabe, ne se lèvera tous les jours qu’à une seule condition : fonder la société civile, la vie humaine civile, au-delà de toutes les appartenances. » Il en appelle à une séparation des mondes religieux et politiques ainsi qu’à l’avènement d’une société humaniste et libérale : liberté de circuler, de s’exprimer, droits individuels, sans pour autant renier la religion “la religion est aussi liberté, non-servitude”. Il estime que le terrorisme pousse sur le terreau de la misère sociale et éducative.



Mondher Kilani, Tunisie, carnets, d’une révolution, Pétra, 2014
L’anthropologue Mondher Kilani, professeur à l’Université de Lausanne, marqué par la pensée de Michel Foucault insiste dans ce livre sur la place des minorités dans les représentations sociales (les femmes notamment), sur la façon avec laquelle l’Islam « gouverne les corps ». Il débute sa réflexion en reprenant celle d’Étienne La Boétie à propos de la servitude volontaire, en observant les problèmes que posent la « libération » des peuples longtemps asservis. Il rappelle que « La Tunisie libérée de son dictateur s’est retrouvée prise en tenailles entre des dizaines de partis politiques et d’associations, dont la plupart n’avaient pas participé à la Révolution, ni n’avaient d’idées claires sur la Constitution. » Un chapitre très intéressant est consacré aux spécificités de la condition des femmes en Tunisie dans la foulée de cette révolution, sur la place du voile dans la société en germe, à la critique de l’universalisme féministe. Des vecteurs de contestation plus inattendus sont évoqués : c’est le cas du rap et de la culture hip-hop en général, avec des chansons comme Rais El Bled (Président du pays) du rappeur El General qui s’en prend explicitement à la gestion du pays par Ben Ali.
Un internaute cité résume la situation de la Tunisie, et les problèmes plus généraux de la représentativité, de la récupération des mouvements populaires : « Les subalternes ont parfaitement conscience d’avoir fait quelque chose de sérieux et d’historique pour la Tunisie, mais ils n’en ont pas le concept, ou pour dire autrement, on a très tôt parlé pour eux, ce qui revient à dire qu’on les a fait taire ; on les a ignorés et instrumentalisés ». L’enjeu est de trouver une voie entre dictature et fondamentalisme, Mondher Kilani en appelle à la création d’un nouveau récit pour une société autonome. Voilà un bon livre d’analyse qui est également engagé, ce qui ajoute du dynamisme au propos.



Fethi Benslama, Soudain la Révolution !, Denoël, 2011
Cet ouvrage a été rédigé à chaud par le psychanalyste Fethi Benslama, né en Tunisie, professeur à Paris VII, suite à la révolution de janvier 2011. Il note les références récurrentes dans les rues tunisiennes au suicide de Bouazizi. Bouazizi est devenu le symbole d’une jeunesse étudiante déclassée et frustrée qui ne peut pas exprimer son potentiel dans une société “injuste”.
Ce livre est avant tout une interprétation psychanalytique de la situation révolutionnaire en Tunisie, il insiste sur l’analyse psychologique des foules et du rapport de ces foules avec l’acte d’auto-immolation de Bouazizi, dans lequel il voit une forme sacrificielle, “mythique”. Nous avons ici affaire à une réflexion originale à propos de la récupération des découvertes scientifiques par le discours religieux et le fait que beaucoup de théoriciens islamiques-istes (terminologie peu claire) soient de formation scientifique. Le traitement de la force de l’imaginaire et du symbolique donne de l’originalité et du contraste au propos : le feu, la décapitation, la Tunisie comme pays-femme (peu viril à côté de ses voisins d’Afrique du Nord) sont autant d’idées-type auxquelles Fethi Benslama raccroche une réalité voilée.

Article de Thierry Brésillon, Révolution en Tunisie 2.0, dans la revue Altermondes, mars 2015 p. 39-41
Cet article récent traite de l’utilisation des réseaux sociaux et des blogs par les jeunes tunisiens à l’initiative de la Révolution, du rôle de ces médias dans les événements, peut-être à nuancer. L’auteur note que « si les pionniers de la cyberdissidence ont pu marquer les esprits et s’engager, c’est qu’ils avaient avant tout abondamment nourri leur réflexion politique. Mais dans une révolution sans vision commune et sans projet d’ensemble, chacun s’est concentré sur sa sphère d’action. » La récupération de ces outils par les djihadistes, qui font un important travail de recrutement et d’endoctrinement grâce à eux, est enfin évoquée ; cette réflexion contraste un courant d’opinion quelque peu optimiste faisant des réseaux sociaux les alliés naturels de l’expression démocratique et progressiste.

