L'écologie vue d'ailleurs

Cinq essais qui ont marqué l’écologie dans le monde

- Modifié le 09/01/2019 par Michel W.

A l'heure de l'urgence climatique, la COP24 vient nous rappeler que l'écologie est avant tout un enjeu mondial. En la matière, la France peut s’enorgueillir d'avoir compté des intellectuels qui ont grandement contribué à la réflexion écologique : Jacques Ellul, André Gorz ou plus récemment Bruno Latour. Qu'en est-il du reste du monde ? Voici une liste - forcément limitative - de cinq essais d'auteurs qui ont marqué le mouvement écologique planétaire.

Rachel Carson observant des oiseaux à Woods Hole, MA.
Rachel Carson observant des oiseaux à Woods Hole, MA. (AVEC L'AUTORISATION DU RACHEL CARSON COUNCIL, INC.)

Printemps silencieux de Rachel Carson (1962)

Écoulé à plus de deux millions d’exemplaires et traduit en seize langues, Printemps silencieux est bien plus qu’un best-seller. A sa publication, son auteure jouit déjà d’une solide réputation de vulgarisatrice scientifique. Biologiste de formation, l’américaine Rachel Carson voit en effet ses talents d’écrivain reconnus pour ses essais remarqués sur la mer dont la qualité littéraire est appréciée.

Dans Printemps silencieux, elle dénonce l’impact des pesticides sur les animaux et les êtres humains dans le style clair et poétique qui a fait sa marque de fabrique. L’immense succès de son livre auprès du grand public contribuera à éveiller les consciences aux enjeux environnementaux. Son livre jouera notamment un rôle majeur dans l’interdiction du DDT aux Etats-Unis. Printemps silencieux est ainsi considéré par beaucoup comme marquant la naissance de l’écologie aux États-Unis, voire en occident.

Le journaliste écologiste Fabrice Nicolino lui consacre un portrait sur France culture :

Ecologie, communauté et style de vie d’Arne Naess (1973)

Dans ce discret essai publié à Oslo en 1973, le philosophe norvégien Arne Naess pose les grands principes de sa philosophie environnementale qui se répandront graduellement dans le monde à partir de leur traduction en anglais dans les années 80. Prenant acte de la crise écologique, Ness y fustige ce qu’il nomme « l’écologie superficielle » : celle qui se contente de lutter contre la pollution et l’épuisement des ressources afin de préserver le bien-être des sociétés avancées. Pour Ness, l’homme doit questionner son rapport à la nature au nom du lien qui l’unit à toutes les formes de vie sur terre. Ce n’est que grâce à ce travail d’introspection qu’il pourra dégager une nouvelle vision de la nature et ainsi changer son comportement.   

Loin de s’arrêter à la critique de la société capitaliste et techno-industrielle, Ness dégage aussi des principes d’action politique qui complètent sa vision radicale et en fait une figure à la pensée complexe et stimulante. Il est considéré comme le père de « l’écologie profonde » qui réfute l’anthropocentrisme et défend la valeur intrinsèque du vivant. Ses écrits auront une grande influence aux États-Unis et en Europe même s’ils ne seront que tardivement traduits en France (2008) où ils rencontreront une résistance farouche, notamment chez Luc Ferry.

Voir le documentaire « L’appel de la montagne » qui est consacré à Arne Naess et à l’écologie profonde :

La libération animale de Peter Singer (1975)

L’animal mérite-il la même considération que l’être humain ? C’est la question qu’explore le philosophe australien Peter Singer dans La Libération animale. Calquant son analyse sur celle des discriminations raciales ou sexuelles, Singer soutient que la capacité des animaux à ressentir la souffrance impose un devoir moral à l’homme de prendre en compte leurs intérêts. Il se garde toutefois bien de militer pour un traitement similaire des animaux à celui des hommes et contrairement à l’idéalisme d’Arne Naess, Singer est un philosophe utilitariste qui entend maximiser le bien-être de tous les vivants.