Pour approfondir le sujet, la conférence que le franco-tunisien Mohamed Chérif Ferjani a donnée à la BM de Lyon le 31 mai 2011
à propos des espoirs démocratiques que soulèvent les révolutions arabes est à consulter afin de mesurer le chemin parcouru depuis 4 ans. La conférence du 22 octobre 2013 par Laurent Bonnefoy sur les jeunesses arabes présente un aspect fondamental de l’identité de ces révolutions, celui de la place prise par la jeunesse.
Ces deux conférences ont été prononcées dans le cadre le cadre du cycle La-bas quelle Heure est-il ? qui traite des questions d’actualité internationale.

III) La Tunisie aujourd’hui : démocratie, Islam, politique

Comme nous l’avons vu, les façons d’appréhender le politique en Tunisie sont pour le moins foisonnantes ; des courants contradictoires s’opposent, tentent de trouver des compromis, des accords, parfois la situation explose, de façon plus ou moins tragique. Les ouvrages récents qui suivent permettent d’appréhender cette pluralité à travers des formes différentes.



Moncef Marzouki, l’invention d’une démocratie, les leçons de l’expérience tunisienne, La Découverte, 2013
Moncef Marzouki a été président du Congrès pour la République (un parti politique), entre 2001 et 2011, puis président de la République de Tunisie entre 2011 et 2014 grâce à une coalition avec Ennadha et Ettakatol (le Forum démocratique pour le travail et les libertés). Ce livre est un témoignage personnel et un programme politique expliqué avec des objectifs généraux ainsi que des traits plus “philosophiques”. Il est intéressant car il offre un aperçu de l’état politique dans lequel se trouve la Tunisie, la façon dont se sont cristallisées les aspirations récentes.

Séverine Labat, Les islamistes tunisiens, entre l’État et la mosquée,Demopolis, 2013
Séverine Labat, sociologue, chargée de recherches au CNRS, articule son propos en partant des événements du 14 septembre 2012, date à laquelle l’ambassade de France a été attaquée par des salafistes. Elle explique les mécanismes de la radicalisation rapide de l’islamisme tunisien. Ce livre revient sur les confusions politiques post-dictatoriales, les ambiguïtés d’Ennahdha, la personnalité de son leader Ghannouchi, et finalement la continuité entre les autoritarismes civil et religieux. Cet ouvrage touffu fait un bilan des différentes façons d’appréhender la politique par les islamistes en Tunisie. A consulter pour des recherches assez approfondies.



Emna Belhaj Yahia, Tunisie, Questions à mon pays, L’Aube, 2014
Ce joli texte assez littéraire est une interrogation sur l’évolution du pays natal de l’auteur, la Tunisie, au regard de l’Europe, et particulièrement de la France. Elle essaye de comprendre la situation du pays à travers des observations sensibles. Le récit commence sous la forme d’un dialogue avec elle-même qui donne l’impression d’une introspection ou d’une réflexion silencieuse. Le ton de l’ouvrage peut rappeler Enfance de Nathalie Sarraute.
Par-delà l’aspect formel et très personnel de cet ouvrage, elle explique que la façon de vivre en Europe avait longtemps été vue comme plus en adéquation avec les principes de l’Islam que celle dans les pays musulmans. Remarque une concomitance entre les affirmations autoritaires et violentes du régime civil et celle de la sensibilité islamiste. A découvrir pour une approche agréable et néanmoins instructive de la Tunisie contemporaine.

Mohamed Chérif Ferjani, Prisons et Liberté, Mots Passants, 2014
Mohamed Chérif Ferjani, professeur à l’Université Lumière Lyon 2 et à l’IEP de Lyon, directeur du Groupe de Recherche et d’Études sur la Méditerranée et le Moyen Orient (GREMMO), est un intellectuel Tunisien engagé à gauche. Il revient dans ce livre sur son parcours politique en employant des registres variés, plus littéraires ou sociologiques selon les objectifs du propos. A découvrir.

La réponse du Guichet du Savoir du 07 septembre 2011 donne un aperçu encore pertinent des publications à chaud sur la révolution en Tunisie.

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