Traduit dans plus d’une quinzaine de langues, La Libération animale est considérée comme le livre ayant jeté les bases philosophiques de la cause animale moderne. Le livre offre en outre de nombreuses descriptions du sort réservé à des animaux dans des laboratoires et des élevages industriels. Devenu culte dans les milieux militants, il offre dans un style clair et concis un plaidoyer efficace pour la reconnaissance des droits des animaux.

Voir l’émission 28 minutes d’Arte qui lui était consacrée :

La société du risque d’Ulrich Beck (1986)

Publié peu de temps après la catastrophe de Tchernobyl, La société du risque est le livre majeur d’Ulrich Beck, figure incontournable de la sociologie allemande contemporaine. Dans ce livre qualifié de pionnier, Beck décrit la transition de la société industrielle à ce qu’il nomme la « société du risque » marquée par l’apparition de risques nouveaux nés du progrès scientifique. Il remet en cause les rapports entre la politique et la science devenue instrument de gestion des risques industriels et environnementaux, et en appelle à une refonte de la vie publique où le débat scientifique doit prendre une place plus centrale.

A travers la question du risque et ses défis pour l’humanité, Beck livre une analyse minutieuse de la société contemporaine et une critique générale de sa modernisation. Son livre aura un impact conséquent chez les écologistes en Allemagne, d’autant que Beck était un intellectuel engagé : il n’hésitera pas à faire partie de la commission chargée de réfléchir à une sortie de l’Allemagne du nucléaire après la catastrophe de Fukushima. En somme, La société du risque est une contribution ambitieuse pour penser la modernité qui n’a rien perdu de sa pertinence. Le monde de l’édition française, parfois frileux, attendra 2001 pour le traduire.

Voir l’entretien mené avec Ulrich Beck par l’équipe du portail des humanités environnementales :

Ecoféminisme de Vandana Shiva et Maria Mies (1993)

Destruction de la planète et oppression des femmes sont-elles liées ? Pour le mouvement écoféministe, il ne fait aucun doute : la domination des femmes et celle de la nature sont indissociables. C’est le postulat de ce mouvement écologiste né dans les années 70 et incarné aujourd’hui par la militante indienne Vandana Shiva. Dans ce livre qu’elle a co-écrit avec la sociologue allemande Maria Mies, elle y expose ses principes d’écoféminisme dans des domaines aussi variés que la science, l’agriculture ou les biotechnologies avec de nombreux exemples de résistance locale à l’appui.

L’écoféminisme comporte plusieurs courants dont Vandana Shiva ne représente qu’une branche. Toutefois, en raison de sa célébrité – c’est une figure de l’altermondialisme auréolée du prix Nobel alternatif en 1993 et particulièrement connue pour sa lutte contre l’agriculture intensive et les OGM – elle en est venue à symboliser ce croisement des luttes et une vision alternative de l’écologie issue des pays du Sud. Si Vandana Shiva n’est pas exempte de controverses, son livre Ecoféminisme a le mérite d’illustrer ce mouvement en attendant que son livre Staying alive : women, ecology and development publié en 1988 et qui contient la substance de sa pensée ne soit traduit un jour en France. L’avenir dira si elle laissera une empreinte durable sur la mouvance écologique planétaire.

Voir Vandana Shiva expliquer son concept d’écoféminisme sur Mediapart en février 2018 :

De nombreux autres textes mériteraient certainement leur place dans la sélection que nous vous proposons : Walden ou La vie dans les bois d’Henry David Thoreau (1854) pour le retour à la nature, Notre environnement synthétique par le père de l’écologie sociale Murray Bookchin (1962) ou encore Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ? de Christophe Stone (1972) sur la reconnaissance de la nature comme sujet de droit. Pour compléter cette liste, n’hésitez pas à nous faire part de vos idées ou suggestions dans les commentaires!

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